Interview

Rencontre avec l’entrepreneuse haredi qui brigue un siège au Conseil municipal de Jérusalem

Malka Greenblatt, qui 'hait la politique' mais qui 'adore que les choses soient faites', sera la première femme ultra-orthodoxe à intégrer le Conseil si elle est élue, mardi

Malka Greenblatt (Autorisation)

Alors qu’Israël vote, aujourd’hui, à l’occasion du scrutin municipal, sur fond de guerre qui fait rage à Gaza, Malka Greenblatt, ressortissante américano-israélienne de 34 ans, espère bien entrer dans l’Histoire en devenant la toute première femme ultra-orthodoxe à intégrer le conseil municipal de Jérusalem.

Même si elle se présente dans une ville où les images de femmes, dans les publicités ou sur les affiches politiques, sont considérées comme taboues par un grand nombre de résidents haredim – elles sont même parfois vandalisées – Greenblatt affirme ne pratiquement pas avoir rencontré d’opposition de la part de la communauté pendant sa campagne.

« J’ai eu un sentiment de solitude parce que je m’aventurais réellement hors du cadre établi », dit-elle, « mais je n’ai jamais eu celui d’être rejetée ou quelque chose comme ça ».

Greenblatt est arrivée en Israël il y a douze ans, depuis le Michigan, et elle s’est installée comme coiffeuse et maquilleuse avant d’ouvrir une boutique qui vend des perruques, Tagless Wigs.

Elle s’est rapidement retrouvée à devoir chercher une maternelle pour son fils de deux ans, un enfant qui déborde d’énergie. « Et c’est à ce moment-là que je me suis laissée entraîner par ce qu’avait été ma propre scolarité », explique Greenblatt au Times of Israel. « Mon expérience de l’école avait été bonne mais après 15 ans passés dans le système scolaire, j’avais eu le sentiment que je n’en avait pas tiré grand-chose, et j’ai voulu que mes enfants ne vivent pas la même expérience. »

Déterminée à trouver une solution, Greenblatt a lancé un programme de maternelle privé pour la communauté haredi, un programme de taille modeste qui est fondé sur la méthode Montessori. Cette méthode, qui est relativement nouvelle en Israël, selon un rapport émis par le ministère de l’Alyah en 2019, met l’accent sur l’apprentissage pratique et sur le développement de compétences adaptées au monde réel de manière à permettre aux enfants d’être plus indépendants dès leur jeune âge.

« Apporter quelque chose de meilleur à un enfant dans ses jeunes années – c’est un cadeau qui dure toute la vie », s’exclame Greenblatt. « Je pense que plus nous pourrons investir là-dedans, plus l’avenir sera porteur de promesses ».


Neuf ans plus tard, encore à la tête d’une entreprise florissante, élevant quatre enfants, Greenblatt a transformé cette école en quatre écoles maternelles Montessori à destination du public haredi. Trois sont entièrement financées par la municipalité, avec l’aide de la division de l’éducation ultra-orthodoxe.

« Nous avons aussi procédé à l’ouverture d’une école élémentaire pour filles », ajoute-t-elle. L’école publique Netivoteha Haredi accueille actuellement des élèves allant du CP au CE2. L’année dernière, il y a eu 200 demandes pour 25 places. « Cette année », note-t-elle, « le chiffre pourrait être multiplié par deux. Il y a une demande énorme ».

Son expérience avec la municipalité dans le secteur de l’éducation et son désir de changement sont à l’origine de sa candidature au Conseil municipal. Elle a intégré la liste de l’Unité de Jérusalem (Achdut Yerushalayim), aux côtés d’Avishai Cohen. Greenblatt est, en théorie, deuxième sur la liste mais elle a récemment signé un accord de rotation qui lui permettra de siéger pendant deux ans et demi – le mandat est de cinq ans – en remplacement de Cohen si le parti parvient à obtenir un fauteuil.

« Je hais la politique mais j’adore que les choses soient faites », déclare Greenblatt, commentant sa carrière politique naissante. « Cela ne remplit aucun vide dans ma vie. Je fais ça parce que j’ai le sentiment que je dois le faire. Il ne s’agit pas de politique ; il s’avère, tout simplement, que je suis bonne en politique ».

Représentant une catégorie démographique relativement défavorisée, celle des haredim qui occupent des postes à plein temps en-dehors du monde ultra-orthodoxe, Greenblatt adopte une approche sérieuse de son rôle au Conseil municipal. Elle veut aider ses électeurs à changer radicalement les choses – et à le faire rapidement.

« Comment on passe de A à Z sans perdre la tête ? Mon objectif est d’expliquer aux gens quelles sont les étapes à suivre », déclare-t-elle.

La municipalité de Jérusalem a beaucoup de choses à offrir à ses citoyens, explique Greenblatt, mais les citoyens moyens – et en particulier les nouveaux immigrants – ne savent pas par où commencer s’agissant d’accéder aux ressources municipales qui sont, en théorie, à leur disposition en permanence.

« Je ne suis pas une superwoman, je ne peux pas tout faire », dit Greenblatt. « Ce que je peux faire, c’est représenter, guider, orienter, de façon à ce qu’un nombre plus important de gens puissent faire davantage pour obtenir ce dont ils ont besoin ».

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