Rejet de la motion visant à expulser Ayman Odeh

Lors d'une séance houleuse, seuls 73 députés ont voté en faveur de l'expulsion du président de Hadash-Taal, qui promet de 's'opposer au fascisme' et de 'se battre pour la démocratie'

Le député Ayman Odeh dans la salle d'assemblée de la Knesset avant un vote manqué sur sa proposition d'expulsion, le 14 juillet 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Une motion qui visait à expulser le président du parti Hadash-Taal, Ayman Odeh, de la Knesset n’a pas été adoptée en séance plénière dans la journée de lundi. 73 députés – sur les 90 dont la voix était nécessaire – ont voté « Pour », quinze parlementaires ont voté « Contre » et plusieurs parlementaires de l’opposition ont boycotté le vote.

Cette demande avait été présentée au mois de janvier après qu’Odeh a déclaré qu’il était « heureux de la libération des otages et des prisonniers ». Il faisait référence à un accord conclu avec le Hamas qui avait permis la remise en liberté de certaines des personnes qui avaient été kidnappées par les terroristes lors du pogrom commis le 7 octobre 2023, en échange de la libération de prisonniers palestiniens incarcérés pour atteinte à la sécurité nationale en Israël.

Cette requête avait recueilli le nombre requis de signatures nécessaires après qu’Odeh a déclaré, lors d’une manifestation des opposants à la guerre à Haïfa, au mois de mai, que « Gaza a gagné et Gaza gagnera ».

Pour que la motion soit adoptée, la Knesset devait voter à une supermajorité de 90 législateurs en sa faveur. Le mois dernier, la commission de la Chambre avait approuvé la pétition statutaire de 70 signatures qui avait appelé à ce vote – avec au moins 10 signatures des membres de l’opposition.

Le parti YahaDout HaTorah (un parti de la coalition) et le parti Kakhol lavan-HaMahane HaMamlahti de Benny Gantz ont boycotté le vote. Le leader de l’opposition Yair Lapid et la majorité des députés de son parti Yesh Atid étaient absents.

La mesure a été soutenue par le reste de la coalition et par le parti d’opposition Yisrael Beytenu. Le parti de gauche Les Démocrates, dirigé par Yair Golan, a voté contre.

De gauche à droite : Le ministre de la Justice Yariv Levin, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le ministre de la Défense Israël Katz, et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir sont vus à la Knesset à Jérusalem, avant l’échec du vote sur la proposition d’expulsion du député Ayman Odeh de la Knesset. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans un message qui a été posté sur X après le vote, Odeh a déclaré : « Je suis toujours là. Les actions scandaleuses et fascistes à mon encontre ont échoué. Cette fois, le fascisme n’est pas passé, et le plus important est que nous ne le laisserons pas passer à l’avenir. Nous nous y opposerons fermement et nous nous battrons pour la démocratie, pour l’égalité et pour la paix ».

« À partir de là, nous devons libérer les deux peuples du joug de l’occupation. Parce que nous sommes tous nés libres », a conclu le message.

La députée Hadash-Taal Aida Touma-Sliman a averti que si « la tentative de destitution d’Ayman Odeh a échoué, l’attaque contre notre existence politique se poursuit ».

« Ils voulaient faire taire une voix qui s’élève contre la guerre, contre l’occupation et en faveur d’une paix juste. Ils ont essayé d’envoyer un message : si vous refusez de vous aligner sur le consensus nationaliste, vous serez punis. Mais ce message n’est pas passé. Pas aujourd’hui », a-t-elle écrit sur le réseau social X.

« Nous avons été élus pour représenter le peuple, pour nous opposer aux crimes, pour dire la vérité – et c’est très exactement ce que nous continuerons à faire. Vous pouvez menacer, suspendre et inciter, mais vous ne nous effacerez pas. Notre résistance ne sera pas annihilée », a-t-elle ajouté.

Odeh chahuté, plusieurs députés expulsés de la Knesset

Au cours de la discussion qui a précédé le vote, les députés Nissim Vaturi (Likud) et Yaron Levi (Yesh Atid) ont été expulsés de la séance plénière de la Knesset pour avoir interrompu Odeh alors qu’il s’exprimait.

Almog Cohen, membre d’Otzma Yehudit, et Tally Gotliv, membre du Likud, ont également été évacués de la salle.

La députée du Likud Taly Gotliv retenue physiquement alors qu’elle chahute le député Ayman Odeh, avant un vote sur la proposition d’expulsion du député arabe de la Knesset, le 14 juillet 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

S’adressant aux parlementaires, Odeh a déclaré que ceux qui demandaient son expulsion du Parlement étaient des « fascistes et des kahanistes » – en référence aux adeptes de feu le rabbin extrémiste Meir Kahane – provoquant huées et insultes.

Alors qu’Odeh prononçait un discours, après l’expulsion de Vaturi et Levi, un député a crié : « Allez à Gaza ! ». « Vous représentez le Hamas », a lancé un autre.

Depuis la tribune, en séance plénière, au début du débat, le chef de la coalition, Ofir Katz (Likud), qui préside la commission qui a été responsable de la demande de destitution d’Odeh, a indiqué que la Knesset était faite pour ceux qui croient en l’État d’Israël et non pour ceux qui soutiennent ses ennemis.

Katz a ensuite pointé du doigt le député arabe, lui disant « d’aller à Gaza ».

« Ce n’est pas un partisan du terrorisme, c’est un terroriste », a-t-il hurlé juste avant le vote.

Une rhétorique qui a été reprise par d’autres personnalités de la coalition. Cela a notamment été le cas du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, qui a interpellé Odeh et d’autres députés arabes depuis la tribune de la Knesset et qui a hurlé que tous les « partisans du terrorisme » devaient quitter l’hémicycle.

Plusieurs députés arabes ont été raillés par les législateurs de la coalition lors du débat, les parlementaires s’opposant avec grand bruit aux discours prononcés en arabe.

S’en prenant aux partisans du départ d’Odeh du parlement, le député Hadash-Taal Ahmad Tibi a déclaré que les membres de la coalition qui utilisent une rhétorique extrémiste devaient être emprisonnés, critiquant spécifiquement e ministre du Patrimoine Amichai Eliyahu qui avait laissé entendre, dans le passé, qu’Israël devait utiliser l’arme nucléaire dans la bande de Gaza.

Après le vote, le ministre du Patrimoine a exprimé sa colère à l’encontre des députés qui se sont opposés à la motion, écrivant sur X : « Alon Schuster, Naama Lazimi, Efrat Rayten, Merav Michaeli, ‘rabbin’ Gilad Kariv – le public israélien n’oubliera pas vos crachats au visage des soldats de Tsahal et d’autres au cours d’une soirée aussi terrible que celle-ci. Honte à vous ! »

Un député Hadash-Taal dénonce « l’hégémonie raciste » à la Knesset

Le député Hadash-Taal Ofer Cassif, qui avait lui-même fait l’objet d’une tentative de destitution en 2024, a déploré une Knesset remplie de « kahanistes » tandis que le député Waleed Alhwashla, du parti islamiste Raam, a exigé la fin des « persécutions » à l’encontre des législateurs arabes.

S’adressant au Times of Israel pendant le débat, Cassif a indiqué que la colère suscitée par les discours prononcés en arabe à la tribune entrait dans le cadre « de l’hégémonie raciste qui a contrôlé la Knesset pendant les deux dernières années et demie », faisant référence au mandat de l’actuel gouvernement.

« Non seulement il est permis de parler arabe, selon les règles de la Knesset, mais c’est aussi la première langue de 20 % de la population – et c’est notamment celle des représentants ici présents », a-t-il poursuivi.

« Chaque fois qu’ils sont empêchés de parler, chaque fois qu’ils sont insultés par des voyous racistes, principalement issus de la coalition, cela montre que le racisme s’est emparé de la Knesset comme de la société en général », a commenté Cassif.

Le ministre de la sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, entouré de collègues législateurs, chahute le député Ayman Odeh, avant l’échec du vote sur la proposition d’expulsion de ce dernier de la Knesset, le 14 juillet 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Avant le vote, le parti Yisrael Beytenu avait appelé « toutes les factions sionistes de la coalition et de l’opposition » à voter en faveur de « l’expulsion » d’Odeh.

« Ne répétez pas l’erreur que vous avez commise en votant le rejet des plaintes à l’encontre d’Ofer Cassif. Il n’y a aucune raison pour que les citoyens israéliens continuent à financer les salaires des partisans du terrorisme », a déclaré le parti, faisant référence à une vaine tentative en 2024 d’expulser un parlementaire appartenant à la faction de Hadash-Taal qui avait exprimé publiquement son soutien à la plainte déposée par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de justice.

« Yisrael Beytenu votera en faveur de son renvoi et attend de tous les partis sionistes qu’ils fassent de même », a-t-il ajouté.

Le président des Démocrates, Yair Golan, s’est prononcé contre la motion à l’encontre d’Odeh et a demandé aux députés de l’opposition de voter contre, les exhortant à présenter un « front uni et fort ».

« Le vote sur l’expulsion d’Odeh n’est pas un simple vote technique », a dit Golan lors d’une conférence de presse. « Il s’agit d’une manœuvre dangereuse et déterminante dans le cadre d’un coup d’État ».

Il a appelé ses « amis de tout le camp démocratique » et Yesh Atid en particulier – la faction avait autorisé ses députés à voter comme bon leur semble – à s’opposer à la motion plutôt que de voter avec « le gouvernement de la destruction et de la haine ».

Le député Ayman Odeh à la Knesset avant l’échec du vote sur sa destitution, le 14 juillet 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans une rare déclaration portant sur une affaire interne israélienne, trois sénateurs démocrates américains ont fustigé la mesure, la qualifiant de « message effrayant » transmis aux Israéliens arabes.

« Partout dans le monde, la démocratie est attaquée. Si Israël veut pouvoir se qualifier de démocratie, il doit tolérer la dissidence pacifique », ont expliqué conjointement Bernie Sanders, Peter Welch et Chris Van Hollen avant le vote portant sur Odeh.

« Depuis plus d’une décennie, le député Odeh est un défenseur de premier plan de la paix, de la justice et du partenariat judéo-arabe. La tentative d’expulsion en cours est une réponse directe aux appels francs et courageux d’Odeh en faveur d’un cessez-le-feu immédiat à Gaza, de la fin de l’occupation et d’une solution politique entre Israéliens et Palestiniens », a poursuivi la déclaration commune.

« Cette tentative d’expulsion envoie un message effrayant à des millions de citoyens palestiniens d’Israël : leur représentation est conditionnelle et leurs droits sont révocables. Un tel message n’a pas sa place dans une société démocratique », ont-ils ajouté.

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