« Nous ne mourrons pas en esclaves » : Récit de la révolte du ghetto de Varsovie
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« Nous ne mourrons pas en esclaves » : Récit de la révolte du ghetto de Varsovie

Un article de journal sur l'insurrection, imprimé par un groupe de résistance juif et distribué en septembre 1943, décrit une milice "déterminée", "combattant jusqu'au bout"

Dans le feu de l'action pendant le soulèvement du ghetto de Varsovie. (Avec l'aimable autorisation de l'USHMM)
Dans le feu de l'action pendant le soulèvement du ghetto de Varsovie. (Avec l'aimable autorisation de l'USHMM)

L’un des premiers récits du soulèvement du ghetto de Varsovie, rédigé par un journaliste de la résistance juive, imprimé par une presse clandestine et distribué pendant la Shoah, a été publié jeudi et sera bientôt mis aux enchères.

La divulgation de l’article du « Arbeiter-Zeitung » (Journal des travailleurs), écrit il y a 76 ans, coïncide avec la commémoration annuelle de la Shoah en Israël, qui coïncide avec l’anniversaire de la révolte héroïque.

Le soulèvement du ghetto de Varsovie éclata le 19 avril 1943, lors de la fête de Pessah, quand environ 750 jeunes combattants juifs armés uniquement de pistolets et de bouteilles de carburant attaquèrent une force allemande beaucoup plus importante et fortement armée qui se préparait à « liquider » le ghetto, c’est-à-dire envoyer ses habitants au camp de la mort de Treblinka.

Dans leurs derniers témoignages, les combattants ont dit qu’ils savaient qu’ils étaient condamnés mais qu’ils voulaient mourir au moment et à l’endroit de leur choix. Ils ont tenu près d’un mois, plus longtemps que certains pays envahis par l’Allemagne.

Les vestiges du ghetto de Varsovie, que les SS allemands ont rasé à la dynamite en 1945 après avoir abattu quelque 60 000 Juifs. (AP Photo)

Les Allemands rasèrent le ghetto de Varsovie et tuèrent la plupart des combattants, à l’exception de quelques dizaines qui réussirent à s’échapper par les égouts du côté « aryen » de la ville. Ils ont fait sauter la Grande Synagogue dans un geste symbolique de victoire.

Aujourd’hui encore, la révolte juive demeure un puissant symbole de résistance au cœur de l’identité nationale israélienne.

L’un des premiers récits du soulèvement du ghetto de Varsovie, daté de septembre 1943, a été imprimé par le journal de la résistance juive « Arbeiter-Zeitung » (Avec l’aimable autorisation de la maison Kedem Auction House)

En juillet 1942, l’ordre d’“éliminer le ghetto” est donné, selon l’article en langue yiddish de septembre 1943, cinq mois après l’insurrection.

« Les déportations et les exterminations massives ont commencé immédiatement après. Sur les 600 000 Juifs qui s’y trouvaient entassés, seuls 35 000 ont survécu…. le reste a été utilisé pour le travail forcé sous diverses formes.

« En même temps, ceux qui restèrent savaient que le sort de leurs voisins les attendait aussi… La date était fixée au 20 avril 1943. Leur réponse au décret final fut : « Ça suffit. Nous ne mourrons pas en esclaves ».

« Quand les SS sont venus accomplir leur odieuse mission, ils se sont retrouvés face à une milice déterminée et armée qui était [prête] à combattre jusqu’au bout… des maisons détruites transformées en fortifications, et des réponses dans le feu et l’orgueil », dit l’article. « La résistance a duré six jours. Pour surmonter la forte détermination de la révolte, la Gestapo a été forcée d’utiliser des canons, des chars, des lance-flammes.

« Des cadavres de membres de la Gestapo gisaient dans les rues, et beaucoup d’autres ont été blessés. Ils se sont battus jusqu’à leurs dernières balles, et ils sont ensuite morts après l’effondrement et la destruction des maisons du ghetto. »

L’article se termine ainsi : « La bataille de Varsovie est un honneur dans les annales du peuple juif. »

Une image emblématique de la révolte du ghetto de Varsovie de 1943, au cours de laquelle les résistants juifs ont temporairement empêché les nazis de déporter la population vers les camps de la mort. (Domaine public)

L’article d’Arbeiter-Zeitung indiquait que son auteur était basé en Suisse. L’adresse d’impression se trouvait à Grenoble, en France, et c’est probablement là que les opérations clandestines d’impression du groupe Poalei Zion étaient centrées, selon l’hôtel des ventes Kedem.

La maison basée à Jérusalem a annoncé que l’article et un autre récit de la révolte d’octobre 1944 seraient mis en vente la semaine prochaine.

En décembre, Simcha Rotem, le dernier combattant survivant du soulèvement, est décédé à l’âge de 94 ans.

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