New-York : Groupes juifs et Israéliens manifestent contre Netanyahu devant l’ONU
Des candidats présumés au Congrès arrêtés lors d’une manifestation juive antisioniste ; des Juifs pro- et anti-Netanyahu s’affrontent devant le siège des Nations unies
NEW YORK – Des groupes juifs ont manifesté jeudi à New York contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, donnant lieu à l’arrestation de plusieurs dizaines de personnes, tandis que le chef du gouvernement israélien s’exprimait devant l’Assemblée générale des Nations unies (ONU).
Tout au long de la journée, plusieurs organisations juives, aux positions politiques très diverses sur Israël et sur Netanyahu, ont organisé des rassemblements dans différents quartiers de la ville.
Jeudi matin, à Union Square, dans le sud de Manhattan, le mouvement d’expatriés israéliens UnXeptable a organisé un rassemblement pour exhorter les électeurs israéliens à voter contre Netanyahu lors des élections du mois prochain et à se démarquer de son gouvernement.
Plusieurs dizaines de manifestants brandissaient une banderole portant l’inscription « Netanyahu, ton heure est venue » et scandaient « Chassez-le ! ».
L’organisateur Offir Gutelzon a confié au Times of Israel que cette manifestation avait pour objectif « de souligner que le 27 octobre offre au peuple israélien, à nos frères et sœurs en Israël, une immense occasion de voter pour chasser Netanyahu ».
« Nous espérons également faire comprendre au monde entier que ce gouvernement ne nous représente pas », a-t-il ajouté.
L’Union pour le judaïsme réformé, basée aux États-Unis, a coparrainé le rassemblement, a-t-il précisé.
De nombreux manifestants agitaient des drapeaux israéliens, tandis que d’autres brandissaient des photos de soldats israéliens tués lors de l’invasion et du pogrom perpétrés par le groupe terroriste palestinien du Hamas en octobre 2023.
Le mouvement UnXeptable s’est fait connaître à New York lors des vastes manifestations contre la refonte judiciaire du gouvernement israélien en 2023, avant le déclenchement de la guerre à Gaza. Pendant la guerre, ses militants ont recentré leur action sur la défense des otages israéliens détenus à Gaza. Depuis leur libération, le mouvement a de nouveau fait de la politique intérieure israélienne son principal terrain de mobilisation.
Au cours du rassemblement, Tarek Bazrouk, figure de proue du militantisme antisioniste, emprisonné l’année dernière pour des agressions antisémites commises lors de manifestations, a perturbé l’événement en criant : « Vous tuez des milliers de bébés » et « Free Palestine ».
Bazrouk est depuis devenu l’une des figures les plus en vue des milieux antisionistes new-yorkais. Il a été libéré en juillet.
Dans l’après-midi, des groupes juifs pro- et anti-Netanyahu se sont rassemblés sur la place Dag Hammarskjöld, face au siège de l’ONU, dans le centre de Manhattan.
Les deux groupes se trouvaient côte à côte, séparés par des barrières de police. Plusieurs centaines de manifestants anti-Netanyahu étaient présents, contre une vingtaine de partisans du Premier ministre.
Ces derniers ont tenté de couvrir les prises de parole du camp adverse à coups de sifflet, tout en lançant « Shame » en anglais et en scandant « Bibi ».
Les manifestants anti-Netanyahu les ont, pour l’essentiel, ignorés. Certains brandissaient des pancartes portant l’inscription « Stop au terrorisme des habitants des implantations », tandis que d’autres montraient des images de victimes palestiniennes de la guerre.
Ils scandaient « Boucha », « honte » en hébreu, un mot d’ordre courant des manifestations antigouvernementales en Israël.
La foule a ensuite observé une minute de silence pour « rendre hommage à toutes les victimes de la violence », tandis que les partisans de Netanyahu scandaient « Am Yisrael chai », « Le peuple d’Israël vit » en hébreu.
Alors que la mobilisation anti-Netanyahu menée par des Israéliens restait principalement centrée sur la politique intérieure du pays, les militants juifs américains de gauche ont également mis l’accent sur les prochaines élections israéliennes et sur la cause palestinienne.
Le rassemblement de gauche contre Netanyahu était organisé par T’ruah : The Rabbinic Call for Human Rights, J Street, le New Israel Fund (NIF), New Jewish Narrative, le New York Jewish Agenda, Smol Emuni US et Partners for Progressive Israel.
Deux manifestants antisionistes se sont approchés des groupes. L’un d’eux en est venu aux mains avec un manifestant pro-Netanyahu ; tous deux ont été arrêtés.
Un petit groupe d’une dizaine de militants israéliens de gauche, membres d’une association appelée « Israelis for Peace », s’est également rassemblé devant le consulat israélien en scandant, « Il n’y a pas de solution militaire ».
La veille au soir, mercredi, plusieurs centaines de personnes s’étaient rassemblées sur la place à l’appel de groupes juifs traditionnels, pour exhorter les dirigeants mondiaux à faire de la lutte contre l’antisémitisme une priorité. La mobilisation était organisée autour des travaux de l’Assemblée générale de l’ONU, sans être dirigée contre Netanyahu.
Eric Goldstein, directeur de l’UJA-Federation of New York, a déclaré que, tandis que les dirigeants du monde entier étaient réunis dans la ville pour débattre des grands défis internationaux, « nous savons qu’ils ne s’attaquent pas à la prolifération effrénée de l’antisémitisme à travers le monde ».
« Les Nations unies, créées sur les cendres de la Shoah, ont laissé leur mission sacrée être détournée par une obsession exclusive pour la condamnation d’Israël. Cela doit cesser », a-t-il déclaré.
Il a appelé les dirigeants mondiaux à condamner sans équivoque l’antisémitisme et à élaborer des « plans d’action nationaux sérieux » pour lutter contre les discriminations visant les Juifs.
Le rassemblement était organisé par plusieurs organisations, parmi lesquelles l’UJA-Federation of New York, le Jewish Community Relations Council of New York, l’Anti-Defamation League, l’American Jewish Committee, la Conference of Presidents et l’Union for Reform Judaism.
Certains participants ont pris part à plusieurs de ces rassemblements. Des personnes présentes mercredi soir ont ainsi assisté, le lendemain, aussi bien au rassemblement pro-Netanyahu qu’à celui de ses opposants.
Des militants d’UnXeptable ont également rejoint le rassemblement anti-Netanyahu sur la place Dag Hammarskjöld, déployant leur banderole contre le Premier ministre de façon à masquer le rassemblement pro-Netanyahu qui se trouvait derrière eux.
Un membre du mouvement hassidique Habad-Loubavitch a circulé d’un camp à l’autre pour aider les participants des deux côtés à mettre leurs tefillin.
Hillary Barr, 67 ans, avait engagé deux agents de sécurité privés pour l’accompagner pendant cette journée de manifestations, à la demande insistante de son fils. Elle s’est d’abord rendue seule devant le consulat israélien, où elle a brandi un drapeau israélien et un drapeau américain en signe de soutien à Israël.
Elle a ensuite rejoint le rassemblement pro-Netanyahu, avant de franchir les barrières séparant les deux camps pour aller s’entretenir avec des manifestants anti-Netanyahu.
« Tout le monde saigne de la même manière. Tout le monde a un cœur, deux poumons, un estomac. Et comme j’ai d’abord été infirmière, je m’occupe de tous ceux qui ont besoin d’aide », a-t-elle déclaré. « On apprend aux gens à haïr. On leur enseigne la haine. Nous avons donc de la chance de pouvoir dialoguer. Essayons de nous parler. ». »
Par ailleurs, l’organisation antisioniste Jewish Voice for Peace (JVP) a organisé un rassemblement sur First Avenue, juste au sud du siège de l’ONU.
Vêtus de T-shirts blancs portant l’inscription « Finançons les gens, pas les bombes », les militants ont bloqué la circulation dans le cadre d’une action de désobéissance civile.
La police a arrêté 104 manifestants qui refusaient de quitter la chaussée, ont indiqué les organisateurs dans un communiqué.
Les policiers ont conduit en file indienne les manifestants menottés jusqu’à un bus de police, tandis que leurs soutiens restés sur le trottoir scandaient : « Aucun d’entre nous n’est libre tant que nous ne sommes pas tous libres » et « Free Palestine ».
Parmi les militants figuraient plusieurs personnalités politiques d’extrême gauche ayant remporté plus tôt cette année des primaires pour des sièges à la Chambre des représentants et appelées à siéger au Congrès : Darializa Avila Chevalier et Brad Lander, à New York, Melat Kiros, dans le Colorado, Adam Hamawy, dans le New Jersey, et Chris Rabb, en Pennsylvanie.
Plusieurs célébrités participaient également à la manifestation, parmi lesquelles les acteurs Elliot Page, Susan Sarandon, Cynthia Nixon et Hannah Einbinder.
Chevalier et plusieurs responsables politiques new-yorkais ont été arrêtés, de même qu’Einbinder et Sarandon.