Révélations d’Avi Gil sur le 7-Octobre: l’opposition réclame une enquête pénale sur Netanyahu
La procureure-générale est sommée par les politiciens d’enquêter sur les allégations portant sur la falsification de documents en date du 7 octobre pour dissimuler des défaillances
Les dirigeants de l’opposition ont exigé l’ouverture d’une enquête pénale sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans le sillage d’une interview qui a été accordée jeudi par l’ancien secrétaire militaire du Premier ministre, Avi Gil, qui a affirmé que le cabinet du Premier ministre avait falsifié des documents en lien avec le pogrom qui avait été commis par le Hamas, le 7 octobre 2023.
Selon Gil, le chef de cabinet de Netanyahu avait cherché, semble-t-il, à changer l’horaire d’un appel téléphonique qui avait eu lieu entre lui-même et le Premier ministre, le faisant enregistrer à 6 heures 29 – à l’heure même où le massacre avait commencé – alors que les deux hommes avaient échangé, en réalité, à 6 heures 40. De plus, l’ancien secrétaire de Netanyahu a indiqué à la chaîne d’information N12 qu’il était arrivé à plusieurs reprises que le Premier ministre choisisse de préserver son gouvernement plutôt que d’accepter un accord qui aurait permis à des otages conservés en captivité à Gaza de recouvrer la liberté. Certains étaient décédés, par la suite, dans les geôles du Hamas.
Netanyahu a nié ces allégations et il a affirmé que Gil avait eu connaissance de l’attaque imminente mais qu’il avait « choisi de ne pas réveiller le Premier ministre à temps », reprenant ainsi des affirmations qui avaient laissé entendre que les responsables de la sécurité avaient refusé d’alerter le Premier ministre par crainte d’une réaction belliciste de sa part. Selon Netanyahu, les propos qui ont été tenus par Gil dans le cadre de l’entretien qui a mis le feu aux poudres ont constitué « une tentative de dissimuler la vérité simple et douloureuse concernant son échec ».
Dans un message qui a été publié sur le réseau social X, cette nuit, le chef du Yashar, Gadi Eisenkot – qui a voulu à la fois répondre à l’interview accordée à N12 et à un article distinct qui est paru sur le site d’information Ynet – a partagé une lettre que son équipe juridique a adressée à la procureure-générale Gali Baharav-Miara, dans laquelle il accuse le Premier ministre d’avoir fait preuve de malhonnêteté dans le cadre d’un rapport destiné au contrôleur de l’État, au mois de décembre 2025.
Matanyahu Englman – qui a quitté son poste cette année – avait lancé sa propre enquête sur les défaillances liées au 7 octobre, en l’absence d’investigations menées par une commission d’enquête nationale. Au mois de février, Netanyahu avait révélé la teneur de la réponse de 55 pages qu’il avait fournie à Englman, laquelle faisait référence à diverses sources originales qui ne figuraient dans les archives publiques.
Selon l’enquête lancée par Ynet, qui a eu accès à certaines de ces sources, une comparaison entre les deux documents « a montré des omissions et des déformations, des manipulations et parfois de simples mensonges – précisément sur les questions qui restent au cœur des responsabilités des échecs » relatifs à l’attaque sanglante du 7-Octobre.
Parmi les incohérences qui ont pu être identifiées, selon le site d’information, le fait que Netanyahu ait affirmé qu’il avait poussé les services de sécurité à assassiner les chefs du Hamas à l’approche du massacre. En réalité, le dirigeant du Shin Bet, Ronen Bar, et le chef d’état-major de Tsahal, Herzi Halevi, avaient demandé à plusieurs reprises que cette mesure soit prise, mais Netanyahu avait à chaque fois rejeté cette suggestion.
Ynet a évoqué les responsables de la sécurité qui avaient appelé à prendre des actions préventives contre le Hamas au mois d’avril, en mai, en juillet, en août, en septembre et en octobre, ainsi que les différentes réponses qui avaient été apportées par Netanyahu à ces demandes. Ce dernier avait notamment dit, au mois de mai, qu’il y avait « une stabilité et une forte dissuasion qui a été mise en place contre le Hamas » ; il avait émis, au mois de septembre, des directives qui visaient à garantir « une période de fêtes aussi calme que possible » et il avait refusé, quelques jours avant l’attaque sanglante, d’approuver les assassinats de chefs du Hamas, par crainte que cela ne compromette les pourparlers de paix avec l’Arabie saoudite.
Dans le message où il a partagé le courrier écrit par ses avocats, Eisenkot a affirmé que les récentes informations qui ont été révélées « ne laissent aucune place au doute : le Premier ministre d’Israël et ses plus proches collaborateurs ont abusé de leurs fonctions, ils ont falsifié des procès-verbaux, ils ont abusé de leur autorité et ils ont menti au public comme aux institutions gouvernementales. Il s’agit, en apparence, d’actes criminels ».
Dans des propos distincts qui ont été cités par N12, le chef de Yashar a déclaré à propos de l’interview d’Avi Gil : « A une époque où le gouvernement israélien envoyait sans relâche au combat des soldats courageux et dévoués dans une guerre juste sans précédent, à une époque où des familles entières confiaient leur sécurité et le sort de leurs proches entre les mains [du gouvernement], y compris ma famille, Netanyahu a induit en erreur, trompé et trahi la confiance de tout un État, tout en mettant en danger la sécurité de ses citoyens. »
Eisenkot a précisé que le Premier ministre avait abordé le 7-Octobre « avec arrogance face aux avertissements répétés qu’il avait reçus tant au niveau national que depuis l’étranger, méprisant les alertes et les préparatifs des services de sécurité ». Pendant le massacre, « alors que les habitants de la zone frontalière avec Gaza luttaient à mains nues pour leur survie, le Premier ministre et ses proches s’employaient à créer une réalité alternative afin de le disculper – lui qui a dirigé la politique pendant vingt ans, lui qui était à la tête de l’État le matin de la catastrophe – de toute responsabilité dans le plus grand échec de l’État d’Israël ».
« Nous mettrons un terme à leurs crimes et à la culture du mensonge qui s’est enracinée », a promis Eisenkot, qui est un ancien chef d’état-major de l’armée israélienne. « En tant qu’homme qui a œuvré toute ma vie durant pour la sécurité d’Israël, je vous l’assure : inventer une théorie de la trahison relève de la folie, constitue un abus de confiance et témoigne d’un manque flagrant d’aptitude. Tout individu qui se rend coupable d’un tel comportement se doit de quitter immédiatement la vie publique », a-t-il déclaré.
Dans un autre message, le chef du parti Yashar a écrit que « tandis que nos frères et sœurs de la région frontalière étaient massacrés par le Hamas, Netanyahu s’employait à modifier les protocoles au lieu de les sauver ». Il a ajouté que « rien ne pourra le sauver de la commission d’enquête nationale que nous mettrons en place après les élections ».
Netanyahu s’est opposé à la création d’une commission d’enquête nationale – la plus haute instance en Israël en matière d’investigations – sur les défaillances liées à l’attaque, malgré les demandes qui ont émané des familles des victimes, des survivants et de la majorité de la population. Le Premier ministre a fait valoir qu’une enquête nationale serait partiale à l’encontre de son gouvernement, et il a préconisé un nouveau mécanisme dont la portée serait définie par les responsables politiques.
Liberman demande qu’une enquête pour trahison soit ouverte contre le Premier ministre
De son côté, dans une déclaration vidéo, le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a appelé Baharav-Miara à ordonner « une enquête pénale immédiate sur le Premier ministre et ses collaborateurs pour trahison et complot ».
Il a également appelé le chef d’état-major de Tsahal, le général Eyal Zamir, à « prévenir toute tentative d’utiliser l’armée à des fins politiques dans le seul but de modifier l’agenda public à la veille des élections » du 27 octobre.
Le chef de l’opposition Yair Lapid, le numéro deux du parti BYachad, a, pour sa part, diffusé le message suivant : « La vérité qui ressort du témoignage du [général de division] Avi Gil est simple et irréfutable : Netanyahu a été averti et il n’en a pas tenu compte et depuis lors, il se dérobe à ses responsabilités, se plaignant qu’on ne l’ait pas réveillé et faisant tout ce qui est en son pouvoir pour réécrire l’Histoire. S’il reste à son poste, il y aura un autre 7 octobre, et nos enfants seront massacrés ».
Le chef du parti B’Yachad, Naftali Bennett, a estimé que « Netanyahu doit rentrer chez lui et ce dès aujourd’hui ». Il a qualifié le témoignage de Gil de « nouvelle preuve du fait que Netanyahu endosse une responsabilité personnelle et directe dans le massacre du 7 octobre ».
« Alors que nos soldats combattaient dans les localités frontalières de Gaza et que les parents se battaient pour avoir un signe de vie de leurs enfants, Netanyahu et ses collaborateurs s’employaient à modifier et à falsifier des listes et des protocoles », a-t-il déploré.
« Ce témoignage exige non seulement la mise en place d’une commission d’enquête nationale, mais aussi l’ouverture d’une enquête pénale. La nation d’Israël mérite un Premier ministre dont la mission de vie est de se battre pour ses citoyens, et non de dissimuler la vérité. Un Premier ministre qui se livrait à des manœuvres de dissimulation et à la construction d’un ‘récit’ alors que nos fils et nos filles étaient assassinés, brûlés et enlevés ne saurait rester en fonction ne serait-ce qu’une minute de plus ».
Le président du Parti HaDemocratim, Yair Golan, a qualifié les allégations de Gil de « séisme », évoquant des paroles qui ont été « parmi les plus graves jamais entendues en Israël », et il a affirmé que « la culpabilité et la responsabilité de Netanyahu dans le massacre de 1 200 personnes et l’enlèvement de 251 autres n’ont jamais été aussi évidentes. Netanyahu a commis un crime odieux contre les habitants de la zone frontalière de Gaza, contre les survivants de la captivité [du Hamas] et contre la nation israélienne dans son ensemble ».
Faisant écho à ses collègues, Golan a appelé la procureure-générale à ouvrir une enquête pénale, « avec notamment des investigations sur l’implication et sur les responsabilités de tous les responsables du cabinet du Premier ministre, jusqu’aux plus hauts échelons ». Il a ajouté que « la conservation des enregistrements, procès-verbaux et autres documents originaux doit être assurée immédiatement ».
Golan a ajouté que « les citoyens israéliens n’ont qu’une seule réponse à apporter à ces actes criminels qui ont été commis par Netanyahu et par son cabinet : les urnes. Nous les remplacerons et nous mettrons en place une commission d’enquête nationale indépendante, nous révélerons tous les faits dans leur intégralité, et nous veillerons à ce qu’aucun des responsables ne puisse échapper à la vérité quant à sa responsabilité dans la pire catastrophe de l’Histoire d’Israël ».
Les élections législatives israéliennes, les premières depuis l’attaque du Hamas, sont prévues le 27 octobre.
Face à la colère contre le Premier ministre, Elkin qualifie l’interview de Gil de « partiale »
Au beau milieu des déclarations furieuses qui ont été faites par l’opposition, le député du Likud Zeev Elkin, qui occupe un poste de ministre au sein du ministère des Finances, a contesté le contenu même de l’interview.
« Une enquête est en cours à ce sujet et je pense que nous devons attendre de voir où elle mènera », a-t-il noté devant les caméras de la chaîne publique Kan. « Il est impossible de se prononcer sur cette affaire en se basant uniquement sur le témoignage d’une seule partie, alors qu’il y a des différends sur ce qui s’est exactement passé là-bas ».
« Dès que j’y ai décelé de la mauvaise foi, j’ai eu beaucoup de mal à prendre le reste de l’interview au sérieux dans la mesure où tout ce que j’y ai vu, ce sont des déclarations qui découlaient d’une position idéologique et politique », a-t-il continué.
Lazar Berman et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.