Organisations juives et israéliennes mobilisées en Jamaïque, ravagée par un ouragan

Habad, Israid et d'autres tentent d'obtenir de l'eau potable et de l'aide pour les habitants suite au passage de l'ouragan Melissa sur cette île qui compte 360 Juifs

Des habitants traversent Lacovia Tombstone, en Jamaïque, après le passage de l'ouragan Melissa, le 29 octobre 2025. (Crédit : AP Photo/Matias Delacroix)

Organisations juives et israéliennes se mobilisent pour apporter de l’aide aux habitants de l’île de la Jamaïque, quelques jours après le passage de l’un des ouragans les plus puissants de l’Atlantique.

On estime à 28 personnes au moins le nombre de victimes de l’ouragan Melissa, auuxqelles s’ajoutent 31 victimes en Haïti : l’ouragan de catégorie 5 a frappé les deux îles mardi dernier avec des vents allant jusqu’à 295 km/h.

Selon la Croix-Rouge, plus de 70 % des habitants de Jamaïque n’ont toujours pas d’électricité et près de 6 000 personnes se trouvent dans des abris d’urgence.

À Montego Bay, la ville touristique la plus célèbre de la Jamaïque, l’organisation Habad a indiqué avoir proposé de l’aide aux habitants, notamment en leur fournissant des abris, de l’aide d’urgence et des stations de recharge de téléphones, alors même que ses propres installations ont été fortement endommagées.

« C’est un cauchemar », confie le rabbin Yaakov Raskin, chef du centre Habad de Jamaïque. « Le temps que les gens prennent la mesure de cette tempête, les aéroports avaient été fermés, et tout ce que avons pu faire a consisté à demander aux gens de prier pour nous. »

IsraAID, la principale organisation humanitaire indépendante d’Israël, a envoyé en Jamaïque une équipe d’intervention d’urgence composée de six personnes.

« Après une estimation rapide des besoins, nous avons mis l’accent sur l’eau, l’assainissement et l’hygiène, qui sont les besoins les plus urgents après une catastrophe comme celle-ci », explique le porte-parole de l’organisation, qui est intervenue à une centaine de reprises et dans plus de 65 pays dans des situations de crise humanitaire depuis sa création en 2001.

Israid a également dépêché des experts en santé mentale pour apporter un soutien en matière de santé mentale et psychosociale, ajoute-t-elle.

Lorsque l’ouragan a frappé, Raskin, sa femme et leurs cinq enfants ont vu les fenêtres de leur maison se briser et les portes être arrachées de leurs gonds, tandis que les pluies inondaient la maison.

Des congélateurs remplis de nourriture casher, destinée à la communauté juive, ont été détruits et la famille s’est retranchée dans une pièce sans fenêtre au centre de la maison.

« C’était un vrai bras de fer pendant quatre heures, une lutte constante pour éviter de se faire blesser par toutes ces choses qui volaient un peu partout », explique Raskin.

Mais dès le lendemain, la famille organisait les secours, en affrétant un avion privé, depuis Miami, chargé de produits de base comme de la nourriture casher, des fournitures médicales et du lait maternisé. Le véhicule endommagé par la chute de débris et les routes bloquées par des arbres ou des poteaux électriques arrachés, n’ont pas empêché Raskin de travailler avec des soutiens aux États-Unis, Hatzolah Air et le ministre jamaïcain Delano Seiveright.

Un autre avion transportant un générateur d’eau atmosphérique, capable de produire de l’eau potable à partir de l’air, devrait être livré dans les tout prochains jours.

Des membres de la famille du rabbin Yaakov Raskin, du mouvement Habad de Jamaïque, déchargent de l’aide humanitaire suite au passage de l’ouragan Melissa, en octobre 2025 (Habad de Jamaïque)

Le centre Habad a également organisé des repas de Shabbat pour une quinzaine de résidents et de Juifs de passage piégés sur l’île, et d’autres ont même trouvé refuge dans le bâtiment.

« Après la tempête, nous avons appelé un à un les 360 Juifs de l’île pour savoir de quoi ils avaient besoin », souligne Raskin.

« Heureusement, personne de la communauté n’a été tué, mais les dégâts sont considérables. Une femme nous a dit que sa maison a été détruite et qu’elle n’avait rien mangé depuis deux jours. Même ceux qui ne sont pas de grands croyants ont beaucoup prié pendant la tempête. »

La Jamaïque est forte d’une population permanente de près de 200 Juifs, sans compter ceux qui y possèdent une maison et s’y rendent occasionnellement, explique le porte-parole de Habad. Cette île tropicale est une destination de vacances très prisée qui accueille un millier de touristes juifs à tout moment de l’année, ajoute-t-il.

Le rabbin Raskin, émissaire Habad de troisième génération, originaire de New York, vit en Jamaïque depuis 2011. Il se dit plus que jamais déterminé à prendre soin de ceux qui l’entourent, juifs ou non.

« Malgré les obstacles considérables, le fait de n’avoir ni Internet ni électricité, nous restons en contact avec les membres de la communauté qui ont besoin d’aide et coordonnons la distribution de l’aide d’urgence », poursuit M. Raskin.

« Nous avons une responsabilité envers les habitants de cette île, [et] cet engagement nous lie même si l’électricité est limitée et qu’il n’y a ni eau, ni Internet. »

La branche Habad a déjà collecté plus de 160 000 dollars sur le million de dollars qu’elle espère réunir pour financer l’aide.

Des résidents se frayent un chemin entre les décombres suite au passage de l’ouragan Melissa à Black River, en Jamaïque, le jeudi 30 octobre 2025. (Crédit : AP Photo/Matias Delacroix)

IsraAID, qui avait un représentant sur place, en Jamaïque, a fait venir des spécialistes d’IsraAID Colombie et Dominique, dont les bureaux ont ouvert en 2017 suite au passage de l’ouragan Maria.

Les tempêtes qui ont suivi, à l’instar de l’ouragan Dorian en 2019, Ian en 2022 ou Beryl en 2024, ont fait de ce groupe un expert en préparation aux catastrophes et en rétablissement pour l’ensemble des Caraïbes, explique l’organisation.

« IsraAID est fier de pouvoir s’appuyer sur sa présence et son expertise régionales pour lancer une réponse d’urgence », explique Michal Bar, directeur principal des opérations d’urgence d’IsraAID.

« Comme pour nos précédentes interventions dans la région, nous serons aux côtés des communautés aussi longtemps qu’elles auront besoin de nous. »

Une autre organisation humanitaire israélienne, SmartAID, a déclaré la semaine dernière avoir déployé sur l’île une dizaine de palettes contenant des batteries et des unités d’énergie solaire. Des ressources supplémentaires, notamment des microréseaux, des systèmes d’eau potable et du matériel de connectivité de ses partenaires commerciaux, ont également été mises à disposition.

De l’aide humanitaire stationne sur le tarmac de l’aéroport international Norman Manley de Kingston, en Jamaïque, le samedi 1er novembre 2025, après le passage de l’ouragan Melissa. (Crédit : AP Photo/Matias Delacroix)

SmartAID a déclaré qu’il collaborait étroitement avec le Bureau jamaïcain de préparation aux catastrophes et de gestion des urgences ainsi que les organisations nationales de secours pour déployer des systèmes d’énergie solaire, des unités de communication mobiles et une technologie de purification de l’eau dans les zones les plus durement touchées.

« Quand il n’y a plus ni électricité ni réseau, alors l’aide s’arrête, les secours ne peuvent plus se coordonner et les familles ne peuvent pas obtenir d’aide », explique Shachar Zahavi, directeur fondateur de SmartAID.

« Notre mission est de maintenir les services essentiels en activité au milieu de la catastrophe et de travailler à renforcer la résilience pour l’avenir. »

D’autres organisations juives américaines se sont elles aussi mobilisées. Les Jewish Federations juives of North America ont créé un fonds de secours pour l’ouragan Melissa et l’American Jewish Joint Distribution Committee (JDC) collecte des fonds pour apporter de l’aide humanitaire, ont fait savoir ces organisations.

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