Onze Palestiniens tués par Tsahal après avoir franchi la ligne de cessez-le-feu à Gaza

L'armée a dit que ses soldats ont tiré des coups de semonce avant de viser un véhicule qui s'approchait de leurs forces à Zeitoun ; selon le Hamas, les corps de 15 autres Gazaouis tués ont été rendus dans le cadre de l'accord

Un campement de tentes pour les Palestiniens déplacés se trouve à côté de maisons et de bâtiments détruits à Khan Younis, dans la bande de Gaza, le 18 octobre 2025. (Crédit : AP Photo/Jehad Alshrafi)

Vendredi après-midi, onze membres d’une famille palestinienne ont été tués après que des soldats de Tsahal ont ouvert le feu sur leur véhicule qui tentait d’entrer dans l’est de Gaza-City, zone où l’armée israélienne est déployée, ont annoncé les autorités du Hamas.

Interrogée à ce sujet, l’armée israélienne a répondu avoir pris pour cible un véhicule qui avait franchi la « ligne jaune » – au-delà de laquelle l’armée s’est retirée, conformément aux termes du cessez-le-feu -, dans le quartier de Zeitoun, à Gaza-City.

Le « véhicule suspect » avait été repéré alors qu’il franchissait la ligne et s’approchait des soldats israéliens présents dans la zone, a indiqué l’armée. Selon Tsahal, des tirs de semonce ont d’abord été effectués en direction de la voiture.

Mais le véhicule a poursuivi sa route, s’approchant des soldats « de manière menaçante ». Les militaires ont donc tiré sur le véhicule « pour éliminer la menace », a expliqué l’armée.

Le Hamas, dans un communiqué, a rapporté que la famille Abu Shaban se rendait dans l’est de Zeitoun dans une tentative de vérifier l’état de sa maison lorsqu’un char israélien a tiré sur leur véhicule, « tuant les 11 membres de la famille, parmi lesquels 7 enfants et 3 femmes ».

« Il s’agit là d’un véritable crime, qui révèle l’intention préméditée de l’occupant de prendre pour cible des civils sans défense, sans justification aucune », a fait savoir le Hamas.

Selon une déclaration, samedi, de l’agence de défense civile de Gaza administrée par le Hamas, les corps des 11 Palestiniens ont été récupérés en coopération avec les Nations unies.


L’armée israélienne a averti à plusieurs reprises les Palestiniens de ne pas pénétrer dans les secteurs de Gaza actuellement sous contrôle israélien, les sommant de ne pas s’approcher des soldats. Le ministre de la Défense, Israel Katz, a expliqué vendredi qu’il avait donné pour instruction à l’armée de placer des balises physiques le long de la Ligne jaune afin que les limites du contrôle de l’armée israélienne soient clairement visibles.

Il a indiqué que ces balises serviraient d’avertissement aux « terroristes du Hamas et aux habitants de Gaza que toute violation ou tentative de franchir la ligne serait accueillie par des tirs ».

La Ligne jaune, telle qu’elle a été tracée par les médiateurs, comprend plus de la moitié du territoire de la bande de Gaza, soit 53 %. La plus grande partie se trouve en dehors des zones urbaines. En réalité, Tsahal ne contrôle pas tout ce territoire avec ses soldats au sol – un grand nombre des postes militaires ayant été dressés à plus grande proximité de la frontière israélienne.

Cette carte, publiée par l’armée israélienne le 10 octobre 2025, montre le déploiement de Tsahal à Gaza après le cessez-le-feu. (Crédit : Tsahal)

Vendredi également, l’armée israélienne a déclaré avoir mené une frappe aérienne contre un groupe de terroristes qui étaient sortis d’un tunnel et qui s’étaient approchés des troupes à Khan Younès.

Les terroristes représentaient « une menace imminente » pour les forces armées et ils ont été pris pour cible « conformément à l’accord », a déclaré l’armée.

De plus, plusieurs terroristes sont sortis d’un tunnel dans la région de Rafah et ils ont ouvert le feu sur les soldats, a indiqué Tsahal. Aucun blessé n’a été à déplorer.

Samedi, l’armée a annoncé qu’un navire de la marine israélienne avait tiré des coups de semonce sur plusieurs bateaux palestiniens qui » violaient le blocus naval » de Gaza et « représentaient une menace » pour les militaires, au large de la côte sud de la bande de Gaza. Elle a ajouté que les bateaux gazaouis avaient fait demi-tour et qu’il n’y avait pas eu de blessé.

Par ailleurs, le ministère de la Santé du Hamas a annoncé qu’Israël avait remis samedi les dépouilles de 15 Gazaouis tués, portant à 135 le nombre total de corps restitués à la bande de Gaza dans le cadre du cessez-le-feu actuel, négocié par le président américain Donald Trump. Israël n’a pas encore confirmé avoir rendu les corps sans vie des Gazaouis.

Un Palestinien armé observe une excavatrice creuser profondément dans le sol, apparemment à la recherche des corps des otages à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 17 octobre 2025 (Crédit : Omar AL-QATTAA / AFP).

La proposition de cessez-le-feu de Trump stipulait qu’Israël remettrait les dépouilles de 15 Gazaouis tués pendant la guerre pour chaque otage décédé que le Hamas rendrait à Israël.

Vendredi dans la soirée, le Hamas a restitué le dixième corps sans vie d’otage dans le cadre du cessez-le-feu – 18 autres se trouvent toujours à Gaza. L’État juif a accusé le groupe terroriste de violer l’accord en conservant certaine dépouilles qu’il aurait toutefois entre les mains. Le groupe terroriste a affirmé rencontrer des difficultés à localiser les corps – même si les responsables israéliens, pour leur part, ont insisté sur le fait que le groupe terroriste pouvait actuellement savoir où se trouvaient au moins plusieurs autres.

Parmi les 18 dépouilles de captifs qui sont encore dans l’enclave, 17 avaient été enlevés lors du pogrom commis par le Hamas, le 7 octobre 2023, qui avait déclenché la guerre de Gaza, et un soldat qui avait été tué au combat lors de la guerre de Gaza de 2014.

Conformément à l’accord, le Hamas a libéré lundi les 20 derniers otages israéliens encore en vie – dans les 72 heures qui sont suivi le retrait d’Israël vers la Ligne jaune le 10 octobre. En échange, Israël a relâché près de 2 000 prisonniers et détenus palestiniens.

Le responsable de l’aide humanitaire de l’ONU prévoit un « travail colossal » dans une bande en ruines

De son côté, le Hamas a exhorté les médiateurs à renforcer l’afflux des aides vers Gaza, à accélérer l’ouverture du poste-frontière de Rafah avec l’Égypte et à commencer la reconstruction du territoire ravagé.

Selon la proposition de cessez-le-feu de Trump, quelque 600 camions d’aide humanitaire seraient autorisés à entrer chaque jour. Le COGAT, l’instance du ministère israélien de la Défense qui supervise l’assistance dans la bande, a signalé que 950 camions, y compris des camions commerciaux et des livraisons bilatérales, avaient traversé la frontière jeudi et 716 mercredi, a indiqué l’ONU.

Des camions transportant l’aide fournie par le Programme alimentaire mondial des Nations unies circulent sur une route à Deir el-Balah après avoir franchi le poste-frontière de Kerem Shalom entre Israël et Gaza, dans le sud de la bande de Gaza, le 17 octobre 2025. (Crédit : BASHAR TALEB / AFP)

Le responsable de l’aide humanitaire de l’ONU, Tom Fletcher, a fait le point samedi sur la tâche monumentale que représente le rétablissement des besoins fondamentaux dans l’enclave dévastée.

À bord d’un petit convoi de jeeps blanches des Nations unies, Fletcher et son équipe ont parcouru les décombres des maisons détruites pour inspecter une station d’épuration des eaux usées à Sheikh Radwan, au nord de Gaza-City.

« Je suis passé par ici il y a sept ou huit mois, alors que la majorité de ces bâtiments étaient encore debout, et quand je vois les dégâts, je me rends compte que c’est une grande partie de la ville qui est détruite, ce n’est plus qu’un champ de ruines, c’est absolument dévastateur à voir », a-t-il confié à l’AFP.

En examinant les équipements de pompage endommagés et le sinistre lac d’eaux usées sinistre de la station d’épuration, Fletcher a estimé que la tâche qui attend l’ONU et les agences d’aide humanitaire est « énorme, vraiment énorme ».

Des Palestiniens font la queue pour obtenir de l’eau potable dans le nord de la bande de Gaza, le 4 octobre 2025. (Crédit : Ali Hassan/Flash90)

Le diplomate britannique a noté avoir rencontré des habitants qui retournaient dans leurs maisons détruites pour tenter de creuser des latrines dans les ruines. Des Gazaouis qui se sont entretenus avec l’AFP ont exliqué qu’ils étaient dans l’incapacité de localiser leurs maisons, voire des points de repère familiers, dans des quartiers désormais ensevelis sous les décombres des bâtiments effondrés.

« Ils me disent qu’ils veulent avant tout retrouver leur dignité », a dit Fletcher. « Nous devons rétablir l’électricité afin de pouvoir commencer à remettre en place le système d’assainissement ».

« Nous avons maintenant un plan massif de 60 jours pour augmenter les approvisionnements alimentaires, distribuer un million de repas par jour, commencer à reconstruire le secteur de la santé, apporter des tentes pour l’hiver et renvoyer des centaines de milliers d’enfants à l’école », a-t-il indiqué.


Dans un rapport qui a été publié au mois d’août et qui a été rejeté par Israël, l’ONU a indiqué que la famine sévissait à Gaza-City. L’ONU affirme également avoir constaté elle-même que plus de 400 personnes étaient mortes de causes liées à la malnutrition, dont plus de 100 enfants.

Israël affirme avoir laissé entrer suffisamment de denrées alimentaires et accuse le Hamas d’en avoir volé une grande partie. L’ONU et d’autres agences humanitaires réfutent cette accusation.

Selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas, quelque 68 000 Palestiniens ont été tués par Israël à Gaza depuis le début de la guerre le 7 octobre 2023. Des milliers d’autres personnes sont portées disparues, selon la Croix-Rouge.

Les chiffres du ministère de la Santé ne peuvent être vérifiés de manière indépendante et ils ne font pas la distinction entre civils et terroristes. Au mois d’août, Israël avait annoncé avoir tué environ 22 000 hommes armés pendant les combats, en plus de 1 600 terroristes sur le sol israélien lors du pogrom du 7 octobre.

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