Reportage

Place du Trocadéro à Paris chaque vendredi, « on n’oublie pas » les otages du Hamas

'On n'est pas là pour faire de la politique' mais 'pour que les familles d'otages qui souffrent sachent qu'elles ne sont pas seules', explique un participant

Des personnes participant à un rassemblement organisé par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) appelant à la libération des otages détenus à Gaza depuis les attaques du 7 octobre menées par le Hamas contre Israël, sur l'esplanade du Trocadéro avec la Tour Eiffel en arrière-plan, à Paris, le 7 avril 2024. (Crédit : Thomas Samson/AFP)

« Je viendrai jusqu’à la libération du dernier otage »: il est midi et comme tous les vendredis, quelques centaines de personnes sont rassemblées place du Trocadéro à Paris pour dire leur soutien aux victimes du 7 octobre.

« Notre sujet ici c’est la libération des otages. Ca fait deux ans qu’ils sont dans des tunnels, dans des cachots, certains sont morts, et les vivants sans doute dans un état déplorable », explique Raphaël Elgrishi, 74 ans.

« On n’est pas là pour faire de la politique » mais « pour que les familles d’otages qui souffrent sachent qu’elles ne sont pas seules », ajoute-t-il, la voix tremblante d’émotion.

Le rassemblement, unique en Europe, a été lancé quelques semaines après l’attaque du 7 octobre 2023, à l’initiative de la branche française de l’association de femmes Wizo et du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France).

Son nom – « les mères de l’espoir » – fait référence aux « Mères de la place de mai » qui manifestaient pendant la dictature militaire en Argentine. Chaque semaine, il rassemble de 200 à 300 personnes.

« Plus la crainte de l’oubli augmente, plus la mobilisation est forte », assure Nathalie Cohen-Beizermann, vice-présidente du Crif.

Sur le parvis des droits de l’Homme, beaucoup brandissent des pancartes « Libérez les otages » ou « We will dance again ». Chaque semaine, le groupe écoute en silence des textes sur des otages, avant d’entonner les hymnes israélien et français.

Dans la foule, on s’attarde après le rassemblement. « Comment tu vas ? On t’a pas vu la semaine dernière ! »

« On vient ensemble, à plusieurs. On fait tous partie d’associations », explique Evelyne (certaines personnes interrogées n’ont pas souhaité donner leur nom), 88 ans, qui se félicite de la présence régulière de personnalités telles que le maire du XVIe arrondissement Jérémy Redler ou la journaliste Anne Sinclair. Plusieurs ministres avaient assisté au rassemblement le 21 février 2025, en hommage aux otages de la famille Bibas morts en captivité.

« On a des états d’angoisse depuis le 7 octobre, permanents », ajoute Evelyne, qui avoue avoir « développé un zona ».

« Quelle est notre place ? »

Isaac, 73 ans, explique : « on ne fait pas ça pour faire plier le Hamas » mais « pour qu’on n’oublie pas les otages. On essaie de réveiller notre pays, la France ».

« C’est important parce que depuis le 7 octobre, on assiste à une montée de l’antisémitisme », ajoute-t-il, alors que 646 actes ont été recensé en France au premier semestre, dans le sillage de la flambée enregistrée après le 7 octobre 2023.

Au lendemain de l’attaque contre une synagogue qui a fait deux morts à Manchester, en Angleterre, Hélène Anceau tient à afficher sa « solidarité » envers les familles d’otages, même si elle-même n’est pas juive. Leur sort, « ça devrait tous nous prendre aux tripes », explique la sexagénaire.

Beaucoup, à ce rassemblement, expriment un sentiment de grande solitude. « On a l’impression que c’est un problème qui n’intéresse que les juifs de France », soupire Laurence Aboulker, 62 ans, avec à la main une photo d’otage et une fleur jaune, couleur symbolique du soutien.

« On a du mal en ce moment. On se demande, quelle est notre place dans ce pays ? Et à quel moment il faudra partir ? Il n’existe pas une famille juive dans laquelle on ne se pose pas la question », assure Isaac, déjà cité.

Après la proposition d’un plan de paix par les États-Unis, tous restent prudents. « Le Hamas veut la guerre et la destruction d’Israël. Ca fait tellement longtemps qu’on attend et qu’il ne se passe rien qu’on a du mal à y croire », affirme Helène Lévy-Rouche, 62 ans.

« J’aimerais que le Hamas accepte. Pour l’instant, je crains qu’il ne le fasse pas », affirme Raphaël Elgrishi.

Pour autant, il « garde espoir » et promet de rester mobilisé : « Je viendrai jusqu’à la libération du dernier otage. Peut-être que ce jour là on dansera à nouveau ».

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