Projet E1 : la procureure reporte l’appel d’offres, Smotrich crie à l’ingérence
Baharav-Miara a reporté la date butoir à l'après-27 octobre par crainte d'instrumentalisation politique ; le leader d'extrême droite dénonce une décision politique
Dimanche, la procureure générale, Gali Baharav-Miara, a ordonné le report de la procédure d’appel d’offres pour le projet polémique d’implantation E1, de crainte que l’avancement du projet pendant la campagne ne soit utilisé à des fins de propagande électorale. Cette décision a suscité la colère du ministre des Finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich, qui l’a accusée d’ingérence dans le scrutin.
Baharav-Miara a ordonné le report d’un mois de la date butoir de dépôt des offres pour la construction de 1 234 logements en zone E1, entre Jérusalem et Maale Adumim, repoussant ainsi l’échéance à l’issue du scrutin national du 27 octobre prochain.
Les services de Gali Baharav-Miara ont annoncé « le report d’un mois de la date limite de dépôt des offres, de sorte que cette date tombe après le scrutin », afin de « limiter le risque que l’appel d’offres ne soit utilisé à des fins de propagande électorale ».
Smotrich, fervent partisan des implantations, a exigé que Baharav-Miara revienne sur sa décision, l’accusant d’ingérence dans la campagne électorale. Il a par ailleurs demandé au président de la Commission centrale des élections et vice-président de la Cour suprême, Noam Sohlberg, de « veiller » à ce que la procureure générale ne devienne pas une « partie prenante » du scrutin.
« Je demande au juge Sohlberg… de veiller à ce que la procureure générale et ses équipes ne se muent pas en parties prenantes de la campagne électorale pour tenter de soutenir la gauche, empêcher la droite de former un gouvernement et permettre ainsi l’établissement d’un État palestinien qui mettrait en danger l’existence de l’État d’Israël », a déclaré Smotrich.
« Gali Baharav-Miara entend empêcher la construction en secteur E1. Elle interfère dans la campagne électorale et travaille pour [le chef du parti Yashar] Gadi Eisenkot », a prétendu Smotrich dans une vidéo publiée sur X.
De son côté, Eisenkot a critiqué le calendrier des appels d’offres du projet E1, sans pour autant dire qu’il l’annulerait.
Dans un courrier adressé à Baharav-Miara, Smotrich explique que la procédure d’appel d’offres n’a rien à voir avec les élections, étant « la suite directe et normale de processus techniques » engagés bien avant la période de campagne.
Le plan E1 a été validé en août 2025 après des années de retards, principalement causés par de vives objections de la part de la communauté internationale, y compris des États-Unis.
Le projet est polémique car de nature à relier Jérusalem à Maale Adumim, en privant de facto de continuité territoriale les grands centres urbains palestiniens, à commencer par Ramallah, Jérusalem-Est et Bethléem.
Selon les Palestiniens et nombre de gouvernements occidentaux, cela sabordera toute perspective de création d’un État palestinien d’un seul tenant en Cisjordanie, ce que Smotrich et d’autres Israéliens d’extrême droite confirment. L’an dernier, Smotrich s’était félicité de la validation de ce projet, qualifié d’ « étape majeure vers la fin de cette chimère à deux États ».
En août dernier, le ministère du Logement a lancé un appel d’offres pour sept ensembles résidentiels et un total de 1 234 logements en zone E1, le dépôt des candidatures devant initialement prendre fin le 19 octobre prochain, soit une semaine avant les élections.
Courant septembre, le tribunal de district de Jérusalem a rejeté la demande de plusieurs organisations de défense des droits humains visant à geler la procédure d’appel d’offres, lui permettant de se poursuivre le temps que des recours plus massifs contre le projet soient examinés.
Le maire de Maale Adumim, implantation israélienne supposée s’étendre en zone E1, a saisi la Cour suprême pour contester le report, selon lui purement politique.
« Cela fait plus de 30 ans que nous attendons le projet E1 », a déclaré Guy Yifrach dans un communiqué.
Un second appel d’offres portant sur 2 167 logements de plus a été ajouté en septembre, ce qui porte le nombre total de logements couverts par les deux procédures à 3 401, selon l’ONG Ir Amim.
Cet appel d’offres devrait s’ouvrir le 25 octobre prochain, soit deux jours avant le scrutin.
Selon Ir Amim, ce calendrier démontre la volonté du gouvernement de faire avancer le projet à tout prix afin de créer une réalité sur le terrain de plus en plus difficile à inverser, avant que les électeurs ne se rendent aux urnes.
Les gouvernements occidentaux s’opposent depuis longtemps aux constructions en zone E1, estimant qu’elles rendraient la création d’un État palestinien contigu beaucoup plus difficile.
Le service diplomatique de l’Union européenne a condamné la décision prise par Israël, en août, de lancer des appels d’offres pour le projet d’implantation E1, expliquant que ces constructions « diviseraient la Cisjordanie en deux et isoleraient Jérusalem-Est », ce qui compromettrait davantage « la viabilité d’une solution à deux États ».
En annonçant des sanctions contre des implantations de Cisjordanie le mois dernier, le Royaume-Uni a cité le projet E1 ainsi que la recrudescence des violences des résidents d’implantations pour justifier sa décision.
Les membres de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu continuent de promouvoir le projet comme un moyen de renforcer le contrôle israélien sur le secteur situé entre Jérusalem et Maale Adumim.