Procès Samuel Paty : « Aucun musulman n’accepte les caricatures », affirme un accusé
Abdelhakim Sefrioui ne se reconnaît aucune responsabilité dans la mort du professeur, se contentant de présenter ses « condoléances » à la famille
Lundi, le prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui, jugé pour son rôle dans la campagne de haine précédant l’assassinat de Samuel Paty, a estimé que les caricatures du prophète Mahomet « ne sont acceptées par aucun musulman », tout en assurant avoir toujours inscrit son action dans le cadre de la loi.
Condamné en première instance à quinze ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste, cet homme de 66 ans est rejugé devant la cour d’assises spéciales de Paris pour avoir orchestré une campagne de haine en ligne avec Brahim Chnina, un parent d’élèves de 54 ans.
Cette cabale ne s’est interrompue qu’avec l’assassinat, le 16 octobre 2020, du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty, décapité par un djihadiste tchétchène de 18 ans, Abdoullakh Anzorov, pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves du collège du Bois d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).
Sefrioui, qui ne connaissait pas Anzorov et n’a jamais eu aucun contact avec lui, affirme être complètement étranger au crime et explique n’avoir agi que pour dénoncer ce qu’il considérait comme une « stigmatisation » des élèves musulmans par le professeur, sur la base des déclarations de Chnina.
Selon lui, ce militant radical n’aurait en aucun cas été animé par la controverse sur le blasphème et les caricatures, tout juste republiées par Charlie Hebdo au début du procès des attentats de janvier 2015 qui avaient notamment visé l’hebdomadaire satirique.
Ce qui n’empêche pas Sefrioui d’avoir un avis et de le donner sans détour à la cour : « Les caricatures ne sont acceptées par aucun musulman. » Ajoutant : « Tous les musulmans sont touchés [par ce sujet], c’est normal. »
« Je suis libre de dire que je ne suis pas et que je ne serai jamais Charlie. Ce que je n’ai pas le droit [de faire] c’est d’appeler à la haine ou à la violence », assène-t-il, précisant qu’il n’a jamais été condamné malgré les nombreuses manifestations qu’il a organisées sur le voile ou contre Israël.
« Jamais sur le blasphème », affirme le fondateur du Collectif cheikh Yassine, le fondateur du groupe terroriste palestinien du Hamas.
Quelle injustice parlez-vous ?
Mais alors, demande tranquillement la présidente, de quoi parlait-il donc lors d’un rassemblement public à Paris, fin février 2015, moins de deux mois après l’attaque contre Charlie Hebdo, si ce n’étaient pas des caricatures ?
Il y demande à Allah d’envoyer « colère », « pandémies », « châtiment » sur tous ceux qui se moquent du prophète, « dans ce bas monde et dans l’au-delà ». « Déchire-les ! », selon la lecture de la diatribe lue par la présidente.
« Sincèrement, je ne me rappelle plus du tout de ça », assure Sefrioui, qui conteste la date et évoque la dénonciation d’un ouvrage dans lequel le prophète aurait été présenté comme un débauché.
« Heureusement qu’on a encore le droit de s’adresser à notre Seigneur avec les termes qui nous appartiennent », tente-t-il. Il ne s’agissait pas d’un « prêche », ajoute-t-il, mais d’une simple « invocation » comme en font tous les musulmans, d’une « prière », celle « du faible, de celui qui subit une injustice ».
« De quelle injustice parlez-vous ? », relance la présidente. Sefrioui, qui a réponse à tout, au risque de perdre la salle d’audience dans les méandres de ses monologues, de ses longs raisonnements ou de ses digressions théologico-politiques, peine cette fois à répliquer.
C’est au tour des questions de l’avocate générale. Dans un style plus sec, elle lui demande : « Vous dites que les caricatures ne sont acceptées par aucun musulman. Qu’est-ce que vous en savez, monsieur ? Qu’est-ce qui vous autorise à parler au nom de tous les musulmans ? »
À l’inverse de Chnina, condamné à treize ans de réclusion en première instance, Sefrioui ne se reconnaît aucune responsabilité dans la mort du professeur. Il s’est contenté de présenter ses « condoléances » à la famille Paty, vendredi. Il avait certes prononcé le mot « excuses ». Mais il s’agissait d’un lapsus qu’il a immédiatement corrigé.
Deux proches d’Anzorov sont également rejugés après avoir fait appel de leur condamnation en première instance à seize ans de réclusion criminelle pour complicité d’assassinat. Le verdict est attendu samedi.
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