Réunions politiques dans les facs : Philippe Baptiste veut serrer la vis après la mort d’un militant

Un président d'université 'doit interdire' ce genre de réunions, notamment celles de Rimas Hassan, 'c'est sa responsabilité et de toute façon, le ministère prendra ses responsabilités', a dit le ministre

Le ministre français chargé de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, à l'occasion du lancement d'un programme de recherche sur l'antisémitisme dans les établissements d'enseignement supérieur, le 29 avril 2025. (Crédit : X / Philippe Baptiste / utilisée conformément à l'article 27a de la loi sur le droit d'auteur)

Après la mort d’un militant nationaliste en marge d’une conférence à Sciences Po Lyon, le gouvernement veut serrer la vis aux universités, en limitant drastiquement dans les facs ces réunions politiques accusées de générer des « violences ».

« Avec les risques qu’on a aujourd’hui qui sont maintenant tristement très, très clairs, évidemment non, il n’y aura pas d’autres meetings de ce type-là dans les établissements », a affirmé mardi le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste sur BFMTV, en référence à la conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon jeudi dernier.

Selon le collectif Némésis, proche de l’extrême droite et se revendiquant féministe, Quentin Deranque était chargé d’assurer la sécurité de plusieurs de ses militantes venues manifester contre cette conférence, organisée par une association étudiante.

Le jeune homme a succombé à de violents coups portés par au moins six personnes masquées et cagoulées, selon des déclarations du procureur lundi.

« Des discours qui ont vocation à enflammer les jeunes, à les mettre dans la rue pour avoir des interactions violentes, ce n’est pas possible de continuer à avoir ça aujourd’hui au sein des établissements », a fustigé M. Baptiste.

Un président d’université « doit interdire » ce genre de réunions, notamment celles de Rimas Hassan, « c’est sa responsabilité et de toute façon, le ministère prendra ses responsabilités », a-t-il prévenu, sans plus de précisions.

Il a envoyé une circulaire, datée de lundi, aux préfets et aux recteurs en ce sens.

Rima Hassan, avocate franco-syrienne, fondatrice de l’Observatoire des Camps de Réfugiés (OCR) et membre de la liste du parti de gauche « La France Insoumise » (LFI) pour les prochaines élections européennes, s’exprime lors d’un rassemblement dans le centre de Paris le 29 mai 2024. (Crédit : Zakaria Abdelkafi/AFP)

« Brider la liberté d’expression »

« Cette décision est absolument scandaleuse », a réagi sur X mardi Manuel Bompard, coordinateur de LFI. Selon lui, « ce n’était pas un meeting mais une conférence » de Rima Hassan et « le débat démocratique ne peut pas dépendre du bon vouloir de groupuscules fascistes qui veulent brider la liberté d’expression et empêcher leurs opposants de s’exprimer ».

Dans un tweet en réponse, M. Baptiste a contesté vouloir « interdire la politique à l’université », assurant « lutter contre la violence politique qui se transforme en une violence physique qui tue ».

Consultée par l’AFP, la circulaire rappelle aux préfets et aux recteurs leur rôle d’accompagnement des présidents d’université pour décider ou non d’annuler des événements dans leurs établissements, leur avis permettant d' »apprécier la gravité de la menace ou du risque de trouble à l’ordre public ».


« Contexte actuel »

Le texte, signé de Philippe Baptiste et de Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur, redit les critères, déjà existants, que doivent examiner les présidents d’université pour autoriser la mise à disposition de locaux pour des étudiants qui en font la demande : concilier « les libertés académiques et les libertés d’expression » et le « maintien de l’ordre dans l’établissement et le bon fonctionnement du service public », en fonction du « contexte » et du « contenu de la réunion ».

Mais la circulaire souligne que le contexte a changé. « Alors que la violence politique a atteint un nouveau sommet », elle demande de prendre en compte le « climat très particulier de tensions voire de violences extrêmes autour de tels évènements, comme en témoigne la tragédie qui vient d’endeuiller Lyon ».

« Le contexte actuel montre hélas que des troubles graves à l’ordre public peuvent survenir à l’occasion de telles réunions », peut-on lire.

Dans un contexte d’occupations et de blocages de certaines universités par des mouvements propalestiniens, autoriser ou non les conférences de Rima Hassan dans les universités ou Institut d’études politiques (IEP) a fait l’objet de batailles judiciaires depuis le pogrom du 7-Octobre, entre les directions d’établissements, l’élue et les organisations étudiantes.

La justice administrative a parfois rendu des décisions contradictoires et apprécié différemment l’atteinte, en cas d’interdiction, « aux libertés fondamentales » que sont les « libertés d’expression et de réunion ».

En novembre 2024, le Conseil d’Etat avait jugé justifiée la décision de Sciences Po Paris d’interdire dans ses locaux une conférence de l’eurodéputée controversée sur l' »embargo sur les armes à Israël », prenant le contre-pied du tribunal administratif.

D’autres établissements ont aussi interdit la tenue de conférences de Mme Hassan, comme l’université de Lille, Paris-Dauphine ou Strasbourg, et ont parfois été désavoués par la justice.

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