New York : Le contrôleur financier revient sur son engagement de réinvestir dans des obligations israéliennes

Mark Levine, qui est juif, a affirmé que cette décision n’est pas politique, mais qu’elle s’expliquait par des 'difficultés techniques' et des 'considérations financières'

Le contrôleur financier de la ville de New York, Mark Levine, s’exprime lors de la réunion annuelle du Conseil de contrôle financier de l’État de New York, le 12 août 2026, à New York. (Crédit: AP Photo/Yuki Iwamura)

NEW YORK — Le contrôleur financier de New York City, Mark Levine, a expliqué dans une interview qui a été diffusée mercredi qu’il allait renoncer à une promesse de campagne qu’il avait faite lorsqu’il s’était engagé à investir les fonds de retraite de la ville dans des obligations israéliennes.

De confession juive, Mark Levine est un modéré qui entretient des liens étroits avec la communauté juive traditionnelle. Il est un soutien d’Israël tout en critiquant le gouvernement Netanyahu. Il salue souvent la foule en s’exprimant en hébreu lors des événements organisés par la communauté juive.

L’homme est un acteur de premier plan de la vie politique municipale : le contrôleur financier est considéré comme la deuxième fonction la plus importante au sein de l’administration de la municipalité et avant d’occuper ce poste, Mark Levine était président de l’arrondissement de Manhattan. En tant que contrôleur financier, il est responsable de la politique financière de la ville.

Les investissements de la ville dans les obligations israéliennes font l’objet de débats animés depuis des années.

Le prédécesseur de Levine, Brad Lander, était également juif – mais plus à gauche que Levine, et plus critique à l’égard d’Israël que ce n’est le cas de son successeur. Lander avait ainsi décidé de ne pas réinvestir dans les obligations israéliennes lorsque les titres détenus par la ville, qui étaient d’une valeur d’environ 40 millions de dollars arriveraient à échéance, au début de l’année 2023. Il avait affirmé avoir pris cette décision pour des raisons financières.

Une décision qui avait entraîné une querelle entre Lander et le maire pro-israélien de l’époque, Eric Adams.

La ville détenait des obligations israéliennes depuis les années 1970.

Brad Lander, politicien juif new-yorkais, lors d’un rassemblement pour la coexistence, sous les cris de manifestants antisionistes, à New York, le 7 octobre 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Au cours de sa campagne, Levine s’était engagé à acheter des obligations israéliennes. Il a toutefois annoncé, cette semaine, qu’il ne le ferait finalement pas – invoquant des raisons financières, sans lien avec la politique.

« A l’heure actuelle, nous estimons qu’en raison de certaines difficultés techniques et de considérations d’ordre financier, il ne s’agit pas d’un investissement que nous pouvons réaliser pour le moment », a fait savoir Levine au New York Times.

Ces obligations ont toujours constitué un investissement fiable. Les agences de notation ont néanmoins abaissé la note de crédit d’Israël ces dernières années, en raison des conflits militaires, des troubles politiques internes et d’autres facteurs.

« J’ai toujours dit que cette décision reposerait uniquement sur des considérations financières, et non politiques — c’est toujours mon positionnement », a continué Levine.

Le maire de New York, Zohran Mamdani, un anti-sioniste, s’était opposé au réinvestissement dans les obligations israéliennes – ce qui avait creusé un fossé entre les deux élus dès le début de leur mandat. Ils entretiennent depuis une relation de coopération.

Mamdani et Levine ont tous les deux pris leurs fonctions au début de l’année.

Le maire de New York, Zohran Mamdani, participant à une veillée pour la coexistence marquant le troisième anniversaire du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, à New York, le 7 octobre 2026. (Crédit : Frank Franklin II/AP)

Mamdani a déclaré qu’il « saluait » la décision qui a été prise par Levine lors d’une conférence de presse qui a été organisée dans la journée de mercredi.

« Je ne pense pas que notre ville doive acheter des obligations israéliennes. Nous n’achetons les obligations d’aucune autre nation souveraine. Je ne pense pas que nous devrions faire une exception pour Israël », a expliqué l’édile.

Le contrôleur des comptes occupe la fonction de directeur financier de la ville : il réalise des audits des services municipaux ; il gère les fonds de retraite de la ville ; il examine les contrats et il assure le contrôle budgétaire. Il dirige une équipe d’environ 800 employés. Ce poste influent est susceptible de servir de contrepoids au maire.

Le bureau du contrôleur a indiqué, au mois d’août dernier, que les fonds de retraite de la ville s’élevaient à 326,3 milliards de dollars, ce qui signifie que les obligations israéliennes ne représentaient qu’une part infime du portefeuille total.

Le rapport diffusé au mois d’août a noté que les fonds de retraite avaient enregistré un rendement annuel de 13 % – le rendement des obligations à deux et trois ans, d’environ 5 %, étant inférieur à la performance globale des investissements.

A son entrée en fonction, Levine a hérité d’un déficit budgétaire de plus de 12 milliards de dollars pour les années 2026 et 2027.

Le bureau du contrôleur a fait savoir, dans la journée de mercredi, que Levine était un « fervent défenseur d’Israël » et que la ville détenait plus de 285 millions de dollars dans d’autres investissements liés à Israël.

Les militants anti-israéliens ont salué cette décision de ne pas réinvestir.

L’organisation antisioniste Jewish Voice for Peace a estimé que cette annonce était « une victoire pour le BDS », faisant référence au mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions visant Israël.

« C’est un séisme politique », a commenté le groupe dans un communiqué. « Nous sommes en train de gagner. Et nous ne prendrons pas de repos pas tant que la ville de New York ne se sera pas entièrement désinvestie de l’économie israélienne et tant que la Palestine ne sera pas libre ».

Un porte-parole d’Israel Bonds a expliqué, mercredi, que l’économie israélienne sous-jacente à ces obligations « reste solide » et que les collectivités locales américaines ont continué à acheter ces titres.

Depuis le mois d’octobre 2023, les investisseurs institutionnels et particuliers ont acheté pour plus de 8,5 milliards de dollars d’obligations, a confié le porte-parole Nate Miller au Times of Israel.

« L’État d’Israël a effectué tous les remboursements de capital et d’intérêts sur ses obligations, dans les délais, depuis 1951, y compris tous les versements dus aux fonds de retraite de la ville de New York depuis près de cinquante ans », a-t-il dit. « Le contrôleur financier de New York City a indiqué que l’analyse de son bureau était en cours, et nous sommes impatients de nous entretenir avec lui et avec son équipe ».

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