Alors qu’Israël intensifie sa guerre contre le Hezbollah, Shlomi se barricade

Bien que tous les résidents évacués en 2023 à cause des attaques du Hezbollah soient revenus, la vie 'ordinaire' est perturbée par des drones FPV, des tirs de roquettes et des explosions presque tous les jours

Ayala Ben-David (à gauche) et Galia Handelman, des bibliothécaires qui travaillent désormais dans la bibliothèque temporaire de Shlomi depuis la destruction de la bibliothèque par une roquette du Hezbollah en octobre 2024, photographiées le 27 mai 2026. (Diana Bletter/Times of Israel)

SHLOMI – Nous sommes mercredi après-midi et Galia Handelman et Ayala Ben-David, les deux bibliothécaires, ouvrent la bibliothèque de Shlomi.

Cet événement — anodin la plupart du temps — a pris une tournure tragique cette semaine, quelques heures après qu’une double attaque de drones lancée par le Hezbollah a tué le sergent Rotem Yanai, une sous-officière âgée de 20 ans chargée des conditions de service, membre du bataillon Rotem de la brigade Givati.

L’attaque a par ailleurs grièvement blessé un réserviste et fait un autre blessé, de moindre gravité, non loin de la frontière de cette ville du nord.

Les collections de la bibliothèque ont rejoint pour l’heure un espace temporaire et exigu au sein du centre communautaire, depuis que le bâtiment d’origine a été gravement endommagé par une attaque de missiles du Hezbollah en octobre 2024, lors de la première phase de la guerre contre le groupe terroriste pro-iranien qui a débuté le 8 octobre 2023.

Handelman précise que la bibliothèque rouvrira ses portes dans six mois, une fois rénovée, « s’il n’y a pas d’autre guerre ».

Cette ville de Galilée occidentale est proche de la frontière nord avec le Liban. À l’un de ses points les plus septentrionaux, elle n’en est séparée que de 150 mètres.

En temps normal, la bibliothèque attire une trentaine d’adultes et d’enfants chaque après-midi, car, explique Ben-David, « les gens qui aiment lire continuent de lire ».

Cependant, les écoles ayant été fermées en raison de la situation sécuritaire tendue, les bibliothécaires doutaient de renouer avec cette affluence. Ce qui ne les a nullement empêchées d’ouvrir les portes.

Malgré les attaques fréquentes de drones dans et autour de Shlomi, la ville est animée en ce mercredi après-midi. Les magasins sont ouverts, les restaurants font le plein à l’heure du déjeuner et les habitants font leurs courses au supermarché.

Pourtant, il flotte une odeur persistante de bois brûlé provenant des forêts environnantes, où des arbres ont été détruits par des tirs de roquettes, triste rappel de la réalité d’une ville toujours prise pour cible.

Les habitants restent hyper-vigilants, constamment sur le qui-vive pour déterminer si les explosions correspondent à des tirs entrants ou sortants, toujours au fait de l’emplacement de l’abri anti-bombes le plus proche et du nombre de secondes nécessaires pour s’y réfugier en courant.

La sergent Rotem Yanai, tuée par un drone du Hezbollah près de la frontière libanaise le 27 mai 2026. (Autorisation de sa famille)

« On a toujours le sentiment qu’un drame est sur le point d’arriver », confie Handelman.

« La peur est constante », ajoute Ben-David, qui a grandi à Shlomi. « Elle ne nous quitte pas. Mais mon foyer est là. Où pourrais-je aller ? »

« Il faut neutraliser les capacités du Hezbollah »

Israël fait en sorte de repousser les attaques de drones FPV (vue à la première personne) du Hezbollah, toujours plus nombreuses contre ses soldats, dans le sud-Liban et dans le nord d’Israël. Ces drones sont, pour l’essentiel, insensibles au brouillage. Le groupe terroriste tire des roquettes et d’autres types de drones contre des cibles tant militaires que civiles. Yanai, qui a été tuée mercredi matin, a été le onzième soldat à avoir perdu la vie sur le front libanais depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, le mois dernier, lequel n’est plus guère respecté.

La bibliothèque publique de Shlomi après avoir été touchée par des tirs de roquettes du Hezbollah en octobre 2024. (Avec l’aimable autorisation de Galia Handelman)

« Il n’y a pas de cessez-le-feu. Il n’y a jamais eu de cessez-le-feu avec le Hezbollah. C’était entre Tel Aviv et Beyrouth, pas entre Israël et le Hezbollah », affirme le major de réserve Avraham Levine.

Levine est directeur des médias et porte-parole principal au Centre Alma de recherche et d’éducation, une organisation indépendante à but non-lucratif spécialisée dans les questions de sécurité au niveau de la frontière nord d’Israël. Il s’est entretenu avec le Times of Israel au sujet de cette guerre de basse intensité qui fait rage à Shlomi et dans le nord d’Israël, alors même que les autorités politiques et militaires promettent d’intensifier les opérations au Liban et d’étendre la campagne terrestre.

Sarit Zehavi, fondatrice et présidente de ce centre situé à 25 km de Shlomi, se dit « très inquiète » à l’idée que la situation de la ville et des autres communautés du nord d’Israël connaisse la même évolution que celle qui prévaut dans l’Ukraine en guerre : « Nous n’en voyons pas la fin ».

« Moins Israël est agressif, plus la guerre est longue », estime Zehavi. « Nous ne voulons pas de dissuasion. Il faut neutraliser les capacités du Hezbollah. »

Le 8 octobre 2023, les 7 500 habitants de Shlomi ont fait partie des 60 000 personnes évacuées de 32 localités du nord.

Plus de 8 000 roquettes ont été tirées depuis le Liban vers Israël au cours de la guerre Israël-Hezbollah de 2023-2024, ainsi que des centaines de drones et missiles guidés antichars. Les attaques menées par le Hezbollah contre Israël ont entraîné la mort de 46 civils et de 80 soldats jusqu’à ce qu’un cessez-le-feu soit conclu, fin novembre 2024.

Le major de réserve Avraham Levine (à gauche), directeur des médias et porte-parole principal au Centre Alma de recherche et d’éducation, se tient aux côtés de la lieutenant-colonel en retraite Sarit Zehavi, PDG et fondatrice du centre, devant une carte d’Israël le 28 mai 2026. (Diana Bletter/Times of Israel)

À Shlomi, plus de 420 maisons et bâtiments ont été endommagés par des impacts directs et par des explosions.

En novembre 2024, l’armée israélienne a pris le contrôle de la haute crête qui surplombe cette ville de Galilée occidentale. Avant la guerre, elle offrait au Hezbollah un point d’observation idéal, mais aujourd’hui, c’est l’un des cinq points stratégiques du Sud-Liban dans lesquels Israël a positionné des troupes, dans le but de s’assurer que l’organisation terroriste ne pourra pas y rétablir de positions.

Cependant, les drones FPV confèrent au Hezbollah « un avantage tactique », explique Levine. « Ils sont bon marché et faciles à utiliser. Les terroristes ont fait d’un jouet une véritable arme. »

Un drone explosif lancé par le Hezbollah près de la frontière israélo-libanaise lors d’une attaque du Hezbollah dans le nord d’Israël, le 19 mai 2026. (Ayal Margolin/Flash90)

Il est convaincu qu’Israël finira par trouver un moyen d’améliorer sa technologie pour stopper les drones, mais Zehavi craint que, même si les guerres ont un « début, un milieu et une fin », celle-ci « dure encore longtemps ».

« La situation s’est normalisée : le nord d’Israël est en permanence sous les feux », regrette Zehavi.

Multiplier par deux la population en l’espace d’une décennie ?

« Tout le monde est revenu à Shlomi, et nous avons plus d’habitants qu’il y a 10 ans », explique au Times of Israel depuis son bureau Yosef Luchy, directeur général du conseil local de Shlomi. « La ville prévoit de doubler sa population au cours des 10 prochaines années. »

Luchy semble aborder la situation de cette ville meurtrie comme un élément de la vie quotidienne.

« S’il y a une sirène », dit-il, « nous descendons dans le « mamad » (la pièce sécurisée), nous attendons 10 minutes, puis nous retournons au travail ».

« Nous ne pouvons pas résoudre le problème du Hezbollah nous-mêmes », ajoute Luchy. « Cela dépend de l’armée et du gouvernement. Tout ce que nous pouvons faire, c’est faciliter la vie des citoyens. »

Yosef Luchy, directeur général de Shlomi, désigne la pointe nord de la ville, qui se trouve à 150 mètres de la frontière avec le Liban, le 27 mai 2026. (Diana Bletter/Times of Israel)

Lors de l’évacuation, pas moins de 4 000 résidents de Shlomi ont été relogés dans des hôtels à Jérusalem, près de 2 000 à Haïfa et un millier d’autres à Tibériade, précise Luchy.

La municipalité est restée en contact avec les habitants, ajoute-t-il, et « les enseignants sont restés avec leurs élèves avant de pouvoir revenir ».

Depuis la guerre, les autorités municipales ont construit des pièces sécurisées dans toutes les écoles maternelles et dans les établissements d’enseignement spécialisé afin qu’ils puissent rester ouverts en permanence. La ville n’a pas encore commencé la construction de pièces protégées dans les autres écoles.

« Le danger reste le danger », conclut-il. « Nous verrons bien ce qui va se passer. »

Un arc-en-ciel au-dessus d’une partie de Shlomi, en Galilée occidentale, face à l’Échelle de Tyr, une chaîne de montagnes qui descend de la Haute Galilée vers la mer Méditerranée et au sommet de laquelle passe la frontière israélo-libanaise. (Avec l’aimable autorisation du porte-parole du Conseil local de Shlomi)

« Peut-être y-a-t-il moins de monde »

Shaked Demry, une habitante de Shlomi, se rend avec son fils aîné, Harel, six ans, vers le supermarché lorsque des sirènes retentissent au loin.

« C’était une sirène ? », demande Harel à sa mère.

« Ce n’est pas pour nous », lui répond-elle calmement, tout en confiant à voix basse au Times of Israel que la situation est « effrayante parce qu’il y a des explosions qui ne sont pas précédées de sirène d’alerte ».

Shaked Demri (à gauche) entre dans un supermarché avec son fils Harel, un élève de CP dont les cours ont été annulés en raison de la situation sécuritaire, à Shlomi le 27 mai 2026. En arrière-plan se trouve la frontière avec le Liban. (Diana Bletter/Times of Israel)

C’est le deuxième jour d’affilée que les cours de Harel, en CP, sont annulés, raison pour laquelle il l’accompagne. Demry raconte qu’après le déclenchement d’une sirène, plus tôt dans la journée — signalant le drone qui a finalement tué la soldate Yanai —, l’institutrice de maternelle de son fils cadet a envoyé des messages à tous les parents pour les rassurer sur la sécurité de leurs enfants.

« Mon fils est très conscient de la situation », confie Demry. « Hier, il a cherché sur internet combien de personnes vivaient en Israël. Puis il m’a dit : « Peut-être qu’il y a moins de monde maintenant à cause de la guerre et des soldats qui se font tuer. » »

Ettie Azri (à gauche) et Carmela Gal à la terrasse d’un restaurant à Shlomi, le 27 mai 2026. (Diana Bletter/Times of Israel)

À quelques rues de là, Carmela Gal est attablée dans un restaurant avec son amie, Etti Azri.

Gal explique qu’elle s’est installée à Shlomi à la mi-février 2026 — juste avant la guerre contre l’Iran — en raison de la manière dont le maire de Shlomi, Gabi Naaman, s’est « soucié » des habitants pendant la guerre.

« Cela m’a fait chaud au cœur, et cela m’a donné envie de vivre ici », dit-elle.

Elle assure que malgré la guerre, « nous n’avons pas peur ».

Puis elle désigne l’un des nombreux abris anti-aériens temporaires disséminés dans la ville.

« Regardez », dit-elle, « il y a un abri tout à côté. »

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