Reportage

Pour échapper aux sirènes et aux frappes, des Israéliens vont à Mitzpe Ramon dans le sud

Des milliers de personnes ont afflué dans la bourgade paisible près du cratère de Ramon depuis l'attaque conjointe des États-Unis et d'Israël contre le régime iranien

Ran et Lena Tsabari et leurs deux jeunes filles se sont réfugiés à Mitzpe Ramon pour échapper aux tirs de roquettes iraniens le 5 mars 2026. (Crédit : Autorisation)

Un dimanche après-midi, huit jours après le début de la guerre entre Israël et la République islamique d’Iran, Ran Tsabari travaillait tranquillement dans sa chambre d’hôtel à Mitzpe Ramon, profitant pour la première fois depuis plusieurs jours d’un moment de calme.

« Après avoir entendu les sirènes retentir encore et encore, soudain, on n’entend plus rien », raconte Tsabari, qui a quitté jeudi son domicile de Petah Tikva avec sa femme et ses deux jeunes filles pour rejoindre des amis séjournant dans cette ville du désert.

Depuis le début de la guerre menée conjointement par les États-Unis et Israël contre le régime iranien, le 28 février, les sirènes n’ont retenti que deux fois à Mitzpe Ramon, cette ville du désert du Neguev perchée sur la crête nord du cratère Ramon.

La plupart des sirènes et des tirs de roquettes se produisent dans le centre et le nord du pays. Il arrive que Haïfa et les localités frontalières du nord soient visées simultanément par des tirs lancés depuis le Liban par le groupe terroriste chiite du Hezbollah, ainsi que par des missiles tirés depuis l’Iran.

L’absence de sirènes et de roquettes dans cette petite ville paisible d’environ 6 000 habitants, où les bouquetins paissent en liberté, a fait de Mitzpe Ramon un refuge prisé pour les Israéliens fuyant les roquettes et les missiles incessants.

« Il y en a eu deux le premier samedi, une première alerte, puis une autre à midi, et depuis, plus rien », explique Eliya Winter, qui dirige le conseil local. « Nous avons également accueilli des touristes après le 7 octobre. Nous y sommes habitués. »

Eliya Winter, au centre, qui dirige les autorités locales de Mitzpe Ramon, rencontre son équipe pour assurer la sécurité du village désertique pendant la guerre de mars 2026 avec l’Iran (Crédit : Autorisation)

Depuis le début du conflit avec l’Iran, la ville a accueilli environ 3 000 personnes, dit encore Winter.

« Nous disposons de 800 lits et d’une gamme variée d’hébergements, du luxe de l’hôtel Beresheet aux Airbnb et aux cabanes dans le désert », explique-t-il. « Dès le déclenchement de la guerre, nous avons fait des provisions et veillé à ce que nos commerces soient bien approvisionnés. Nous ne manquons de rien ici. »

Tsabari, sa famille et des amis séjournent au Dunia Suites, un nouvel hôtel situé dans le quartier des Épices, le pôle commercial en périphérie de la ville qui abrite la célèbre boulangerie Lasha, ainsi que des studios et ateliers d’artistes, plusieurs cafés et divers hébergements.

« Le monde est très différent vu d’ici », confie Tsabari, arrivé le jeudi précédent. « Nous avons fait une balade à dos de chameau, je passe quelques coups de fil, et ce soir, nous irons observer les étoiles. »

Tsabari et sa famille vivent dans une tour d’appartements à Petah Tikva, à deux pas de l’immeuble où deux personnes ont été tuées en juin par un missile balistique iranien qui avait frappé de plein fouet la pièce sécurisée de leur appartement au quatrième étage, où ils s’étaient réfugiés.

Les secours à côté d’un bâtiment endommagé à la suite d’une frappe d’un missile iranien dans la ville israélienne de Petah Tikva, à l’est de Tel Aviv, le 16 juin 2025 (Crédit : Jack Guez/AFP)

« Notre abri est orienté vers le nord-est », a déclaré Tsabari. « Statistiquement, il y a une chance sur un million d’être touché par un missile iranien, mais quand on est assis là, on ne se sent pas en sécurité. »

Après avoir passé plusieurs jours cloîtrés dans leur appartement, Tsabari et sa famille ont décidé de rejoindre leurs amis dans leur refuge dans le désert.

Ils ont chargé la voiture et s’apprêtaient à partir lorsqu’une sirène a retenti. Après le feu vert du Commandement du Front intérieur, les Tsabari ont fait monter leurs filles et leur chien dans la voiture et ils ont roulé deux heures et demie jusqu’au désert, faisant un arrêt en chemin, le temps que Tsabari participe à une réunion de travail sur Zoom.

Lena, la femme de Tsabari, a récemment perdu son emploi dans le secteur technologique lors d’une importante vague de licenciements, ce qui lui permet désormais de s’occuper de leurs filles, âgées de 5 et 8 ans, alors que les écoles, jardins d’enfants et crèches sont fermés.

Ils ont retrouvé les Goldberg, qui s’étaient rendus dans la ville du désert avec leurs deux jeunes fils, pour passer un week-end annuel en compagnie de trois autres familles avant le début de la guerre.

Les frères Goldberg font une randonnée dans le cratère Ramon, profitant d’une accalmie dans les tirs de roquettes iraniennes pendant le conflit avec l’Iran en mars 2026 (Crédit : Autorisation)

Lorsque le conflit avec l’Iran a éclaté tôt le matin du samedi 28 février, les Goldberg ont décidé de rester dans la bourgade plutôt que de rentrer chez eux à Hod Hasharon, où ils auraient passé leurs journées à courir entre leur appartement et leur abri.

« Notre beau-frère et notre belle-sœur ont passé une nuit à Rosh Haayin et nous ont dit : ‘Ne revenez pas ici’ », raconte Ella Goldberg, en parlant de la ville voisine de Petah Tikva.

Les Goldberg ont depuis quitté l’Airbnb qu’ils avaient initialement loué pour le week-end pour s’installer dans un petit hôtel, avant de déménager à nouveau au Dunia Suites, espérant réduire leurs dépenses. Cet hôtel-boutique est géré par deux Bédouins locaux et leur associé de Lod.

« Ils se sont dépêchés d’ouvrir parce que beaucoup de gens venaient ici », explique Goldberg.

Le petit-déjeuner est servi dans une tente bédouine, la piscine n’est pas encore terminée et chaque famille est venue avec son chien, mais pour l’instant, cela fonctionne, ajoute Goldberg.

Lorsqu’un groupe de clients est reparti chez eux, elle a contacté des amis de Tel Aviv qui n’avaient pas de pièce sécurisée à proximité et les a invités à venir.

« Nos amis qui étaient rentrés à Tel Aviv n’ont pas tardé à nous envoyer des messages : « Pourquoi sommes-nous partis ? » », raconte Goldberg.

« Je peux travailler toute la journée, j’ai accès au Wi-Fi, et nous avons parcouru une grande partie du cratère et participé à toutes sortes d’ateliers », dit-elle.

La famille a même retrouvé un ami d’enfance de Goldberg qui vit dans la région. Il leur a proposé son aide pour la lessive et leur a apporté des gâteaux de Pourim la semaine dernière.

Les cousins Goldberg et Damti font une pause pendant les tirs de roquettes iraniennes lors du conflit de mars 2026 avec l’Iran. (Crédit : Autorisation)

« Tous les déplacés se retrouvent dans le quartier des Épices », explique Michal Capuelluto, couturière et costumière qui anime des ateliers dans son atelier Desert Tailor, situé dans ce même quartier.

Son mari, Yiftach Dvash, organise habituellement des excursions en jeep pour les touristes, mais est actuellement en service de réserve.

« J’ai rencontré des gens de tout le pays, et beaucoup connaissent déjà la ville pour y être venus lors du précédent conflit », explique Capuelluto. « Ils n’ont pas hésité à venir et à réserver ou sous-louer un logement. »

Une maison d’hôtes en terre crue à la cave Kerem Shezaf, à la périphérie de Mitzpe Ramon, mars 2026 (Crédit : Autorisation)

Les autorités locales ont rédigé une fiche d’information à l’intention des nouveaux arrivants, comprenant un groupe WhatsApp pour les mises à jour en temps réel, les numéros d’urgence médicale et psychologique, une liste complète des hébergements disponibles, les abris publics et leurs emplacements, ainsi que les activités proposées et les possibilités de bénévolat.

« D’habitude, je me promène et je reconnais tout le monde, mais là, ce n’est plus le cas », confie Winter, qui s’est installé dans cette ville du désert à l’âge de 18 ans et y vit depuis 15 ans, occupant divers postes au sein des autorités locales.

« C’est plus de responsabilités et beaucoup plus de déchets à gérer, c’est certain, mais nous sommes heureux de le faire. Tous ceux qui viennent ici tombent amoureux de l’endroit et pour nous, c’est toujours une belle occasion de le faire connaître. »

read more: