Pour les résidents des implantations de Cisjordanie, Netanyahu ne suffit plus
Quelque 500 000 Israéliens vivent dans des implantations en Cisjordanie, sur un territoire placé sous le contrôle d'Israël depuis 1967
Dans le bureau de vote de l’implantation israélienne de Kiryat Arba, fief de l’extrême droite situé au sud de la Cisjordanie, Lishay Cooper est convaincue que le pays a besoin d’un dirigeant plus ferme que le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
« Netanyahu a fait des erreurs, on ne peut pas compter sur lui », affirme cette jeune libraire de 22 ans. « On a besoin de quelqu’un qui a plus de poigne », dit-elle à l’AFP après avoir voté aux législatives mardi.
Lishay Cooper a changé d’avis après le pogrom qui a été commis par le groupe terroriste palestinien du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, dans lequel elle a perdu des amis.
Derrière elle, des partisans de M. Netanyahu, engagé dans une lutte serrée pour sa réélection, distribuent des tracts, tout en sachant ne pas être en terrain conquis.
Ici, les électeurs lui préfèrent les personnalités d’extrême droite Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, ministres dans le gouvernement actuel, le plus à droite de l’histoire d’Israël et le plus favorable aux implantations – toutes illégales au regard du droit international mais pas au regard du droit israélien.
D’ailleurs, pour Lishay Cooper comme pour d’autres, dans l’urne « ce sera soit Ben Gvir », soit un candidat sioniste proche de Smotrich. « Ils ont montré qu’ils ne laisseraient pas se produire » d’autres attaques.
Quelque 500 000 Israéliens vivent dans des implantations en Cisjordanie, sur un territoire placé sous le contrôle d’Israël depuis 1967, aux côtés d’environ trois millions de Palestiniens, dans un climat de violence exacerbée depuis le 7-Octobre.
Les violences ont ainsi explosé en Cisjordanie depuis l’attaque sanglante : plus de 1 100 Palestiniens — dont la grande majorité, selon l’armée israélienne, étaient des hommes armés ou des émeutiers — ont été tués par des soldats et par des partisans du mouvement pro-implantations. De l’autre côté, près de 50 Israéliens ont perdu la vie au cours d’attentats palestiniens ou lors d’opérations militaires israéliennes.
Loi religieuse
Meir Menahem, 67 ans, passé dans l’isoloir juste après Itamar Ben Gvir lui-même, a deux priorités : la pérennité du mouvement pro-implantation et le caractère juif du pays.
Il fustige les partis traditionnels favorables, selon lui, aux cadres juridiques inspirés du droit international, disant préférer une gouvernance fondée sur la loi religieuse juive.
« Ils veulent faire partie du monde, mais nous, nous ne le voulons pas », proclame-t-il, un pistolet glissé sous son rekel, le manteau typique des juifs ultra-orthodoxes.
Les derniers sondages d’opinion qui ont été diffusés avant le scrutin ont montré que Netanyahu, le Premier ministre israélien le plus pérenne de l’histoire d’Israël, était au coude à coude avec son principal rival, Gadi Eisenkot, un novice politique centriste et ancien chef d’état-major.
De son côté, Eliya Tzeiri, étudiant de 22 ans d’une yeshiva (école religieuse), craint que l’entreprise du mouvement pro-implantation ne soit freinée en cas de défaite dans les urnes de son camp. « Les implantations nouvellement établies vont être évacuées et ce sera une honte ».
Depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement actuel en 2022, plus de cent nouvelles implantations ont été créées ou légalisées rétroactivement, et les ministres ont encouragé la mise en place d’autres avant-postes illégaux au regard de la législation israélienne. A titre de comparaison, seules six nouvelles implantations avaient été officiellement approuvées par Israël au cours des 30 années qui avaient suivi la signature des accords d’Oslo en 1993.
Collée à Kiryat Arba, se trouve Hébron, la plus grande ville palestinienne de Cisjordanie avec ses 250 000 habitants. Quelque 500 Israéliens y ont élu domicile, dans la Vieille ville, et se sont rendus en masse aux urnes.
Certains, refusant de parler aux journalistes, sont restés pour discuter entre eux après leur vote, dans ce quartier situé à deux pas du Caveau des Patriarches, connu des musulmans sous le nom de mosquée d’Ibrahim, un lieu sacré pour les deux religions au centre des tensions.
Mais les rues autrefois bondées de Palestiniens sont désertes : ils en ont été chassés ou subissent des intimidations, alors que l’armée israélienne a lancé ces derniers jours dans la ville une vaste opération en riposte à une fusillade terroriste ayant tué deux de ses soldats.
De Hébron à Jérusalem, le long de la Route 60, artère principale de la Cisjordanie, des panneaux publicitaires incitent les électeurs à voter pour Smotrich, Ben Gvir et parfois Netanyahu. Mais pratiquement aucun ne vante son principal rival, Gadi Eisenkot.
« Responsabilité pas assumée »
En approchant de Jérusalem, dans l’implantation d’Efrat, connue pour sa large population d’origine américaine, de nombreux électeurs affichent leur mécontentement à l’égard de Benjamin Netanyahu, accusé de n’avoir pas su empêcher l’attaque sanglante du 7-Octobre.
Barry Lin, un professeur de 62 ans venu déposer son bulletin avec sa fille Yaël, confesse avoir été libéral, avant de voter, une fois, pour Netanyahu. Mais aujourd’hui, il s’avoue perdu politiquement et convaincu que le Premier ministre a fait systématiquement passé sa propre survie avant tout le reste.
« C’est le seul à ne pas avoir assumé la responsabilité de ce qui s’est passé le 7-Octobre », relève-t-il, ajoutant que les services publics avaient également souffert sous son mandat.
Mais Arieh Yeza, enseignant originaire d’Argentine, vante toujours la politique économique de Benjamin Netanyahu à destination des familles de la classe moyenne comme la sienne, dans un pays qui affiche une forte croissance.
« Aucun gouvernement n’est parfait, mais au bout du compte, les gens ordinaires votent avec leur portefeuille ».