New York: une candidate au Congrès assume sa présence à un événement pro-Hamas après le 7-Octobre
Darializa Avila Chevalier tient à rappeler qu'elle condamne le massacre de civils par le groupe terroriste palestinien, et explique qu'elle participait à la manifestation parce qu'Israël 'a pour coutume de mener des représailles contre les civils'
New York Jewish Week via JTA — La candidate démocrate au Congrès, Darializa Avila Chevalier, a justifié sa participation à un rassemblement pro-palestinien qui avait été organisé au lendemain du pogrom perpétré par le Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023, lors d’une interview approfondie qu’elle a accordée vendredi à l’auteur juif progressiste Peter Beinart.
« Je pense que le fait de prendre des civils pour cible est inacceptable dans n’importe quel contexte et c’est notamment le cas pour le 7-Octobre », a déclaré Avila Chevalier, alors qu’elle était interrogée par le rédacteur en chef adjoint du magazine de gauche Jewish Currents au sujet des slogans entendus lors du rassemblement, qui légitimaient la « résistance ».
Avila Chevalier avait déjà expliqué sa présence à cette manifestation au magazine City & State en juin.
« Ce qui importe, c’est le droit international, ce qu’il condamne et ce qu’il protège », a-t-elle affirmé. « Il condamne le fait de prendre des civils pour cible, et il protège également le droit à la résistance. »
Beinart, un critique virulent d’Israël qui est également professeur de journalisme à l’université de la ville de New York (CUNY), a répliqué, affirmant « n’avoir vu aucune référence au droit international lors de ce rassemblement, ni sur les pancartes ni dans les slogans, du genre de celles que vous évoquez aujourd’hui… Cela vous a-t-il mis mal à l’aise ? »
Dans toute manifestation, a répondu Avila Chevalier, « il y aura toujours des gens qui exprimeront des opinions avec lesquelles vous ne serez peut-être pas d’accord ».
« Dès le 8 octobre, je savais déjà où ce cycle allait mener, et je savais ce sur quoi je pouvais agir », a ajouté Avila Chevalier. « Ce sur quoi nous pouvons agir, c’est le fait que l’argent de nos impôts alimente un État qui pratique l’apartheid, un État qui a pour coutume de se livrer à ce type de représailles contre des civils. »
Avila Chevalier, une démocrate socialiste qui avait aidé, dans le passé, à organiser des campements pro-palestiniens à l’université de Columbia, a battu le député sortant Adriano Espaillat le mois dernier, lors de la primaire démocrate de la 13e circonscription de New York, qui couvre certaines parties du Haut-Manhattan et du Bronx.
« Aujourd’hui, notre message est clair. La vieille politique prend fin maintenant », a lancé Avila Chevalier aux personnes présentes lors de la soirée électorale, sous les acclamations d’une foule qui a scandé : « Free Palestine ».
Avila Chevalier a rejoint deux autres candidats progressistes, critiques envers Israël et soutenus par le maire de New York, Zohran Mamdani, décrochant une victoire inattendue aux primaires. Des résultats qui ont permis de consolider l’influence de ce maire anti-israélien dans la vie politique de la ville, et qui vont sans doute renforcer les gains de la gauche au Congrès, ces victoires ayant été remportées dans des circonscriptions fortement démocrates.
Dans son interview, Beinart a présenté un aperçu détaillé des positions relatives à Israël qui ont fait l’objet de vifs débats pendant la campagne d’Avila Chevalier, notamment sa participation au rassemblement du 8 octobre – qui avait alors suscité les condamnations de Mamdani et de Brad Lander, autre candidat au Congrès – et ses critiques passées de la politique de l’ancien président Joe Biden envers Israël et Gaza, des critiques qui avaient été partagées sur un compte X désormais supprimé.
Parmi les participants à la visioconférence Zoom de vendredi, nombreux sont ceux qui n’ont pas semblé convaincus par les réponses de la candidate.
« Elle fait preuve de bonnes intentions, mais il est évident qu’elle ne comprend pas bien la nature du conflit israélo-palestinien », a déclaré Hillel Schenker, militant américano-israélien pour la paix de longue date.
D’autres participants ont pris la défense d’Avila Chevalier.
« Je suis surpris et troublé par bon nombre des commentaires formulés ici, qui rejettent purement et simplement ses propos et sa manière d’exprimer son attachement aux droits de l’Homme et à un monde sans hiérarchies entre les peuples », a écrit un participant sous le pseudonyme de Benjy Ben Baruch.
Au début de son interview, Avilia Chevalier a évoqué le stage qu’elle avait effectué en Cisjordanie, à l’âge de 20 ans, alors qu’elle étudiait à l’université de Columbia. Elle a expliqué qu’à l’époque, elle avait observé « les systèmes et leur impact sur les Palestiniens et les Juifs, ainsi que la manière dont les gens étaient traités selon ces structures étatiques ».
Beinart a ensuite demandé à Avila Chevalier pourquoi, selon elle, Israël avait pris une telle place « au cœur de la politique progressiste ».
« Il y a, je pense, une machine de guerre dont l’appétit est insatiable », a répondu Avila Chevalier. « Une machine de guerre américaine, la machine de guerre israélienne, que nous finançons avec nos impôts en tant que citoyens des États-Unis, alors que nous pourrions plutôt financer nos propres communautés. »
Interrogée par Beinart sur ce qu’elle souhaitait pour l’avenir de la région, Avila Chevalier a fait part de son soutien à une solution à un seul État, avec « une seule instance gouvernante, un seul État où tous sont égaux devant la loi, indépendamment de la race, de la religion, de l’identité ou de l’appartenance ethnique ».
« Nous avons vu au cours de l’histoire que les tentatives de solution à deux États ont échoué. Et même ainsi, cette question de savoir si l’on doit partir du principe d’une partition est, en soi, source de division », a expliqué Avila Chevalier.
Avila Chevalier s’est également abstenue d’affirmer que « le sionisme est une forme de racisme », lorsque Beinart lui a demandé si elle partageait cette opinion.
« Le sionisme est une idéologie qui crée le type de hiérarchie dont je parle. Je ne crois tout simplement pas que nous devrions aspirer à un monde fondé sur une hiérarchie entre les personnes », a répondu Avila Chevalier.
À la fin de la discussion, Beinart a abordé la controverse qu’avaient suscitée les déclarations d’Avila Chevalier en 2022. Elle y condamnait le nationalisme dominicain – qui constituait la raison, selon elle, pour laquelle elle n’avait pas ajouté le drapeau à sa biographie sur les réseaux sociaux.
« Quelles sont, selon vous, les différences fondamentales entre le sionisme en tant que forme de nationalisme juif, le nationalisme dominicain qui vous a posé certains problèmes, et le nationalisme palestinien ? », a demandé Beinart à Avila Chevalier, dont les parents sont des immigrés dominicains.
En réponse, Avila Chevalier a cité les attaques racistes dont elle avait été victime à la suite de ces propos, juste avant les élections.
« Même si cela ne concerne pas la majorité des Dominicains – loin de là -, il existe selon moi une faction qui soutient cette idéologie que j’ai toujours trouvée extrêmement violente. Le type de discours auquel j’ai été confrontée reflète, à mon sens, précisément ce que je critiquais, et j’observe beaucoup de cela dans le sionisme également », a expliqué Avila Chevalier.
La candidate a ajouté que, contrairement au sionisme et au nationalisme dominicain, les discours haïtiens et palestiniens sur la « libération » s’ancraient dans « une conception plus universaliste des droits de l’Homme devant la loi ».
« Quand j’étais en Palestine, certains des propos les plus déshumanisants que j’aie jamais entendus venaient de soldats israéliens qui s’adressaient à des enfants », a ajouté Avila Chevalier, précisant qu’elle voyait ces mouvements « sous un jour très différent ».
À la question de savoir si elle craignait que « la version du nationalisme palestinien prônée par le Hamas puisse également comporter des éléments d’exclusion », Avila Chevalier a répondu : « C’est précisément pour cela que le nationalisme, en soi, m’inquiète. »
« Le nationalisme en soi me laisse toujours perplexe. Mais selon moi, il est important de prendre également en compte le contexte dans lequel nous nous situons : quel groupe participe à cette conversation, par exemple, et quelles sont les dynamiques de pouvoir en jeu », a poursuivi Avila Chevalier.