Nombreuses attaques de résidents d’implantations contre des éleveurs palestiniens dans le centre de la Cisjordanie
Bédouins et défenseurs des droits humains accusent les extrémistes de harcèlement à Rammun et d'incendies criminels et d'attaques au gaz poivre dans les environs de Mukhmas mais aussi de tuer des chèvres à Jabba
Ces trois derniers jours, les communautés rurales palestiniennes du nord de Jérusalem ont subi plusieurs attaques de résidents d’implantations extrémistes. Habitants et militants des droits humains signalent plusieurs cas d’agressions et de harcèlement.
Vendredi dernier, des résidents d’implantations juifs ont fait paître leurs moutons sur des terres des hameaux bédouins proches de la ville palestinienne de Rammun, et leur ont donné à boire de l’eau venant de camions-citernes appartenant aux éleveurs bédouins avant de répandre toute l’eau sur le sol pour que les Bédouins ne puissent pas l’utiliser.
Ensuite, samedi soir, des incendies ont été allumés dans les hameaux bédouins des environs de Mukhmas, au nord-est de Jérusalem.
Venus inspecter les dégâts dimanche matin, anciens habitants des hameaux et militants des droits humains ont été pris à partie par deux extrémistes juifs qui sont sortis de leur voiture pour leur jeter des pierres.
Selon le rabbin Arik Ascherman, militant des droits humains venu accompagner les Palestiniens, un des résidents d’implantations l’a aspergé de gaz poivre, sans le frapper, avant de prendre la fuite à bord de son véhicule.
Les hameaux bédouins de Mukhmas sont déserts depuis que leurs habitants en ont été chassés par deux violentes attaques de résidents d’implantations, en octobre de l’an dernier, puis à nouveau en janvier.
L’armée israélienne a déclaré ce secteur zone militaire d’exclusion pour une période de 12 mois, ce qui empêche les militants d’assurer une « présence protectrice » et repousser les attaques des résidents d’implantations. Cette mesure exclut deux avant-postes illégaux, Kol Mevaser et Sde Yonatan, qui seraient l’épicentre des violence des résidents d’implantations à l’encontre des villageois bédouins.
Les anciens habitants des hameaux bédouins des environs de Mukhmas surveillent comme ils le peuvent leur maison dans l’espoir que rien ne soit détruit ou volé.
Samedi soir, lorsque des résidents d’implantations sont entrés dans les hameaux pour y mettre le feu, des militants ont appelé la police et l’armée israélienne, mais personne ne s’est déplacé pour circonscrire cet incendie criminel, a indiqué Ascherman.
Des éleveurs palestiniens des environs de Jaba, près de Mukhmas, ont également signalé que leurs chèvres avaient été tuées, samedi, par des résidents d’implantations extrémistes.
Plus au nord, vendredi, des extrémistes ont provoqué les bergers bédouins des environs de Douma en faisant paître leurs moutons dans et entre les hameaux proches de la ville palestinienne.
Face à ce harcèlement permanent, nombreux sont les Bédouins des hameaux de Douma qui ont préféré partir : samedi, ils ont démonté leurs maisons et emballé leurs affaires.
Dimanche, des résidents d’implantations sont entrés à Khirbet al-Marajim, une autre habitation bédouine située au sud de Douma ; là, ils ont brisé la clôture d’un enclos, aspergé de gaz poivre et agressé les Palestiniens malgré la présence de soldats de Tsahal, ont indiqué des militants.
L’armée israélienne n’a pas répondu à la demande de commentaire.
La semaine passée, plusieurs incidents ont été causés par des résidents d’implantations extrémistes ; l’un d’entre eux implique un réserviste soupçonné d’avoir, en bande organisée, tué cinq civils palestiniens.
Dans la nuit de samedi, deux Palestiniens ont été tués à Khirbet Abu Falah, à 15 kilomètres au nord de Mukhmas, semble-t-il par des extrémistes juifs, et un autre Palestinien est mort asphyxié lors du même incident, sans doute suite à l’inhalation de gaz lacrymogène tirés par les soldats israéliens dépêchés sur place.
Samedi encore, Amir Shenaran, 27 ans, a été abattu dans le village palestinien de Wadi al-Rakhim, dans le groupe de hameaux connu sous le nom de Masafer Yatta. Son frère a été grièvement blessé.
L’Autorité palestinienne avait dans un premier temps affirmé que la fusillade avait été commise par un résident d’implantation mais la police militaire de Tsahal a fait savoir que l’enquête préliminaire avait conclu à la responsabilité d’un réserviste.
Lundi dernier, l’AP a annoncé que deux hommes palestiniens ont été abattus par des résidents d’implantations dans le village palestinien de Qaryut, au sud de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie.
Une cinquantaine de cas de violences de résidents d’implantations depuis le début de la guerre contre l’Iran
L’organisation israélienne de défense des droits humains Yesh Din a signalé une hausse des violences des résidents d’implantations depuis le début de la guerre contre l’Iran, le 28 février dernier, avec une cinquantaine d’incidents enregistrés les quatre premiers jours du conflit.
Selon les Nations unies, les violences des résidents d’implantations avaient déjà redoublé depuis le pogrom commis par le Hamas le 7 octobre 2023. Selon WAFA, l’agence officielle de presse de l’Autorité palestinienne, ce week-end, cinq Palestiniens ont été tués par des résidents d’implantations depuis le début de l’année, et 41 depuis le 7-octobre.
Les données publiées en janvier dernier par l’armée israélienne et l’agence de sécurité du Shin Bet font état d’une hausse de 27 % des attaques de résidents d’implantations en 2025 par rapport à 2024.
Au-delà de la hausse généralisée des attaques de résidents d’implantations, 2025 a également été marquée par une recrudescence des incidents graves – fusillades, incendies criminels et autres crimes violents – avec 128 cas contre 83 en 2024 et 54 en 2023, selon ces mêmes données.
Les attaques juives extrémistes, qui sont désormais quasi- quotidiennes, sont pour l’essentiel impunies. Les poursuites sont rares, et les condamnations plus rares encore. Certains accusent l’actuel gouvernement, le plus à droite de toute l’histoire d’Israël, de ne rien faire contre ces attaques.