Retour sur l’un des 3 événements politiques du ToI

Les différents candidats ont abordé plusieurs sujets : la formation d'une coalition avec le Likud, les politiques en Cisjordanie ainsi que l’isolement d'Israël à l'international

Le chef de l’opposition Yair Lapid, à droite, s’entretient avec David Horovitz, rédacteur en chef et fondateur du Times of Israel, à Tel Aviv, le 12 octobre 2026. (Crédit: Times of Israel)

L’ancien Premier ministre Yair Lapid, qui figure en deuxième position sur la liste électorale du parti BeYachad, s’en est pris lundi soir au président Isaac Herzog. Ce dernier s’était engagé à faire tout ce qui était en son pouvoir pour éviter un second tour des élections si le scrutin du 27 octobre ne permettait pas de dégager clairement un vainqueur.

L’actuel leader de l’opposition a affirmé que le chef de l’État n’avait pas le pouvoir d’intervenir dans la politique parlementaire.

Lors d’un échange avec David Horovitz, le rédacteur en chef et fondateur du Times of Israel – un échange qui a eu lieu à l’occasion d’un événement qui a été organisé par le ToI à Tel Aviv deux semaines avant que les Israéliens ne se rendent aux urnes – Lapid a fait savoir qu’il s’opposait à l’idée d’une éventuelle implication du président dans les efforts qui pourraient viser à sortir d’une impasse post-électorale.

« Je ne pense pas que ce soit une bonne idée que le président s’implique », a dit Lapid, qui a fait valoir qu’une telle implication ne relevait pas des compétences de Herzog en tant que président. « Je pense que c’est une mauvaise idée. Dans notre système, il y a une barrière entre la présidence et la Knesset ».

En tant que président, Herzog a officiellement pour mission de désigner le candidat qui sera chargé de tenter de former un gouvernement à l’issue du scrutin. Il ne dispose toutefois que d’une marge de manœuvre très limitée, même s’il a le droit de prolonger le délai imparti aux négociations de coalition.

Dans la journée de lundi, Herzog s’est engagé à faire tout ce qui sera en son pouvoir pour garantir la formation d’un gouvernement stable et éviter ainsi le spectre d’un nouveau cycle électoral. Des propos qui ont été interprétés comme signalant qu’il pourrait bien intervenir pour aider à mettre sur pied un gouvernement d’union nationale susceptible de réunir le Likud et le parti Yashar de Gadi Eisenkot, avec pour objectif de sortir d’une impasse potentielle.

Les récents sondages montrent que ni la coalition présumée du Premier ministre Benjamin Netanyahu, ni le principal bloc d’opposition placé sous la direction d’Eisenkot ne parviendront à obtenir un nombre suffisant de sièges pour former un gouvernement.

Alors qu’il lui était demandé si l’opposition menait une campagne suffisamment énergique pour détrôner Netanyahu, Lapid a répondu qu’une approche trop agressive risquait d’aliéner les électeurs de la droite modérée – ceux-là mêmes qui pourraient bien déterminer l’issue du vote.

« Ce scrutin va se jouer sur six à sept sièges qui sont actuellement entre les mains d’électeurs qui appartiennent à la droite modérée et qui sont tous opposés à une campagne très violente ou à une campagne toxique. Ils en ont assez », a-t-il dit, ajoutant qu’il était confiant quant à la victoire imminente du bloc d’opposition.

Tal Schneider (à gauche) du Times of Israel s’entretient avec le député démocrate Gilad Kariv, Orit Farkash-Hacohen (n° 3 sur la liste Yashar), Eran Ben-Ami, candidat du parti « Peuple d’Israël » et Einat Wilf du parti des Réservistes, à Tel Aviv, le 12 octobre 2026. (Crédit: The Times of Israel)

Alors qu’elle présentait l’événement organisé lundi dans la soirée – un événement qui s’est tenu à guichets fermés – au Musée du peuple juif de l’ANU, au sein de l’université de Tel Aviv, Tal Schneider, correspondante politique du Times of Israel, a indiqué que le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar avait également été invité à un entretien en tête-à-tête, mais qu’il n’avait pas pu y assister dans la mesure où il se trouvait en Albanie.

Schneider a précisé que le Times of Israel avait ensuite contacté plusieurs autres ministres de haut rang du Likud, mais qu’ils avaient tous décliné l’invitation.

La soirée a été dominée par les incertitudes quant à l’identité du prochain chef du gouvernement israélien.

L’événement a aussi été l’occasion d’une table ronde qui a été animée par Schneider en présence de Gilad Kariv, député du parti HaDemocratim de Yair Golan, de l’ancienne ministre Orit Farkash-Hacohen, du parti Yashar, d’Eran Ben-Ari, de la formation « Le Peuple d’Israël » d’Ofer Winter, et d’Einat Wilf, du Parti des réservistes de Yoaz Hendel.

Kariv, qui occupe la troisième place sur la liste du parti de gauche, a catégoriquement rejeté toute possibilité d’un gouvernement d’union nationale avec le Likud, tandis que Farkash-Hacohen s’est abstenue d’exclure explicitement un tel arrangement.

« Il n’y a aucune place — ni sur le plan moral, ni sur le plan public, ni sur le plan politique — pour un gouvernement d’union nationale avec Netanyahu, avec le Likud ou avec un quelconque parti ayant pris part à ce terrible gouvernement et à cette coalition », a affirmé Kariv, qui a insisté sur le fait que l’opposition remporterait la majorité le 27 octobre. Alors qu’il lui était demandé s’il préférait la tenue d’un nouveau scrutin à la formation d’un gouvernement avec le Likud, il a répondu qu’il préférerait affronter cinq cycles électoraux supplémentaires dans un tel cas de figure.

Pressée de questions sur la volonté de Yashar de rejoindre un gouvernement d’union nationale avec le Likud, Farkash-Hacohen a répété le positionnement qui a été adopté par son parti : les membres de toute future coalition devront ainsi respecter le caractère juif et démocratique d’Israël, les principes de la Déclaration d’indépendance, ainsi que le service militaire ou national universel.

La formation politique qui a été créée par Eisenkot a toujours refusé d’écarter de potentiels partenaires, y compris des partis non sionistes issus des communautés ultra-orthodoxes et arabes, mais elle a exigé que tout allié accepte le caractère juif et démocratique d’Israël.

Farkash-Hacohen a ensuite souligné que « personne, ayant occupé un poste de direction le 7 octobre, ne saurait rester en fonction », excluant ainsi de fait le maintien au pouvoir de Netanyahu – elle n’a toutefois pas explicitement écarté la possibilité d’une coopération avec le Likud s’il devait être placé sous la direction d’un autre leader. Le chef du parti Yashar, Eisenkot, a de même fait savoir, dimanche, que « toute personne qui assumait une fonction, le 7 octobre, est dorénavant considérée comme inapte à exercer des fonctions de commandement et de direction ».

Ben-Ari, quant à lui, a défendu la volonté du parti « Peuple d’Israël » de rejoindre un gouvernement dirigé par Netanyahu malgré la campagne qui a été menée par la faction contre le gouvernement. Il a affirmé qu’il conditionnerait son soutien à des changements fondamentaux dans les politiques qui exemptent les ultra-orthodoxes de la conscription militaire.

Orit Farkash-Hacohen (à gauche), n° 3 du parti Yashar, Eran Ben-Ami, candidat du Parti du peuple d’Israël, et Einat Wilf, du Parti des réservistes, à Tel Aviv, le 12 octobre 2026. (Crédit: Times of Israel)

« C’est la seule condition que nous posons pour soutenir Netanyahu en tant que Premier ministre », a-t-il expliqué, reconnaissant qu’un tel arrangement nécessiterait soit que les partis haredim changent de positionnement, soit que son propre parti soit en mesure d’exercer une influence politique très importante.

Farkash-Hacohen a tourné en dérision l’idée selon laquelle un petit parti pourrait contraindre Netanyahu à se séparer de ses partenaires ultra-orthodoxes.

« Si vous pensez vraiment que Netanyahu changera d’avis à cause d’un parti disposant de quatre ou cinq sièges, c’est que vous vivez dans un monde imaginaire », a-t-elle déclaré.

Politique pro-implantation

Les intervenants ont également exprimé des divergences marquées concernant les projets d’extension des constructions de logements dans la zone E1 de la Cisjordanie, à l’Est de Jérusalem, qui font l’objet de menaces de sanctions internationales. Ils ont aussi différé lorsqu’ils ont évoqué la manière dont le gouvernement gère les violences qui sont commises par les extrémistes juifs en Cisjordanie.

Le projet E1 prévoit la construction de milliers d’habitations dans le prolongement de l’implantation de Maale Adumim – ce qui relierait cette dernière à Jérusalem, rompant toute possibilité raisonnable de contiguïté territoriale entre les principaux centres de population palestiniens.

Kariv s’est opposé au projet, soulignant que Netanyahu lui-même avait bloqué les constructions dans ce secteur pendant de longues années en raison de ses répercussions diplomatiques. Il a fait valoir que construire dans la zone E1 porterait atteinte à l’économie palestinienne sans pour autant améliorer la sécurité des Israéliens. Il a également accusé les ministres Bezalel Smotrich et Orit Strouk de mener délibérément une politique qui consiste à utiliser les violences perpétrées par les partisans du mouvement pro-implantation pour atteindre leur objectif : Déplacer les Palestiniens.

Tout en exprimant son soutien à la construction d’implantations « dans les limites de la loi israélienne », en prenant en compte les intérêts de sécurité nationale, Farkash-Hacohen a refusé de préciser si un gouvernement dirigé par Yashar mettrait un terme au projet E1, soulignant plutôt la nécessité de restaurer le statut d’Israël à l’international.

Ben-Ari, en revanche, a défendu les constructions dans le cadre du projet – constructions qui, selon lui, sont essentielles à la sécurité d’Israël. Il a ajouté que ne pas développer cette zone rendrait Jérusalem vulnérable et mettrait en danger l’étroite plaine côtière d’Israël.

Des véhicules circulent sur une autoroute près de l’implantation de Maale Adumim, sur une photo prise depuis la zone E1, au nord-est de Jérusalem, le 4 février 2026. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

« Voulez-vous que Jérusalem soit une ville frontalière ? », a-t-il interrogé, insistant sur le fait que les constructions étaient « cruciales » dans la zone E1.

Wilf, quant à elle, a estimé que le débat général sur la zone E1 était « une erreur ». Elle a estimé qu’Israël devait plutôt adopter une politique globale pour la Cisjordanie.

« Se focaliser sur la zone E1 est stupide », a-t-elle dit, appelant Israël à préciser que les zones où vivent la majorité des résidents d’implantations deviendront des territoires israéliens, tandis que d’autres secteurs resteront placés sous le contrôle de l’État juif.

L’isolement international d’Israël

Ces différends sur la politique à mettre en place en matière d’implantations a reflété un clivage plus large sur la manière de faire face à l’isolement international croissant d’Israël. Lapid, Kariv et Farkash-Hacohen ont attribué une grande partie des retombées diplomatiques aux politiques gouvernementales, tandis que Wilf a affirmé que l’hostilité à l’égard de l’État juif avait des racines bien plus profondes.

« La majorité des personnes qui s’expriment aujourd’hui contre nous ne haïssent pas l’État d’Israël — elles haïssent le gouvernement israélien », a déclaré Lapid à Horovitz.

« Il y a un problème grave de hasbara mais ce n’est pas seulement un problème de communication publique… c’est aussi un problème de mauvaises politiques », a-t-il ajouté, citant la tolérance affichée par le gouvernement à l’égard des violences qui sont perpétrées par les extrémistes juifs en Cisjordanie.

Lapid a également accusé certains ministres d’avoir alimenté les accusations de génocide par leurs déclarations incendiaires sur Gaza. Il a promis que tout ministre d’un futur gouvernement qui prônerait des frappes nucléaires ou une famine serait « limogé sur-le-champ ».

Kariv s’est fait l’écho des critiques de Lapid, accusant Netanyahu d’avoir « abandonné » l’approche bipartisane qui avait sous-tendu, dans l’Histoire, les relations d’Israël avec les États-Unis.

Des extrémistes juifs et les forces de sécurité israéliennes devant un magasin appartenant au Palestinien Mouayad Oweis après que des partisans du mouvement pro-implantation y ont déposé des dizaines de drapeaux israéliens, bloquant l’accès à ce commerce situé en bord de route dans le village d’al-Lubban al-Sharqiya, en Cisjordanie, le 8 octobre 2026. (Crédit: Flash90)

Wilf a toutefois proposé une analyse radicalement différente, affirmant qu’Israël devait faire face à une vague mondiale d’antisionisme qui ne disparaîtra pas avec un changement de gouvernement.

« Ce qui se passe dans le monde aujourd’hui, c’est que nous vivons une psychose collective qui s’est construite au fil des décennies », a-t-elle commenté, disant que, le 7 octobre 2023, les gens étaient sortis de « tunnels physiques et métaphoriques, bien décidés à lancer une offensive mondiale contre la vie juive » en assimilant Israël et le sionisme à l’apartheid, au racisme, au colonialisme, au nazisme et au génocide.

« Si Zehava Gal-On devenait demain Première ministre d’Israël, cela ne changerait rien à ce qui se met en place à l’échelle mondiale à notre encontre », a-t-elle déclaré, faisant référence à l’ancienne dirigeante du parti du Meretz de gauche.

Wilf a averti que la tendance croissante à présenter Israël comme un obstacle à un monde meilleur signifiait que « nous pénétrons sur un terrain très dangereux » et ele a exhorté Israël à se préparer à « des scénarios assez extrêmes ». Elle a aussi appelé Israël à tisser des liens étroits avec ses alliés internationaux et à collaborer au mieux avec ces derniers.

L’événement qui a eu lieu lundi a été le premier d’une série de trois débats préélectoraux qui sont organisés par le Times of Israel. Mercredi, la rédactrice en chef adjointe du Times of Israel, Amanda Borschel-Dan, animera un enregistrement en direct du podcast Daily Briefing à Jérusalem, en compagnie du correspondant militaire du site d’information, Emanuel Fabian, de son correspondant diplomatique Lazar Berman et de sa correspondante politique Ariela Karmel.

Le 18 octobre, Horovitz animera une discussion avec l’analyste Tal Becker sur les enjeux des élections, une soirée qui se déroulera également à Jérusalem.

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