Analyse

Primaires du Likud : Netanyahu tente de relancer le parti et de reconquérir les électeurs

Alors que le Likud perd du terrain, le Premier ministre mise sur des candidats plus modérés en tête de liste pour reconquérir les électeurs lors du scrutin d’octobre

Des membres du Likud posent devant une silhouette représentant le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans un bureau de vote lors des primaires visant à établir la liste du parti pour la Knesset en vue des élections législatives israéliennes. Sur la silhouette figure l’inscription « Moi aussi, je suis avec Bibi ! », à Jérusalem, le 17 août 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est félicité des résultats des primaires du Likud organisées lundi, se déclarant mardi matin « très satisfait » et affirmant que la liste choisie par les membres du parti remporterait une « grande victoire » lors des élections du 27 octobre.

Netanyahu a eu de bonnes raisons de se réjouir, plusieurs figures parmi les plus à droite du parti, dont il redoutait, selon certaines sources, qu’elles ne nuisent à sa popularité lors des élections législatives, ayant été reléguées à des places peu susceptibles de leur permettre de siéger à la prochaine Knesset.

Les sondages créditant régulièrement le Likud de moins de 25 sièges, seuls les candidats arrivés parmi les 17 premiers lors de la primaire de lundi sont considérés comme ayant de réelles chances de retrouver leur siège à la Knesset. Huit autres places sont directement attribuées par Netanyahu, dont le poste à la tête du parti n’était pas soumis au vote.

Les députés Hanoch Milwidsky et Nissim Vaturi, ainsi que la ministre de l’Égalité May Golan, qui comptent parmi les figures les plus à droite du Likud, devraient ainsi presque certainement perdre leur siège en octobre. Golan a d’ailleurs affirmé mardi être « trop à droite » pour Netanyahu.

Pour Netanyahu, qui risque de perdre le pouvoir, l’enjeu est de parvenir à présenter une liste suffisamment modérée pour reconquérir les électeurs qui se sont détournés du Likud après son virage à l’extrême droite lors des dernières élections.

Après avoir obtenu un droit de regard direct sur près d’un tiers des premières places, Netanyahu jouait donc gros lors de la primaire de lundi, qui devait montrer s’il était en mesure de façonner une liste susceptible de séduire à nouveau les électeurs. Les résultats semblent lui donner raison, même si le véritable verdict ne tombera que le 27 octobre.

« Le résultat des élections législatives dépendra de 25 % à un tiers de la part de ces… électeurs qui avaient voté pour le Likud la dernière fois et qui, aujourd’hui, choisissent de se tourner vers le camp libéral ou choisissent de s’abstenir », a déclaré Nimrod Nir, sondeur à l’Institut Agam et à l’Université hébraïque de Jérusalem.

Lors des dernières élections, le Likud avait remporté 32 sièges, dans la lignée de ses résultats au cours des dix dernières années. Il n’est aujourd’hui crédité que de 22 à 23 sièges dans les sondages, ce qui le place légèrement derrière ou au coude-à-coude avec Yashar, le parti centriste de l’ancien chef d’état-major de Tsahal Gadi Eisenkot, et ce qui ne lui permettrait presque certainement pas de réunir une majorité pour former une nouvelle coalition.

Une affiche de campagne du parti Yashar de Gadi Eisenkot est visible au-dessus de l’autoroute Ayalon, à Tel Aviv, le 4 février 2026. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Nombre d’anciens électeurs du Likud se sont tournés vers des formations de droite plus modérées, voire centristes, ce qui devrait renforcer les chances de Gadi Eisenkot ou de Naftali Bennett, chef du parti BeYahad, de former un gouvernement et de chasser Netanyahu du pouvoir.

Interrogé mardi par le Times of Israel, Nir a relevé que les électeurs ayant voté pour le Likud par le passé semblaient davantage portés au compromis politique que les quelque 140 000 membres cotisants du parti qui pouvaient participer à la primaire.

Il a notamment cité un sondage selon lequel 54,9 % des électeurs du Likud étaient favorables à un gouvernement d’union nationale réunissant la droite et le centre, contre seulement 33,9 % des membres du parti.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara votent lors des primaires du Likud, au cours desquelles les membres du parti étaient appelés à déterminer sa liste pour la Knesset en vue des élections législatives israéliennes du 27 octobre, à Jérusalem, le 17 août 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

« Une majorité des électeurs du Likud souhaiterait une coalition gouvernementale avec des partis plus centristes, tandis que les deux tiers des membres du parti préféreraient conserver le même type de gouvernement d’extrême droite et ultra-orthodoxe », a-t-il déclaré.

L’arrivée de candidats plus modérés et le recul de ceux qui séduisent moins l’électorat dans son ensemble ne suffiront pas à effacer le sentiment largement répandu que le parti et ses dirigeants portent la responsabilité des échecs du 7-Octobre, ni à faire oublier aux électeurs leurs récentes tentatives d’exempter les Haredim du service militaire. Mais cela pourrait permettre au Likud de rallier une partie des indécis, ce qui constituerait déjà un succès non négligeable.

La composition de la liste « jouera un rôle déterminant dans le retour ou non [de ces électeurs] vers le Likud », a déclaré Nir.

La liste presque définitive du Likud pour les élections de 2026, les silhouettes correspondant aux places réservées aux candidats que Benjamin Netanyahu doit encore désigner. De haut en bas et de gauche à droite, Benjamin Netanyahu, Eli Cohen, place réservée, Israel Katz, Gideon Saar, Amir Ohana, Yariv Levin, Miri Regev, place réservée, Ofir Katz, Oren Dobronsky, Yoav Kisch, Miki Zohar, Almog Cohen, place réservée, Amichai Chikli, David Amsalem, Haim Katz, Moshe Saada, Tally Gotliv, Shlomo Karhi, David Bitan, Boaz Bismuth, Nir Barkat et Gila Gamliel. (Crédits : Sebastian Scheiner/AP, Yonatan Sindel/Flash90, Ivan Burchak/iStock/Getty Images, Chaim Goldberg/Flash90, Oren Ben Hakoon/Flash90, Yehoshua Yosef/Flash90, Autorisation/Likud, Miriam Alster/Flash90, Yossi Aloni/Flash90, Avshalom Sassoni/Flash90)

Si le choix avait reposé uniquement sur les électeurs de la primaire, la liste du Likud aurait probablement continué à glisser vers la droite.

Un récent sondage réalisé par Nir auprès de 1 000 électeurs de la primaire, en dehors des tractations internes qui influencent souvent fortement le vote des membres du parti, avait ainsi placé la députée Tally Gotliv, connue pour ses positions radicales, et le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Boaz Bismuth, autre figure de l’extrême droite du Likud, parmi les trois candidats susceptibles de recueillir le plus de voix.

Ils n’ont finalement terminé qu’aux 12ᵉ et 15ᵉ places respectivement et devraient reculer aux 19ᵉ et 23ᵉ rangs une fois prises en compte les places réservées à Netanyahu. (Gotliv a dénoncé une fraude, affirmant que son nom ne figurait pas sur les bulletins de vote dans certains bureaux.)

La députée du Likud Tally Gotliv lors d’une séance plénière de la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 17 juin 2026. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

Tout en écartant certains candidats susceptibles de rebuter une partie de l’électorat, Netanyahu a veillé à ne pas s’aliéner les électeurs les plus à droite en apportant son soutien à l’ancien député d’Otzma Yehudit Almog Cohen, arrivé en huitième position lors de la primaire.

« Il s’agissait de tenter de retenir les électeurs du Likud qui se sont tournés vers [Itamar] Ben Gvir, président d’Otzma Yehudit et ministre de la Sécurité nationale, comme beaucoup l’ont fait ces dernières années. Ben Gvir donne constamment l’impression, peut-être à juste titre, qu’il voudrait aller encore plus loin en matière de nationalisme et de sécurité, mais que [Netanyahu] l’en empêche », a déclaré Nir.

Le ministre Almog Cohen (à droite), candidat aux primaires du Likud, est photographié dans un bureau de vote de la ville d’Ofakim, dans le sud d’Israël, le 17 août 2026. (Crédit : Liron Moldovan/Flash90)

Netanyahu a obtenu le contrôle des places réservées le mois dernier, lorsque la Commission centrale du Likud a accepté d’étendre considérablement son emprise sur la composition de la liste du parti pour la Knesset.

Sa volonté d’obtenir ces places réservées aurait été motivée par la crainte de voir les primaires porter aux premières places des candidats très populaires auprès de la base du Likud, mais qui, selon des sondages internes au parti, séduisent moins les électeurs de la droite modérée et les indécis.

Cinq de ces places ont déjà été attribuées au ministre des Affaires étrangères Gideon Saar, au ministre de la Défense Israel Katz, au président de la Commission centrale du Likud Haim Katz et au nouveau venu en politique Oren Dobronsky. Trois autres places parmi les 15 premières doivent encore être attribuées, ainsi que deux autres aux 26e et 29e rangs.

Selon Nir, Netanyahu peut désormais utiliser ces places pour achever de façonner la liste qui, à ses yeux, donnera au Likud les meilleures chances d’accroître son nombre de sièges lors des élections législatives.

Cela offre à Netanyahu « la possibilité de faire entrer des personnalités plus modérées et de nouveaux visages venus de l’extérieur, qui chercheront à séduire un électorat plus large plutôt que les seuls membres du parti », a-t-il déclaré.

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