Ouverture houleuse de la session législative d’hiver à la Knesset

Amir Ohana a refusé d'utiliser le titre officiel du président de la Cour suprême, Isaac Amit, provoquant l'ire des députés de l'opposition - et s'attirant une réprimande de Netanyahu

Montage photos (de gauche à droite) : Le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, le chef de l'opposition Yaïr Lapid et le chef du parti Kakhol Lavan-HaMahane HaMamlahti, Benny Gantz, lors des réunions de leurs factions respectives de la Knesset, à Jérusalem, le 14 juillet 2025. (Crédits : Yonatan Sindel/Flash90)

Les leaders de l’opposition ont ouvert la session législative d’hiver à la Knesset, lundi, en critiquant avec sévérité la prise en charge de la sécurité nationale de la part du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, et notamment la réponse apportée à la violation du cessez-le-feu qui a été faite par le Hamas dans la journée de dimanche.

S’adressant aux journalistes avant la réunion hebdomadaire de son parti Yesh Atid, le chef de l’opposition Yair Lapid a déclaré qu’Israël devait adopter une « politique de tolérance zéro à l’égard de toutes les violations du cessez-le-feu », tout en précisant que l’objectif d’Israël ne devait pas être de retourner à la guerre.

« Le Hamas n’a pas été vaincu parce que Netanyahu ne sait pas comment le vaincre. La manière de le vaincre, c’est de mettre en place un gouvernement égyptien efficace qui viendra le remplacer et c’est de déployer des efforts constants, militaires et politiques, en sachant que nous ne connaîtrons pas de repos tant que le Hamas n’aura pas été détruit, même si cela doit prendre du temps », a-t-il ajouté, arguant que la Turquie et le Qatar ne pouvaient pas être autorisés à envoyer des forces de maintien de la paix à Gaza.

Une équipe multinationale chargée d’aider à sécuriser la bande de Gaza après la fin de la guerre entre Israël et le Hamas sera probablement placée sous la houlette de l’Égypte, a rapporté samedi le Guardian. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a expliqué à Trump qu’Ankara était également prête à envoyer des hommes à Gaza, même si des responsables arabes ont répété à plusieurs reprises au Times of Israel que les Émirats arabes unis et le Qatar n’avaient pas l’intention de fournir des soldats sur le terrain.

Un Palestinien transporte une boîte de nourriture du Programme alimentaire mondial (PAM) après l’avoir récupérée à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 20 octobre 2025. (Crédit : AP Photo/Jehad Alshrafi)

A l’occasion de la réunion de faction de son parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman a, de son côté, estimé que le gouvernement affichait aujourd’hui « le même défaitisme et la même retenue » qu’avant le 7 octobre. Il a dit qu’au lieu de relancer le conflit dans le sillage de la violation faite par le Hamas, Netanyahu avait « imposé un cessez-le-feu » à l’armée israélienne.

Il a noté qu’au moment où des soldats israéliens étaient tués, Netanyahu rebaptisait l’Opération Épées de fer en « Guerre de la renaissance ».

Israël doit mettre sur la table « la question de la saisie de territoires supplémentaires au-delà de la ligne jaune », a déclaré pour sa part le président de Kakhol lavan, Benny Gantz, en référence à la ligne qui sépare les zones respectivement contrôlées par le Hamas et par Israël à Gaza.

« La riposte qui a été apportée hier a été insuffisante et elle a été trop brève », a continué Gantz, tout en avertissant qu’Israël « ne doit pas retourner tout de suite à la guerre ».

« Le Hamas doit comprendre que ses violations ont un prix douloureux », a-t-il poursuivi, notant que la mise en place d’une administration internationale à Gaza prendra beaucoup de temps et que « nous ne pouvons pas confier notre sécurité à des soldats d’autres pays, qu’ils viennent de la Turquie ou du Qatar ».

« Ceux qui pensent qu’un gouvernement d’union nationale signifiera siéger dans un gouvernement où figureraient Netanyahu et les extrémistes vivent dans un monde imaginaire. Tous ceux qui disent que nous serons le 61e vote favorable à Netanyahu vous mentent et ils vous racontent une histoire qu’ils cherchent à vous vendre », a-t-il affirmé.

S’adressant aux journalistes avant la réunion hebdomadaire de son parti à la Knesset, le président de Hadash-Taal, Ayman Odeh, a pour sa part, appelé les autres factions de l’opposition à s’unir pour renverser « dès que possible » le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Il a déclaré que le gouvernement avait trois objectifs pendant la session parlementaire actuelle : « nuire à la Cisjordanie… promouvoir le coup d’État judiciaire… et empêcher la population arabe de se présenter aux prochaines élections ».

Le député Ayman Odeh assistant à une réunion de la faction Hadash-Taal, à la Knesset à Jérusalem, le 30 juin 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« J’appelle les factions de l’opposition à agir ensemble, dans l’unité, contre ces trois choses, non seulement contre une seule chose, mais en principe contre ce gouvernement dans tous les domaines, et à faire tout leur possible pour renverser ce gouvernement dès que possible », a-t-il déclaré.

« La faction Hadash-Ta’al s’efforcera d’augmenter le taux de participation électorale parmi la population arabe et les Juifs démocrates afin d’empêcher le gouvernement de poursuivre son mandat. »

Ensuite, alors que les députés prenaient part à la première séance plénière de cette session parlementaire d’hiver, deux législateurs issus de l’opposition, Gilad Kariv et Naor Shiri, ont été sortis de force de la salle après s’en être pris au président Amir Ohana – ce dernier avait désigné le président de la Cour suprême en utilisant le simple mot « juge » et non son titre officiel, ce qui a suscité la fureur et les hauts cris de l’opposition et des deux députés en particulier.


Ohana n’avait invité ni Amit ni la procureure générale Gali Baharav-Miara au discours prononcé, la semaine dernière, par le président américain Donald Trump, ce qui avait entraîné les critiques des parlementaires de l’opposition et du président Isaac Herzog.

Une initiative qui avait été prise alors que le gouvernement cherche à écarter Baharav-Miara de son poste, et alors que le ministre de la Justice Yariv Levin refuse de reconnaître l’autorité d’Amit en tant que président de la Cour suprême, la coalition continuant à tenter de limiter l’autorité des tribunaux dans le cadre de ses projets de refonte radicale du système judiciaire israélien.

Dans un tweet qu’il a publié après son expulsion de la séance plénière, Kariv a écrit qu’Ohana « bafoue l’honneur de la Knesset, il bafoue l’honneur du système judiciaire et l’honneur de la société israélienne dans son ensemble ».

Les députés de l’opposition ont interrompu et ils ont hué Ohana à plusieurs reprises pendant que ce dernier prononçait un discours, la députée de Yesh Atid, Meirav Cohen, lui criant qu’il n’avait « rien appris » et qu’il continuait « de faire exactement ce que vous faisiez avant le 7 octobre ».

Ohana « n’a rien appris au cours des deux dernières années. Il nous ramène de force aux divisions et aux ruptures destructrices, et aux jours qui avaient précédé la catastrophe du 7 octobre », a écrit Lapid dans un post diffusé sur le réseau social X où il a aussi accusé le président du parlement et le gouvernement « d’affaiblir l’État d’Israël ».

Le président israélien Isaac Herzog a, lui aussi, dénoncé l’incapacité d’Ohana à reconnaître le titre officiel d’Amit.

Prenant la parole à l’ouverture de la session parlementaire d’hiver, il a ainsi pris grand soin de désigner le président de la Cour suprême Isaac Amit en utilisant son titre officiel, suscitant les acclamations et les applaudissements des députés de l’opposition.

« Nous traversons une période difficile », a dit Herzog dans un appel au respect des convenances. « Je ne suis pas prêt à accepter un manque de respect fondamental ».

S’adressant directement à Amit, qui se trouvait dans la tribune de la Knesset, Herzog a ajouté : « Je vous le dis, Monsieur le Président, Monsieur le président de la Cour suprême, je vous souhaite cordialement la bienvenue ».

Des propos qui ont été accueillis par une ovation des députés de l’opposition, qui se sont levés de leurs sièges.

Répondant à ses détracteurs, Ohana a averti que le pouvoir démocratique des électeurs « s’érode… à cause du comportement du système de la justice ».

« Nous voulons de tout notre cœur qu’Israël soit un État régi par l’État de droit, et cette assemblée en est la meilleure illustration. Mais nous voulons l’État de droit, pas le règne des juristes », a-t-il affirmé.

Alors qu’il se tenait au pupitre de la Knesset, Herzog assis près de lui, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a d’abord réagi à la polémique du jour, disant au chef de l’État qu’il « partageait » son avis sur le comportement du président du parlement.

« Isaac Amit est le président de la Cour suprême », a indiqué Netanyahu. « C’est un fait ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors d’une séance plénière le jour de l’ouverture de la session d’hiver à la Knesset, le parlement israélien, le 20 octobre 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

« Mais je suis le Premier ministre d’Israël, et tous ces gens sont les ministres du gouvernement israélien », a-t-il continué sous les applaudissements de la coalition et sous les cris de protestation qui émanaient de l’autre côté de l’hémicycle. « C’est un fait. Et c’est le président de la Knesset israélienne, et ce sont les membres de la Knesset israélienne, et c’est aussi un fait ».

« Ces faits doivent être reconnus par toutes les parties, et pas seulement par une seule. C’est ce dont nous avons besoin ici, Monsieur le Président », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre a ensuite embrayé sur le sujet de Gaza. Il a affirmé que le Hamas « a senti l’épée sur sa nuque » et qu’il a été placé dans l’obligation d’accepter l’accord actuel de cessez-le-feu qui a ouvert la porte à la remise en liberté des otages après l’envoi de l’armée israélienne à Gaza-City, son dernier bastion important.

Lorsque les soldats ont pénétré dans la ville, « le Hamas a compris qu’il était menacé d’anéantissement », a-t-il dit.

« Si j’avais écouté un grand nombre de ceux qui se trouvent dans cette salle et à l’extérieur », a-t-il poursuivi, « vous qui m’avez demandé d’arrêter la guerre, de capituler, de lever les bras au ciel… Si j’avais cédé à ces demandes, la guerre se serait terminée par une victoire écrasante du Hamas et de tout l’axe iranien ».

« Vous le savez et nous le savons tous », a-t-il déclaré, interrompu par des députés de l’opposition qui ont été, en conséquence, sortis de la salle.

Les Israéliens de tous les secteurs de la société « auraient disparu dans un nuage de fumée nucléaire » si la guerre avait été arrêtée, a-t-il expliqué.

Il a indiqué qu’il n’aurait pas accepté « que la guerre se termine dans les conditions de capitulation que le Hamas avait imposées, avec l’aide de certaines personnes en Israël également, malheureusement », pointant du doigt l’opposition, « et avec le soutien des gouvernements du monde, avec l’aide de la presse internationale, avec l’aide du monde entier ».

« Nous avons renforcé la dissuasion d’Israël, nous avons redressé notre posture, nous avons ramené nos otages – tous les vivants, certains des morts sont toujours là-bas, nous les ramènerons aussi », a-t-il promis.

« Nous avons consolidé notre statut de superpuissance », s’est-il vanté. « Mais la campagne n’est pas terminée ».

Il a noté que le Hamas avait ouvertement violé le cessez-le-feu, dimanche, en lançant une attaque meurtrière à l’encontre des soldats de l’armée israélienne à Rafah. Netanyahu a souligné qu’Israël a riposté contre le Hamas en visant des dizaines de cibles, y compris des commandants supérieurs. « Le cessez-le-feu ne signifie pas que le Hamas est en droit de nous menacer », a-t-il indiqué. « Il y a et il y aura un prix très lourd à payer pour toute agression à notre encontre ».

Il a juré qu’à la fin de la deuxième phase du cessez-le-feu, « l’armée et le gouvernement du Hamas seront éliminés ».

Netanyahu a insisté sur le fait qu’Israël tendait également la main à ceux qui veulent vivre en paix. « Et aujourd’hui, ils sont nombreux, voire très nombreux », a-t-il déclaré, mystérieux.

« La paix se fait avec les forts, pas avec les faibles », a ajouté Netanyahu, « et aujourd’hui, tout le monde sait qu’Israël est un pays très fort. Un pays plus fort que jamais ».

Enfin, il a souligné que pour faire la paix avec davantage de pays voisins et pour vaincre ses ennemis, l’État juif devait préserver son unité.

« J’en appelle tout le monde, les membres de l’opposition comme ceux de la coalition, et à travers vous, le public… nous savons quelle terrible catastrophe la haine infondée a causée dans notre histoire », a-t-il dit.

« Le moment est venu d’apaiser les tensions », a-t-il continué, quelques instants après avoir accusé l’opposition d’avoir poussé à mettre fin à la guerre à Gaza selon les conditions du Hamas.

« Dans une démocratie, nous pouvons prendre des décisions à la majorité ou à la minorité. Il est également possible de parvenir à un compromis. Il est également possible, et nécessaire, de débattre des désaccords », a-t-il noté. « Mais pour ce faire, il faut se concentrer sur le sujet en question et il ne faut certainement pas recourir à la violence, il ne faut certainement pas menacer de mort des élus, il ne faut certainement pas menacer de mort le Premier ministre et sa famille, ainsi que les familles des ministres ».

Netanyahu a affirmé que le gouvernement adoptera bientôt le budget pour l’année 2026 et que « nous continuerons à renforcer l’économie israélienne ».

Il a ajouté que les performances économiques d’Israël pendant la guerre avaient stupéfié le monde entier.

« L’inflation est en baisse, le shekel est fort, le chômage est au plus bas et la bourse atteint des sommets historiques », s’est-il vanté.

Évoquant l’industrie de l’armement, Netanyahu a déclaré qu’après avoir été confronté à des embargos sur les armes qui, selon lui, ont ralenti les progrès d’Israël dans la guerre, il était parvenu à faire progresser le secteur.

« Nous devrons investir davantage dans notre sécurité nationale », a-t-il ajouté.

Il s’est aussi vanté de son Administration nationale de l’intelligence artificielle et il a précisé qu’Israël deviendra bientôt une puissance en la matière.

Il s’est enorgueilli de relations avec les États-Unis qui n’ont jamais été aussi étroites, évoquant notamment les liens personnels qu’il a su tisser avec le président américain Donald Trump. Il a annoncé qu’il s’entretiendra demain avec le vice-président américain JD Vance sur deux sujets : « les défis sécuritaires auxquels nous devons faire face et les opportunités diplomatiques qui s’offrent à nous ».

Netanyahu affirme qu’à l’occasion de la nouvelle session de la Knesset, le gouvernement adoptera un projet de loi visant à enrôler 10 000 Haredim dans l’armée dans un délai de deux ans.

« Il y a beaucoup plus de personnes en âge de s’enrôler qui ne sont pas des ultra-orthodoxes et elles doivent également intégrer Tsahal », a-t-il ajouté sans donner plus de détails sur les individus concernés.

En conclusion, il a juré qu’Israël « gagnera », sous les acclamations effrénées des députés de la coalition.

Montant à son tour au pupitre, le chef de l’opposition Yair Lapid a, pour sa part, critiqué avec âpreté le critique le Premier ministre et sa défense de la prise en charge de la guerre à Gaza. Il s’est ainsi interrogé : « Qui était Premier ministre le 7 octobre ? L’opposition ? »

Le chef de l’opposition et président du parti Yesh Atid, Yair Lapid, dirige une réunion de faction à la Knesset le 20 octobre 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

« Nous avons bombardé l’Iran », a-t-il continué. « Mais qui était donc Premier ministre lorsque l’Iran a accumulé son pouvoir ? Le Hezbollah dispose de 150 000 missiles. Qui était le Premier ministre lorsque le Hezbollah a accumulé 150 000 missiles ? Nous avons gagné la guerre. Qui était le Premier ministre le 7 octobre ? »

« Vous avez parlé de l’Iran, mais vous n’avez pas agi. Vous ne pouvez pas me raconter des histoires », a déclaré Lapid. « J’étais moi-même dans le bureau du Premier ministre, nous avons ouvert les tiroirs pour chercher des plans, et il n’y avait rien ».

Lapid a aussi omis d’appeler président de la Knesset, Amir Ohana, par son titre officiel, une pique après que ce dernier a délibérément qualifié le président de la Cour suprême, Isaac Amit, de simple « juge ».

S’en prenant à Ohana, Lapid a expliqué qu’il n’était « que le président de la moitié de la Knesset ».

« Vous savez que ce n’est pas exact », a rétorqué Ohana.

Après le discours cinglant de Lapid et ses propos sur les menaces du Hamas et de l’Iran que le Premier ministre, selon lui, auraient laissé se développer sans contrôle, Netanyahu est revenu à la tribune de la Knesset, affirmant que Lapid avait appelé Israël à quitter Gaza au mois de novembre 2024.

« Vous osez parler de la menace iranienne ? », a-t-il interrogé. « Pendant des années, pendant 40 ans – y compris lorsque j’étais au gouvernement et Premier ministre – j’ai mis en garde contre cette menace et je l’ai combattue. Et j’ai essayé de rallier tout le monde, la coalition et l’opposition ».

« Et j’ai été ridiculisé », a-t-il affirmé.

« J’ai toujours été confronté à une véritable opposition publique », a-t-il déploré.

« Les menaces n’ont pas pris fin. Ils pansent leurs plaies », a-t-il averti.

« Nous devons limiter les querelles internes », a conclu Netanyahu, revenant sur le thème de l’unité.

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