Réactions à la suite de la victoire de l’AfD
Les pro-Trump, dont les factions radicales européennes, jubilent et parlent d'un 'nouveau jour pour l'Allemagne'
Bien que la Saxe-Anhalt soit l’une des plus petites régions d’Allemagne, avec quelque 1,7 million d’électeurs, les résultats du scrutin de dimanche ont rapidement provoqué une onde de choc dans d’autres pays européens dont les dirigeants, à l’instar du chancelier Friedrich Merz, luttent pour repousser les partis d’extrême-droite et anti-immigrés lors des élections nationales de l’année prochaine.
Benjamin Haddad, le ministre français chargé des Affaires européennes, a pour sa part qualifié la victoire régionale de l’AfD de « moment grave pour l’Europe » et a déclaré que « le nationalisme et la xénophobie ne seront jamais une solution ».
« Nous ne pouvons pas oublier notre histoire », a déclaré Haddad. « C’est là tout le sens des choix opérés par la France et l’Allemagne. »
Le parti de Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, devance largement les autres factions au sein de l’Assemblée nationale avec 122 députés sur un ensemble de 577 élus. Et de nombreux sondages la donnent favorite pour le scrutin présidentiel de l’an prochain.
De l’autre côté de la Manche, Emma Reynolds, la secrétaire d’État britannique au Trésor, a déclaré lors d’une interview accordée à Times Radio que le gouvernement travailliste britannique « ne tendra pas la main à un parti populiste de droite ».
Elle a ajouté qu’elle plaçait l’AfD dans « la même catégorie politique » que Reform UK, le parti d’extrême-droite qui a connu une forte progression lors des élections locales au début de cette année.
Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a également condamné la victoire de l’AfD. Ce parti d’extrême-droite a alarmé la Pologne, pays voisin de l’Ukraine, en raison de sa position pro-russe, alors qu’il cherche à mettre un terme à l’aide militaire allemande à l’Ukraine et aux sanctions contre la Russie.
« En Pologne, seuls des idiots ou des traîtres peuvent se réjouir du triomphe de l’AfD en Allemagne », a déclaré Tusk.
Dans le même temps, l’AfD a été acclamée par les dirigeants de partis nationalistes et anti-immigration en Espagne, au Portugal et aux Pays-Bas, qui ont tous cherché à tirer parti de mécontentements économiques et sociaux similaires à ceux qui ont contribué à sa victoire dimanche.
Santiago Abascal, le chef du parti d’extrême-droite espagnol Vox, a qualifié ce résultat de « grand espoir pour l’Allemagne et pour l’Europe ».
André Ventura, fondateur du parti d’extrême-droite portugais Chega, a déclaré que « les Allemands, eux aussi, ouvrent les yeux face à l’immigration illégale et incontrôlée, à la corruption et à la mainmise sur notre liberté et notre identité ».
Aux Pays-Bas, l’AfD a sans surprise reçu les « félicitations » de Geert Wilders, le chef du Parti pour la liberté.
Si le président américain Donald Trump n’a pas encore officiellement réagi aux élections en Saxe-Anhalt, il a publié dimanche soir sur son compte Truth Social une capture d’écran des résultats, sans commentaire.
Il a ensuite salué ce qu’il a qualifié de « très grande » victoire du mouvement d’extrême-droite allemand.
« Waouh ! Le parti populiste allemand vient de connaître une soirée vraiment exceptionnelle », a posté Trump sur sa plateforme Truth Social avant de fustiger les « règles d’immigration absolument horribles » du pays – des règles également dénoncées par l’AfD.
La première publication de Trump a été partagée par Kirill Dmitriev, envoyé présidentiel russe et homme d’affaires, qui a déclaré que l’AfD avait remporté une « victoire historique » qui permettrait de « maîtriser l’immigration ».
Elon Musk, le milliardaire américain et ancien conseiller de Trump qui a fait campagne pour l’AfD l’année dernière, a apporté son soutien à la présidente nationale du parti, Alice Weidel, sur le réseau social X, dont il est propriétaire, en écrivant « Bravo » en allemand.
Ulrich Siegmund, le candidat de l’AfD en Saxe-Anhalt qui espère devenir Premier ministre du Land, a réagi en rendant hommage à Musk.
« Merci, @elonmusk, pour votre soutien et pour votre point de vue clair et extrêmement important sur les évolutions politiques de notre époque, y compris ici, en Allemagne », a-t-il écrit.
Merz « choqué » par la victoire de l’extrême-droite, mais maintient le cap
« Profondément choqué » par la victoire électorale de l’extrême-droite allemande en Saxe-Anhalt, le chancelier a néanmoins assuré lundi qu’il maintiendrait ses réformes, tout en s’efforçant de « mieux les expliquer », dans un pays divisé et confronté à de multiples crises.
Déjà première force d’opposition dans le pays, l’Alternative pour l’Allemagne, formation antimigrants et pro-russe, a infligé dimanche une débâcle aux conservateurs (CDU) de Merz, raflant près de 44 % des voix contre 17 % en Saxe-Anhalt, une région démunie de l’ex-RDA.
Accusant une impopularité record après un peu plus d’un an en poste, le dirigeant a reconnu avoir une responsabilité dans cette défaite, « l’une des plus lourdes essuyées par la CDU depuis des décennies ».
« Ma détermination est de poursuivre le cap des réformes, sans rupture, mais je sais que […] nous devons mieux les expliquer », a-t-il dit après une réunion de la direction du parti.
Le dirigeant a essuyé les attaques de l’AfD, qui a affiché ses desseins nationaux.
« Jamais un chancelier n’a été aussi impopulaire que Friedrich Merz, qui est devenu un lourd handicap pour le développement prospère de l’Allemagne », a savouré Weidel devant la presse, assurant viser au moins 40 % lors des prochaines législatives prévues en 2029.
D’ici l’échéance, « abandonner n’est pas une option », a martelé l’intéressé, alors que des rumeurs d’un remplacement anticipé avaient déjà circulé pendant l’été.
Merz avait promis, à son arrivée au pouvoir, de juguler l’essor de l’AfD, sur fond de crise industrielle, de débat sur l’immigration, de réarmement du pays face à la Russie et de tensions commerciales avec les États-Unis et la Chine.
Mais son mandat reste plombé par les disputes avec son partenaire de coalition social-démocrate et des gaffes répétées.
Comité Auschwitz
Le scrutin en Saxe-Anhalt est un séisme en Allemagne, qui voit l’extrême-droite en position favorable pour diriger une région, une première depuis 1945.
À trois élus d’atteindre la majorité absolue, le vainqueur des élections, Ulrich Siegmund, a dit avoir entamé des pourparlers en vue de gouverner.
Ce tribun de 35 ans pourrait vouloir débaucher des élus conservateurs et compter sur le soutien, au moins tacite, du BSW, formation pro-russe de gauche.
Il s’est aussi targué du soutien de Musk sur X, en réponse à ceux qui estimaient que l’AfD ferait fuir les investisseurs, dont Merz.
Les soutiens de Trump aux États-Unis se sont réjouis de la victoire de l’AfD à commencer par Richard Grenell, ex-ambassadeur américain à Berlin, qui a salué « un nouveau jour en Allemagne »
Le résultat de dimanche inquiète dans un pays où le sentiment de culpabilité pour les crimes du nazisme reste profondément ancré.
La classe politique s’efforce de souligner la proximité entre l’AfD et les mouvances néonazies afin d’enrayer sa montée.
« Ce résultat électoral nous fait peur ! Quelle voie l’Allemagne est-elle en train d’emprunter ? Celle déjà empruntée par le passé ? », a dénoncé Eva Umlauf, survivante de la Shoah et présidente du Comité international d’Auschwitz.
Vishnu Kurumandhrd, un ressortissant indien de 29 ans, rencontré par l’AFP en Saxe-Anhalt, se dit inquiet.
« J’ai peur », admet-il, se demandant si des extrémistes « vont attaquer ou non » les étrangers.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s’est, lui, inquiété que « la menace extrémiste gagne du terrain ».
Fondée en 2013 comme parti eurosceptique, l’AfD s’est muée en parti antimigrants libéral, faisant de l’Est appauvri son bastion.
Comme le reste de la classe politique, la CDU exclut toute alliance avec l’AfD, mais Weidel a évoqué une « main tendue » aux conservateurs.
Soutien à l’Ukraine
Elle a repris ses thèmes favoris : « l’explosion de la criminalité liée aux étrangers » ou encore la transition énergétique « qui entraîne des prix de l’énergie parmi les plus élevés du monde ».
Le co-dirigeant de l’AfD, Tino Chrupalla, a repris son mantra prorusse, conspuant le soutien à l’Ukraine, accusant Berlin de « transférer les recettes fiscales à l’étranger plutôt que de les consacrer à notre propre population ».
Merz a assuré lundi qu’il ne changera pas « d’un millimètre » sa politique car il faut « défendre notre liberté, y compris face à la Russie ».
Pour autant, Oliver Lembcke, professeur de sciences politiques à l’Université de la Ruhr à Bochum, interrogé par l’AFP, constate « une recomposition majeure du paysage partisan allemand ».
Dès le début de l’été, Merz a été confronté à des rumeurs selon lesquelles des cadres de son camp voulaient le remplacer. Et deux autres élections sont prévues le 20 septembre.
En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, autre région de l’Est, l’AfD distance, selon les sondages, les sociaux-démocrates, deuxième. À Berlin, la CDU, l’AfD et la gauche radicale Die Linke sont dans un mouchoir de poche.