Premier tour des municipales : Le RN s’installe, percée de LFI
L'entre-deux tours sera marqué par le casse-tête des possibles alliances, pour l'instant dominée par l'extrême-droite dans les sondages, dans un paysage politique très éclaté
Le RN est en dynamique et LFI a réalisé une percée : les deux partis extrémistes, qui ont fait des municipales un test en vue de la présidentielle, sortent confortés du premier tour, dimanche, dans un scrutin qui voit globalement la gauche se maintenir, notamment à Paris, Marseille et Lyon.
L’entre-deux tours, jusqu’à dimanche prochain, sera marqué par le casse-tête des possibles alliances, qui seront également scrutées à l’aune de la course à l’Élysée, pour l’instant dominée par l’extrême-droite dans les sondages, dans un paysage politique très éclaté.
Dans les trois plus grandes villes de France, la gauche sortante réalise de bons scores : à Paris, le socialiste Emmanuel Grégoire (37,98 %) devance largement l’ex-ministre de droite Rachida Dati (25,46 %), à Marseille, le maire proche du PS Benoît Payan est en tête, bien que talonné par le député du Rassemblement national Franck Allisio, et à Lyon, l’écologiste Grégory Doucet, lui aussi sortant, est au coude-à-coude avec l’ex-patron de l’OL Jean-Michel Aulas, soutenu par le centre et la droite, après une impressionnante « remontada ».
Ailleurs, le Rassemblement national s’installe dans le paysage municipal, en vue de l’élection suprême dans un an. Avec ses alliés, il est en tête dans plus de 60 communes, contre onze seulement au premier tour de 2020.
Le parti d’extrême-droite conserve dès dimanche ses bastions d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) et de Fréjus (Var) et remporte quelques nouvelles villes, comme Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes). À Toulon, la députée RN Laure Lavalette est largement en tête, mais avec peu de réserves de voix.
Fusion « antifasciste »
Le président du parti, Jordan Bardella, a « tendu la main aux listes de droite sincères » pour l’emporter au second tour.
Mais c’est La France insoumise, parti d’extrême gauche radicale, qui crée la surprise dans plusieurs villes, au-delà du RN. « On attendait la droite radicale et on a la gauche radicale », résume François Kraus, directeur du pôle politique de l’Ifop.
Jean-Luc Mélenchon s’est félicité d’une « percée historique ». D’ores et déjà, Saint-Denis, deuxième ville d’Île-de-France après Paris, est remportée par le candidat LFI Bally Bagayoko, qui bat le sortant socialiste, et devient ainsi la plus grande commune mélenchoniste.
À Toulouse, le député insoumis François Piquemal parvient à devancer son rival socialiste François Briançon, tous deux étant largement distancés par le maire sortant Jean-Luc Moudenc. À Lille, la candidate insoumise crée la surprise, à moins de trois points du maire sortant socialiste Arnaud Deslandes, héritier de Martine Aubry.
À Roubaix, le député négationniste et anti-Israël David Guiraud (LFI) est en bonne position pour remporter la mairie avec plus de 46 % des voix.
Le mouvement de gauche radicale est en position d’arbitre dans plusieurs autres grandes villes, notamment à Paris, où Sophia Chikirou, avec 11,72 % des voix, a promis de se maintenir si Emmanuel Grégoire ne lui propose pas une fusion « antifasciste ». Le positionnement du centriste Pierre-Yves Bournazel (11,34 %) et de la candidate Reconquête Sarah Knafo, qualifiée au bout du dépouillement (10,40 %), sera également déterminant dans cette éventuelle quinquangulaire.
Tractations ardues
La progression des partis classés aux deux extrêmes, qui ont fait de cette campagne un test grandeur nature en vue de 2027, présage de difficiles tractations. Les têtes de liste ont jusqu’à mardi 18 h pour décider de se maintenir, de fusionner ou de se désister en vue du second tour. Pour se maintenir, il faut avoir obtenu plus de 10 % des voix.
C’est à gauche que la question des alliances s’annonce la plus épineuse.
Le Parti socialiste, qui se maintient dans de nombreuses grandes villes et arrive largement en tête à Rennes, Strasbourg et Montpellier, souhaite rompre définitivement avec La France insoumise. Mais les bons résultats du parti de gauche radicale compliquent souvent l’équation.
Le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, a « tendu la main » aux autres listes de gauche « partout où la droite et l’extrême-droite menacent ». Mais en face, le patron du PS, Olivier Faure, a répété qu’il n’y aurait « pas d’accord national » entre les deux partis, après une campagne au cours de laquelle Mélenchon et son mouvement ont été à maintes reprises accusés d’antisémitisme et d’ambiguïté sur la question de la violence politique.
À Marseille, Benoît Payan a fermé la porte à une alliance avec le député LFI Sébastien Delogu, alors qu’une bataille serrée s’annonce face au RN.
Moins rebutée par des alliances, l’écologiste Marine Tondelier a appelé à « éliminer la droite et l’extrême-droite ».
Son parti, qui était donné en mauvaise posture dans ses mairies après la « vague verte » de 2020, s’en tire mieux que prévu à Lyon, mais aussi à Poitiers, où la maire sortante est en tête.
« Grand rassemblement à droite »
Autre scrutin-clé à treize mois de la présidentielle : celui du Havre, où l’ex-Premier ministre Édouard Philippe est bien positionné. Il a fait de sa réélection une condition sine qua non pour poursuivre sa candidature à l’Élysée. Autre candidat potentiel pour 2027, le communiste Fabien Roussel a été réélu à Saint-Amand-les-Eaux (Nord).
À Nice, le duel entre le sortant Christian Estrosi et Éric Ciotti, allié du RN, tourne à l’avantage de ce dernier, avec une dizaine de points d’avance.
Alors que la question des alliances locales avec l’extrême-droite se pose dans plusieurs villes, Bruno Retailleau, le président du parti Les Républicains, qui a dû encaisser les résultats décevants de Dati à Paris et d’Aulas à Lyon, a appelé à un « grand rassemblement de la droite » pour « battre la gauche ou le RN ».
L’érosion de la participation a continué dimanche dans une élection qui intéresse pourtant traditionnellement les Français. Les instituts de sondage l’évaluent entre 56 % et 58,5 %, contre 63,55 % en 2014.
Le chiffre n’a été plus bas qu’en 2020, en pleine pandémie de Covid-19.
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