Réseau de financement présumé du Hamas aux USA : « J’ai des contacts à New York »

Deux frères sont poursuivis en Louisiane pour transfert de fonds au Hamas sous couvert de charité, dans le cadre d'un vaste réseau international utilisant le mot-clé « pain »

Des manifestants portant des bandeaux et des masques du Hamas, au Baruch College, à Manhattan, le 5 juin 2024. (Crédit : Luke Tress via JTA)

Selon des documents de procédure rendus publics mardi, les enquêteurs fédéraux américains ont inculpé deux frères originaires de Louisiane pour collecte de fonds au profit du Hamas. Il s’agit de la dernière affaire en date de soutien financier au groupe terroriste aux États-Unis.

Abdel Adhami et Omar Adhami ont été accusés de soutien matériel à une organisation terroriste par un tribunal fédéral en Louisiane.

Selon les documents de procédure, Abdel Adhami a coordonné la collecte de fonds pour le Hamas avec un individu du nom de Saleem Alzaq. Le FBI pense qu’Alzaq vit à Gaza et qu’il publie la propagande du Hamas sur les réseaux sociaux depuis 2021.

Adhami et Alzaq ont coordonné la collecte et la distribution de fonds sur Snapchat pour venir en aide au Hamas, expliquent les enquêteurs.

Adhami a commencé à solliciter des fonds sur Instagram la semaine suivant le pogrom perpétré par le Hamas, le 7 octobre 2023, en demandant à ses abonnés d’utiliser un compte Western Union pour « faire des dons à nos frères affiliés à Gaza ». Il semble qu’il ait par ailleurs demandé des fonds à ses proches.

Selon les documents de procédure, le réseau a par ailleurs collecté et fait transiter des fonds via une prétendue organisation caritative en France. Le nom de cette organisation est pour l’heure tenu secret.

Des terroristes palestiniens du Hamas et du Jihad islamique montent la garde près du lieu de la prière de l’Aïd al-Fitr à Gaza-ville, le 20 mars 2026. (Crédit : Abdel Kareem Hana/AP)

Adhami et Alzaq utilisaient des mots-clés pour dissimuler leurs agissements. Les messages inclus dans la plainte pénale montrent qu’ils faisaient tous deux régulièrement référence au « pain » ou aux « gens du pain », et demandaient à leurs contacts d’utiliser ces mêmes termes.

La semaine dernière, aux Etats-Unis toujours, une autre affaire de collecte de fonds au profit du Hamas avait révélé que le terme « pain » était le nom de code du Hamas.

En évoquant le « pain », en 2024, Alzaq a dit à Adhami : « Ils sont présents à l’hôpital al-Shifa », un centre hospitalier de Gaza qui hébergeait des terroristes du Hamas, selon Tsahal.

« Par Dieu, chaque fois que je vois l’une des personnes du pain faire quelque chose, je me dis que j’aimerais être avec elle », a déclaré Adhami plusieurs semaines plus tard. « Je prie Dieu tout-puissant de faire de moi l’un de ceux qui font le jihad avec leur argent. »

« Celui qui fait le jihad avec l’argent est lui aussi considéré comme un jihadiste », a-t-il affirmé dans un autre message.

Adhami a expliqué à son frère comment envoyer de l’argent à l’étranger en lui disant : « Le prophète a dit : « Celui qui équipe un combattant est considéré comme ayant pris part au combat lui-même. » »

« Quand tu veux envoyer quelque chose, tu lui dis : « Cette somme est pour le pain », il comprendra. Ne donne aucun nom sur WhatsApp et utilise le mot « pain » à la place », a-t-il ajouté.

Adhami a utilisé PayPal pour envoyer plus de 83 000 dollars à l’étranger à trois destinataires. La localisation de deux de ces destinataires a été occultée : le troisième se trouve à Gaza. Son frère aurait envoyé plus de 6 000 dollars à Alzaq et ses associés.

Des tentes abritant des Gazaouis déplacés visibles au milieu de bâtiments endommagés par la guerre dans Gaza-City, au nord de la bande de Gaza, le 26 septembre 2026. (Crédit : Jehad Alshrafi/AP)

En novembre 2025, Alzaq a contacté un agent infiltré de la police de New York pour lui demander des dons en faveur de Gaza. Alzaq a déclaré à l’agent qu’il avait des « amis » à New York, dans l’Ohio et « partout aux États-Unis ».

Il a demandé à l’agent d’envoyer des fonds à d’autres associés aux États-Unis, afin que l’argent passe « d’un compte à l’autre », manifestement pour en masquer l’origine, avant d’être in fine envoyé à Gaza via PayPal.

« Laisse-moi voir mes amis à New York, ils sont tous originaires de Palestine », a déclaré Alzaq. « Ils sont américains, tous. Ce sont de jeunes gens et ils m’envoient de l’argent tout le temps. Ils ne manquent jamais à leurs devoirs, ils nous financent. »

L’affaire semble liée à une enquête de Floride rendue publique le mois dernier, laquelle accuse Raed Yousef, 56 ans, d’avoir collecté des dizaines de milliers de dollars pour le Hamas, trompé les autorités américaines et commis des délits financiers.

Selon le dossier de Yousef, il avait un co-conspirateur dans le district est de la Louisiane, là où les frères Adhami ont été inculpés, et un autre co-conspirateur dans une organisation caritative écran en France, tout comme dans l’affaire Adhami.

Raed Yousef sur une photo d’immatriculation judiciaire de septembre 2026. (Bureau du shérif du comté de Pinellas)

Selon les pièces de ce dossier, l’un des conspirateurs de Louisiane avait recruté Yousef pour faire des dons au Hamas et lui avait dit à lui aussi d’utiliser le mot-clé « pain ».

Ces récentes affaires font suite à sept enquêtes fédérales américaines sur des collectes de fonds terroristes présumées en faveur de Gaza ces douze derniers mois. Dans chacune d’entre elles, les accusés sont soupçonnés d’avoir utilisé de fausses organisations humanitaires pour financer des terroristes de Gaza et des plateformes de financement participatif, des messageries cryptées, des réseaux sociaux et des cryptomonnaies ont été utilisées pour collecter et faire transiter les fonds.

Ces enquêtes présentent des similitudes avec l’affaire de la Holy Land Foundation, prétendue organisation caritative qui a fait parvenir plus de 12 millions de dollars au Hamas dans les années 1990 et au début des années 2000.

Les membres des « Cinq de Holy Land », qui ont été emprisonnés, demeurent populaires au sein du mouvement anti-sioniste.

Selon les documents de procédure, Yousef et un autre accusé, Reda Mazen Rida Sabassi, ont évoqué la Holy Land Foundation.

La perquisition des appareils électroniques de Sabassi a montré qu’il avait cherché des informations sur la Holy Land Foundation sur Internet.

Lors d’une perquisition au domicile de Yousef, les enquêteurs ont découvert des documents portant sur la Holy Land Foundation.

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