Revirement inattendu, Yahadout HaTorah envisagerait de soutenir Eisenkot
Selon la chaîne N12, le parti ultra-orthodoxe pourrait soutenir un gouvernement minoritaire sans rejoindre la coalition ; la question de la conscription reste un obstacle majeur
Dans un revirement qui pourrait s’avérer être historique, plusieurs responsables du parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah envisageraient de soutenir un gouvernement minoritaire dirigé par Gadi Eisenkot, principal candidat de l’opposition, sans pour autant intégrer sa coalition.
Cette évolution inattendue marquerait une rupture avec l’alliance de longue date du parti avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, a rapporté jeudi la chaîne N12.
Selon le scénario envisagé, Yahadout HaTorah resterait en dehors de la coalition, mais contribuerait à maintenir un gouvernement dirigé par Eisenkot au pouvoir en s’abstenant lors des votes à la Knesset, plutôt qu’en votant contre le gouvernement ou ses projets de loi. Privé des sept sièges de Yahadout HaTorah, le bloc de Netanyahu ne disposerait plus que de 46 sièges, contre 48 pour celui d’Eisenkot, selon N12.
Eisenkot pourrait également chercher à obtenir le soutien du parti islamiste Raam, qui disposera de huit sièges à la Knesset.
Yahadout HaTorah envisagerait ce changement de cap par frustration à l’égard de Netanyahu, qui n’a toujours pas fait adopter la loi réclamée de longue date par le parti pour garantir les exemptions de service militaire aux étudiants de yeshiva.
« Nous n’obtiendrons rien de Netanyahu. Notre alliance avec lui a fait son temps, d’autant plus qu’il ne dispose plus de 61 sièges », a déclaré une source de Yahadout HaTorah à N12. « Notre intérêt est de redevenir une force décisive à la Knesset. »
Un autre responsable de Yahadout HaTorah a exprimé sa crainte de voir le parti relégué dans l’opposition en cas de formation d’un gouvernement d’union nationale. Soutenir Eisenkot permettrait d’éviter cette éventualité.
« Si un gouvernement d’union nationale est formé, nous risquons de nous retrouver dans le désert de l’opposition », a déclaré ce responsable à N12. « Ce n’est pas pour cela que nous avons été élus. »
La question de la conscription militaire reste toutefois un obstacle majeur à tout accord avec Eisenkot, qui s’est fermement opposé aux exemptions générales de service militaire pour les hommes haredim, réclamées par les partis ultra-orthodoxes.
Certains responsables de Yahadout HaTorah estiment néanmoins que les négociations pourraient aboutir à un projet de loi acceptable pour les deux camps, selon N12. Dans ce scénario, les députés ultra-orthodoxes pourraient s’opposer publiquement à la législation sans pour autant remettre en cause leur coopération avec le gouvernement, a rapporté la chaîne.
Un responsable de Yahadout HaTorah a indiqué à N12 que le parti pourrait, dans certaines circonstances, rejoindre un gouvernement dirigé par Eisenkot une fois la loi sur la conscription adoptée. Reste à savoir comment Eisenkot pourrait réunir une majorité pour faire adopter un tel texte, alors que son bloc ne dispose que d’une minorité de sièges à la Knesset.
N12 a rapporté que des discussions sur un éventuel soutien de Yahadout HaTorah se déroulent actuellement à un niveau relativement subalterne, et rien n’indique que la proposition ait été soumise à Eisenkot lui-même.
Les responsables de Yahadout HaTorah espéreraient que des discussions plus approfondies s’engagent dans les prochains jours. Le parti Yashar d’Eisenkot a refusé de commenter ces informations auprès de N12.
À l’approche des élections du 27 octobre, le député Yaakov Asher, chef de Yahadout HaTorah, avait déjà pris ses distances avec les alliances traditionnelles de son parti.
« Nous ne raisonnons pas actuellement en termes de blocs. Nous ne parlons que d’un seul bloc, le nôtre, celui de la Torah », avait déclaré Asher à N12.
Mercredi, Israel Hayom a rapporté qu’une source de Yahadout HaTorah avait indiqué au quotidien que le parti « n’excluait pas la possibilité de coopérer avec Gadi Eisenkot ».
Un haut responsable ultra-orthodoxe a également déclaré au journal que Yahadout HaTorah et Shas, le parti ultra-orthodoxe séfarade, consulteraient leurs autorités rabbiniques avant de décider quel responsable politique soutenir. Selon lui, celui qui parviendrait à faire adopter une loi exemptant les étudiants de yeshiva du service militaire pourrait obtenir le soutien des deux partis, sous réserve de l’approbation des rabbins.
Les tensions entre Yahadout HaTorah et Netanyahu se sont accentuées au fil des années. Le parti ultra-orthodoxe avait quitté la coalition sortante en juillet 2025 en raison des retards dans l’adoption de la loi visant à exempter les étudiants de yeshiva du service militaire.
En mai, le rabbin Dov Lando, chef spirituel de la faction Degel HaTorah au sein de Yahadout HaTorah, avait annoncé qu’il ne faisait plus confiance à Netanyahu. Il avait également appelé à la dissolution de la Knesset et à la tenue d’élections anticipées.
« Nous n’avons plus aucune confiance en Netanyahu. À partir de maintenant, nous ne ferons que ce qui est le mieux pour le judaïsme haredi et le monde des yeshivot », avait-il écrit dans un communiqué à l’époque. « Nous devons agir pour dissoudre la Knesset dès que possible. Le concept d’un bloc [de droite] [incluant les haredim] n’existe plus en ce qui nous concerne. »