Nice : décès du rabbin Elie Yitzhak Martiano

Reconnu comme un « érudit humble », le rabbin assistait à toutes les cérémonies de commémoration de la déportation des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale

La tour Bellanda, à Nice. (Crédit : Robert Cutts / CC BY 2.0 DEED)

Le rabbin Elie Yitzhak Martiano s’est éteint dans la nuit du mercredi 9 au jeudi 10 avril, à l’âge de 89 ans. Véritable mémoire vivante du judaïsme français, homme d’une rare érudition et d’une profonde humilité, il laisse une empreinte indélébile dans le cœur de ceux qui l’ont côtoyé — à Nice comme bien au-delà.

Reconnu pour sa discrétion, il était une figure incontournable des cérémonies de commémoration de la Shoah. Sa voix bouleversante résonnait à chaque récitation du El Malé Rahamim, prière dédiée à la mémoire des déportés.

Le maire de Nice, Christian Estrosi, lui a rendu hommage sur X : « Nice perd un homme d’une très grande bonté et d’une immense érudition. »

Né en 1936 à Nemours, en Algérie, Elie Yitzhak Martiano débute très tôt son apprentissage auprès des rabbins locaux. Il arrive en France en 1949, ses parents s’engageant alors auprès des orphelins de guerre via l’OSE à Saint-Pierre-de-Chartreuse. Très jeune, il ressent le besoin de servir ses contemporains — il en fera son sacerdoce.

Pendant quelques mois, à la yeshiva d’Aix-les-Bains, il s’initie aux fondamentaux de l’étude auprès du vénéré Rav Chajkin. Il est ensuite formé par le Rav Gutman, et devient auditeur libre à l’École rabbinique de Paris. Il y reçoit les enseignements des plus grands : les grands rabbins Ernest Guggenheim, Schilli, Touati, Horowitz, ainsi que du brillant et mystérieux rabbin Chouchani. Il est également initié à la hazanout ashkénaze par le rabbin Albert Klein, et suit assidûment les cours du grand rabbin Elie Munk.

Engagé volontaire durant la guerre d’Algérie en 1955, il y officie comme cadre moral, remplaçant l’aumônier auprès des soldats. En 1959, il devient directeur du Talmud Torah de Vincennes, puis rabbin de La Varenne. Il se marie en avril 1962, année où il devient le premier rabbin de Monaco, avant de rejoindre la communauté d’Antibes en 1964.

Les responsabilités s’enchaînent : aumônier militaire, traducteur expert en arabe et hébreu auprès des tribunaux, enseignant, directeur de colonies de jeunesse… En 1970, il participe à une mission d’études en Israël. Deux ans plus tard, il devient ministre officiant en Alsace et traducteur juré au tribunal de Colmar. De 1973 à 1978, il exerce à Rouen en tant que rabbin et aumônier militaire. Il participe aux fouilles de la Maison Sublime, devenant le premier à traduire ses graffitis médiévaux. Il rédige alors une plaquette historique sur Les Juifs de Rouen au Moyen Âge.

Pédagogue dans l’âme, il enseigne également la lecture de la Torah selon la tradition juive avec les commentaires de Rachi et Onkelos… auprès des moines et des sœurs de l’abbaye du Bec-Hellouin, durant quatre années. À une époque où le monde se polarise, il incarne une rare ouverture d’esprit et un kiddouch Hashem [sanctification du Nom Divin] essentiel pour préserver la justesse des textes sacrés.

En 1978, il s’installe à Nice, à la demande du grand rabbin Jean Kling. Il y fonde le Vaad Hacacherout de la région PACA, officie au Merkaz des jeunes de la rue Voltaire, et s’investit dans les mouvements du Bné Akiva et des Éclaireurs israélites de France. Son engagement auprès des jeunes : il prépare près d’une centaine de garçons à leur bar-mitsva, accompagnant des générations entières dans leur cheminement spirituel.

Inlassable passeur de mémoire, il participe à toutes les grandes cérémonies commémoratives : Vel d’Hiv, Yom HaShoah, Yom HaZikaron, Mur des déportés, ainsi qu’aux voyages de mémoire à Auschwitz.

Actif aussi dans le dialogue interreligieux, il est vice-président de l’Amitié judéo-chrétienne de Nice, succédant au grand rabbin Kling.

Touché par la maladie, il n’a jamais cessé d’étudier ni d’enseigner. Malgré les traitements lourds et des transfusions sanguines bimensuelles, il reste fidèle à sa discrétion, il incarne jusqu’au bout l’humilité, la chaleur humaine et la passion de transmettre.

Initialement inhumé au cimetière israélite du Château à Nice le vendredi 11 avril, son corps sera transféré en Israël, conformément à sa volonté. Il sera enterré à Netanya, le mardi suivant à 18 heures.

Nice, la communauté juive, et bien au-delà, perdent un pilier.
Interrogé par le quotidien local, Maurice Niddam, président du Consistoire israélite de Nice, a déclaré que « c’était un plaisir de l’écouter. Il participait à tous les événements de commémoration de la déportation à travers des prières spécifiques ».

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