Pezeshkian: l’Iran ne « cèdera jamais devant les agresseurs »
Le président libanais exige la fin de 'l'agression israélienne '; le roi d'Espagne revendique son lien avec les Juifs que son pays avait expulsés lors de l'Inquisition, tout en réprimandant Israël pour les 'massacres'
Le président iranien Masoud Pezeshkian a promis mercredi de « ne jamais céder devant les agresseurs » alors que Téhéran fait face à des sanctions pour son programme nucléaire et que le pays est encore sous le choc des bombardements israéliens et américains qui ont visé son territoire au cours de la guerre de douze jours qui a eu lieu au mois de juin.
Depuis la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, Pezeshkian a nié que Téhéran cherchait à se doter de l’arme nucléaire et il a critiqué « le régime sioniste » pour la guerre à Gaza – comme l’ont également fait les dirigeants irakien, libanais, marocain et espagnol.
De son côté, le président libanais Joseph Aoun a exigé que Tsahal mette un terme aux frappes qui prennent pour cible son pays et il a demandé le retrait des soldats du sol libanais. Le roi Felipe VI d’Espagne a dit être fier de l’héritage des Juifs que son pays avait bannis en 1492 et il a accusé les forces israéliennes de commettre des atrocités à Gaza.
Dans son allocution, Pezeshkian a dénoncé « les attaques aériennes du régime sioniste et des États-Unis d’Amérique contre les villes, les habitations et contre les infrastructures iraniennes, au moment très précisément où nous nous engagions sur la voie des négociations diplomatiques ».
Ce qui a constitué « une grave trahison de la diplomatie et une subversion des efforts visant à mettre en place la stabilité et la paix » dans la région, a-t-il ajouté. « Cet acte d’agression éhonté – en plus de la mise sous surveillance d’un certain nombre de commandants, de citoyens, d’enfants, de femmes, de scientifiques et d’élites intellectuelles de mon pays – a porté un coup dur à la confiance internationale et à la perspective même de paix dans la région ».
« Devons-nous renoncer à lutter contre ces violations dangereuses des normes internationales ? », s’est-il insurgé.
Le discours prononcé par Pezeshkian devant ce forum de premier plan, à New York, a été sa première apparition depuis la guerre qui a opposé son pays à Israël – qui avait alors bénéficié de l’appui des États-Unis – au mois de juin dernier. Cette guerre avait commencé par une attaque-surprise de Tsahal qui avait pris pour cible le programme nucléaire iranien, les installations de production de missiles et les chefs militaires de la République islamique. L’Iran avait riposté en lançant des frappes aux drones et avait procédé à des tirs de missiles meurtriers.
La guerre, qui avait brusquement mis fin à des semaines de négociations nucléaires entre les États-Unis et l’Iran, s’était terminée par un cessez-le-feu négocié par Washington, le 24 juin, deux jours après que les États-Unis ont eux-mêmes bombardé trois sites nucléaires de premier plan sur le territoire de la république islamique.
Les responsables iraniens ont ouvertement juré de détruire Israël. Ils soutiennent un réseau régional de mandataires, appelé « Axe de la résistance », qui est composé de groupes terroristes anti-israéliens – avec notamment le Hamas à Gaza, le Hezbollah au Liban et les rebelles houthis au Yémen. Israël a fait savoir que ses attaques qui avaient visé l’Iran, à partir du 13 juin, avaient suivi des mesures qui avaient été prises par la république islamique en vue de la fabrication d’une arme nucléaire, avec une menace qui était devenue imminente.
Si l’Iran dément avec force chercher à se doter de l’arme nucléaire, le pays a procédé à des activités d’enrichissement de l’uranium à un niveau bien supérieur à celui nécessaire pour un usage civil, très proche du niveau requis pour la fabrication d’une bombe. Lors des négociations sur la question, les États-Unis avaient exigé que l’Iran renonce complètement à ses capacités d’enrichissement, une demande que Téhéran avait rejetée.
Devant les membres des Nations unies, Pezeshkian a déclaré que la religion interdisait à Téhéran de fabriquer une arme atomique.
« Nous ne cherchons pas à nous doter d’armes nucléaires. C’est notre conviction, une conviction fondée sur un décret du guide suprême et des autorités religieuses », a-t-il affirmé.
L’Iran avait fait l’objet de sanctions sévères de la part de l’ONU en raison de son programme nucléaire jusqu’à la conclusion d’un accord historique qui avait été conclu entre Téhéran et les grandes puissances mondiales en 2015.
Les États-Unis s’étaient retirés de l’accord en 2018 et les trois nations européennes signataires — la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne — ont récemment déclenché le mécanisme dit « de snapback » que comprenait le pacte afin de pouvoir réimposer les sanctions, accusant l’Iran de ne pas avoir respecté les stipulations de l’accord. La semaine dernière, le Conseil de sécurité de l’ONU a rejeté une résolution visant à bloquer ce rétablissement des sanctions.
Dans son discours, Pezeshkian a accusé à plusieurs reprises Israël de génocide à Gaza, une accusation que Israël a rejetée. « Au minimum, plus de 35 000 civils innocents à Gaza », a déclaré Pezeskian.
Il semblait faire référence, avec ce chiffre, au nombre de femmes, d’enfants et de personnes âgées qui a été rapporté par le ministère de la Santé de Gaza, placé sous la direction du Hamas. Une dépêche diffusée au mois de juillet dernier par l’agence de presse Safa, une agence affiliée au Hamas, avait cité les chiffres signalés par le ministère de la Santé qui avait laissé entendre que les femmes, les enfants et les personnes âgées représentaient plus de 55 % des personnes tuées par Israël à Gaza depuis le début de la guerre – un conflit qui avait été déclenché par le pogrom commis par le Hamas sur le sol israélien, le 7 octobre 2023.
Au moment de la publication de la dépêche, la mort d’un peu plus de 60 000 Palestiniens avait été déclarée. Depuis, ce bilan a grimpé à plus de 65 000, selon le ministère de la Santé du Hamas.
Les chiffres du Hamas ne peuvent être vérifiés de manière indépendante et ils ne font pas la distinction entre civils et hommes armés. Israël, de son côté, a annoncé, au mois d’août, qu’environ 22 000 hommes armés avaient été tués à Gaza depuis le début de la guerre, en plus d’environ 1 600 terroristes qui avaient été abattus sur le sol israélien lors du pogrom du octobre.
Pezeshkian a ensuite dénoncé l’idée du « Grand Israël », une formule utilisée pour décrire un État juif qui s’étendrait sur tout ou sur une partie de la Jordanie, de la Cisjordanie, de Gaza, du plateau du Golan et de la péninsule du Sinaï. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a indiqué, le mois dernier, qu‘il se sentait proche de cette vision, mettant le monde arabe et musulman en ébullition.
À la tribune, Pezeshkian a indiqué que « le projet ridicule et délirant d’un Grand Israël est évoqué de manière éhontée par le sommet de la hiérarchie dans ce régime. Ce projet englobe de vastes portions de la région ».
« La carte elle-même révèle quelles sont les véritables intentions du régime sioniste, des intentions qui ont récemment été ouvertement approuvées par son Premier ministre criminel », a-t-il ajouté. « Personne n’est à l’abri des machinations agressives de ce régime dans le monde entier ».
« Il est évident que le régime sioniste et ses sponsors ne se contentent même plus d’une normalisation par des moyens politiques », a continué Pezeshkian. « Au contraire, ils imposent leur présence par la force brute et ils parlent d’une ‘paix par la force’. Pourtant, il ne s’agit ni de paix, ni de puissance. Il n’y a rien d’autre que de l’agression, une agression fondée sur la coercition et sur l’intimidation ».
En marge de l’ONU, dans la journée de mercredi, Pezeshkian a rencontré le président français Emmanuel Macron, qui a expliqué que s’agissant du programme nucléaire iranien, un accord qui permettrait d’éviter le rétablissement des sanctions était possible – mais qu’il ne restait que quelques heures pour le finaliser.
« Un accord reste possible. Il ne reste que quelques heures. C’est à l’Iran de répondre aux questions légitimes que nous avons soulevées », a ainsi écrit Macron dans un post qui a été publié sur le réseau social X.
L’Espagne vante « l’esprit » de la loi de 2015 sur le rapatriement des Juifs séfarades
Le roi Felipe VI d’Espagne a déclaré à l’Assemblée générale des Nations unies que son pays observait « avec la plus grande gravité » les violations du droit international en « Palestine, dans la bande de Gaza ».
L’Espagne est l’un des pays de l’UE les plus critiques à l’égard d’Israël – le pays avaient rejoint, l’année dernière, la Norvège, l’Irlande et la Slovénie dans leur reconnaissance d’un état palestinien, ce qui avait provoqué la colère d’Israël. Cette année, avant l’Assemblée générale, plusieurs autres pays occidentaux, dont la Grande-Bretagne, la France et le Canada, ont reconnu l’état palestinien.
Critiquant la guerre à Gaza, le roi Felipe a fait allusion à la loi de 2015 qui a été adoptée dans son pays sur le droit au retour des descendants des Juifs séfarades – une législation destinée à réparer « l’erreur historique » de l’Inquisition, au cours de laquelle les Juifs avaient été bannis d’Espagne, convertis de force ou exécutés, ce qui avait entraîné la destruction d’une communauté juive qui, à l’époque, était puissante et prolifique .
« L’Espagne est une nation profondément fière de ses racines séfarades », a expliqué le roi. « Quand nous nous adressons au peuple d’Israël, nous nous adressons à un peuple de frères et sœurs, nous nous adressons à un peuple qui, lorsqu’il revient en Espagne, à Cordoue, Tolède, Séville, Barcelone, à tant d’autres endroits, revient dans son foyer. C’est l’esprit qui a présidé à la loi de 2015, une loi qui a été adoptée à une large majorité et qui accorde la nationalité espagnole aux descendants des Juifs séfarades, originaires d’Espagne ».
« Et c’est pour cette raison – et c’est si difficile à comprendre pour nous – que nous sommes à ce point peinés par les actions qui sont celles du gouvernement israélien à Gaza. Nous crions donc, nous implorons, nous exigeons que ce massacre cesse immédiatement », a-t-il dit. « Qu’il n’y ait plus de morts au nom d’un peuple si sage, si ancien, au nom d’un peuple qui a tant souffert tout au long de l’Histoire ».
« Disons-le clairement : nous condamnons sans équivoque le terrorisme odieux du Hamas, en particulier le massacre brutal du 7 octobre 2023 qui a pris pour cible la population israélienne. Et nous reconnaissons le droit d’Israël à se défendre, mais avec la même force, nous exigeons que le gouvernement israélien respecte pleinement le droit international humanitaire dans toute la bande de Gaza et en Cisjordanie », a continué le souverain, qui a appelé à un cessez-le-feu et à l’envoi d’aide humanitaire dans la bande de Gaza.
Le président libanais exige le « retrait total des troupes de l’armée israélienne »
Pour sa part, le président libanais a appelé à « la cessation immédiate de l’agression israélienne » dans son pays, affirmant que cet arrêt était nécessaire pour que l’armée puisse enfin prendre le contrôle total des frontières du pays.
Aoun, dont l’élection, au mois de janvier dernier, a permis de mettre un terme à deux années d’impasse, s’est engagé à maintenir le monopole de l’État sur les armes – une menace voilée proférée à l’encontre de l’arsenal considérable du Hezbollah.
Dans le sillage de la guerre qui l’avait opposé au Hezbollah, l’année dernière, Israël s’était retiré de tous les postes stratégiques du sud du Liban, à l’exception de cinq. Depuis l’État juif a continué à mener des frappes qui ont visé le groupe terroriste.
Dans son discours, Aoun a exigé le « retrait complet des soldats de l’armée israélienne » et « le retour de nos otages », évoquant les ressortissants libanais qui avaient été placés en détention par Tsahal pendant les combats.
« Cet objectif sera atteint grâce au mandat confié à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), qui travaillera en coordination avec l’armée libanaise pendant une période de transition afin d’imposer la paix et la stabilité », a-t-il déclaré. « Dans ce contexte, permettez-moi d’exprimer ma gratitude à l’égard des membres du Conseil de sécurité qui ont approuvé le renouvellement du mandat de la FINUL, dans le but de nous aider à instaurer une paix et une stabilité durables ».
En vertu du cessez-le-feu conclu le 27 novembre dernier entre Israël et le Hezbollah, seules les forces armées libanaises étaient autorisées à détenir des armes dans le sud du Liban, et l’armée israélienne était autorisée à agir contre les menaces imminentes du groupe terroriste. Depuis lors, Israël a mené des centaines d’attaques contre les membres ou les infrastructures du Hezbollah, la grande majorité d’entre elles dans le sud du Liban.
Cet accord avait mis un terme à plus d’un an de conflit, que le Hezbollah – sans avoir été provoqué au préalable – avait déclenché le 8 octobre 2023, vingt-quatre heures après le pogrom commis par le Hamas, en lançant des attaques quasi quotidiennes contre les communautés frontalières israéliennes, ce qui avait provoqué le déplacement d’environ 60 000 personnes. Afin de garantir leur retour en toute sécurité, Israël avait intensifié ses opérations au Liban au mois de septembre dernier, décimant les chefs du Hezbollah.
Aoun a également évoqué la guerre à Gaza, appelant à « la fin immédiate des destructions » au sein de l’enclave et exhortant à « la relance d’une nouvelle voie politique visant à trouver une solution juste et permanente à la question palestinienne – une solution qui sera fondée sur les décisions de la communauté internationale et sur le principe d’une solution à deux États, garantissant le droit des deux États à une existence sûre et digne ».
Il a noté que ce principe avait été approuvé, au début du mois, par une écrasante majorité des États membres de l’ONU, qui ont appelé à la création d’un État palestinien sans le Hamas.
Les dirigeants irakiens et marocains condamnent Israël au sujet de Gaza
Le président irakien Abdul Latif Rashid a affirmé mardi devant l’Assemblée générale des Nations unies que le traitement réservé aux Palestiniens par Israël était « inhumain » et « honteux ».
« Les civils palestiniens sont victimes de meurtres, de famine, de déplacements, avec la destruction des infrastructures et des institutions étatiques. C’est inhumain. C’est une honte pour l’humanité. Cela doit donc cesser », a-t-il dit avec fermeté, appelant la communauté internationale à prendre des « mesures urgentes » pour garantir une solution à la question palestinienne.
« Cet arrêt de la guerre, ainsi que la création d’un État palestinien indépendant, est la seule voie ouverte actuellement vers la stabilité et la sécurité au Moyen-Orient et dans le monde entier », a-t-il dit, ajoutant que le traitement réservé aux Palestiniens était la preuve de la « sélectivité » du monde en matière de protection des droits humains.
Le Premier ministre marocain Aziz Akhannouch a également appelé mardi à un cessez-le-feu et à l’entrée de l’aide humanitaire à Gaza, affirmant que son pays « était solidaire » des pays du Moyen-Orient qui ont été attaqués par Israël.
Akhannouch a exhorté les Nations unies à œuvrer pour « sauver la région du cycle de la violence » et il a présenté les mesures à prendre pour rétablir la paix entre Israël et les Palestiniens.
« Premièrement, il faut un cessez-le-feu immédiat (à Gaza) et un retour à la table des négociations afin de mettre définitivement un terme à la guerre. Deuxièmement, il faut garantir l’entrée de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza et en Cisjordanie sans aucune condition ni restriction. Troisièmement, il faut promouvoir le rôle essentiel de l’UNRWA », l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, qu’Israël accuse de coopérer avec le Hamas. « Et quatrièmement, il faut mettre en œuvre une feuille de route claire et complète pour la reconstruction », a déclaré Akhannouch.
« Nous continuons à croire que la solution à deux États est le seul moyen de parvenir à une paix durable et globale au Moyen-Orient », a-t-il dit, ajoutant qu’un tel processus ne pouvait être retardé.
Le Maroc est l’un des rares pays arabes à avoir reconnu Israël en 2020 dans le cadre des accords d’Abraham négociés par les États-Unis.
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