France : Plus de 350 universitaires dénoncent l’antisémitisme dans les établissements d’enseignement supérieur
Des chercheurs et enseignants, parmi lesquels le prix Nobel d’économie Philippe Aghion, demandent aux responsables d’université de protéger les étudiants et personnels visés par des actes antisémites
Plus de 350 universitaires appellent les dirigeants des établissements d’enseignement supérieur français à réagir fermement face aux actes antisémites visant des étudiants, enseignants et chercheurs. Dans une tribune publiée lundi 19 octobre dans Le Monde, ils dénoncent des pratiques d’intimidation qui, selon eux, se sont multipliées depuis les massacres du Hamas du 7 octobre 2023.
Les signataires citent plusieurs incidents récents, dont une inscription visant la sociologue Eva Illouz sur un mur de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) : « Illouz sioniste EHESS complice. » Ils déplorent que le terme « sioniste » soit parfois utilisé comme substitut au mot « juif » pour désigner et stigmatiser des personnes en raison de leur identité réelle ou supposée.
La tribune mentionne également des messages diffusés dans un groupe WhatsApp d’étudiants de l’université Paris-Est-Créteil appelant à « brûler les sionistes de la fac », ainsi que des messages antisémites accompagnés de croix gammées adressés à un maître de conférences en droit public pendant un cours en visioconférence.
« Il ne s’agit pas ici de l’expression d’opinions, mais de pratiques d’intimidation et de stigmatisation », écrivent les auteurs, qui dénoncent des atteintes à la liberté académique, à la liberté de conscience et à la protection contre les discriminations.
Les signataires insistent sur la distinction entre la critique politique d’Israël et les attaques visant des individus en raison de leur judéité réelle ou supposée. « Lorsqu’une personne est visée parce qu’elle est juive ou supposée telle, l’antisémitisme qui la frappe doit être qualifié sans détour ni euphémisme », écrivent-ils.
Ils demandent aux présidents d’université de réagir publiquement aux menaces et inscriptions antisémites, de les faire supprimer rapidement et d’apporter un soutien explicite aux personnes visées. Ils réclament également des enquêtes internes systématiques, des procédures disciplinaires et, lorsque les faits le justifient, un signalement au procureur de la République.
Les auteurs concluent en appelant les responsables universitaires à exercer pleinement leurs responsabilités. Selon eux, face à de tels faits, « le silence et l’inaction ne relèveraient plus de la neutralité, mais constitueraient une défaillance de la responsabilité institutionnelle qui incombe aux dirigeants d’universités ».
Parmi les signataires figurent Philippe Aghion, prix Nobel d’économie et professeur au Collège de France, la philosophe Monique Canto-Sperber, la sociologue Nathalie Heinich, l’historien Laurent Joly ou encore le politologue Patrick Weil.