Sacha Baron Cohen voit dans la polémique autour d’Ali G une tentative de réduire les Juifs au silence

L’humoriste britannique réagit aux appels au boycott de son nouveau film, critiqué pour l’appropriation de la culture noire par son personnage emblématique

Sacha Baron Cohen évoque le film Ali G : Who Iz I? au 92nd Street Y à New York, le 21 octobre 2026. (Crédit : Andy Kropa/Invision/AP)

L’acteur juif britannique Sacha Baron Cohen, dont le film « Ali G : Who Iz I? » sort ce vendredi, a laissé entendre que les appels au boycott de ce film, dans lequel il incarne un rappeur noir en herbe, illustraient la manière dont « les Juifs sont pris pour cible ».

« Nous vivons dans un monde où les gens ne parviennent plus à faire la distinction entre les faits et les mensonges, et j’ai consacré une grande partie de ces dernières années à essayer d’y remédier », a déclaré Baron Cohen au Hollywood Reporter dans un entretien publié cette semaine, évoquant son engagement contre le racisme sur les réseaux sociaux.

« Je ne suis donc pas surpris que des personnalités juives soient prises pour cible. Je savais que cela allait arriver. Ce qui frappe, c’est le degré d’organisation de cette campagne. Mais cela s’inscrit dans une tendance qui vise à présenter les Juifs d’une certaine manière et à tenter de les réduire au silence », a-t-il déclaré.

Baron Cohen, qui a vécu en Israël pendant son adolescence et parle couramment l’hébreu, a également rejeté l’idée, avancée par le journaliste qui l’interrogeait, selon laquelle les appels au boycott de son nouveau film seraient liés à sa « position pro-Israël ».

« Je n’ai rien dit sur Israël », a rétorqué Baron Cohen, qui a appelé à la libération des otages israéliens à la suite du pogrom du 7-Octobre perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas.

Interrogé sur les éventuelles répercussions de la montée de l’antisémitisme dans le monde depuis le 7-Octobre sur sa propre carrière, Baron Cohen a répondu « Non, pas vraiment. C’est peut-être parce que je ne fais pas grand-chose, mais je n’ai pas remarqué de différence ».

Lors d’une intervention publique distincte destinée à promouvoir son film, Baron Cohen a révélé que les producteurs de la mini-série Ironheart, sortie en 2025 dans l’univers cinématographique Marvel, avaient été réticents à lui confier le rôle de Méphisto, un personnage diabolique, en raison des représentations antisémites associant historiquement les Juifs au diable.

« Ils m’ont dit, ‘Nous aimerions vous proposer le rôle de Méphisto, mais nous sommes conscients de l’association négative qui a historiquement été faite entre les Juifs et le diable, et nous voulons nous assurer que cette proposition ne vous offense pas.’ » a raconté Baron Cohen lors de l’enregistrement public du podcast Happy Sad Confused, à New York. « C’était incroyablement attentionné et plein d’empathie. Et j’ai répondu ‘Oui, c’est bon.’ »

À 55 ans, Baron Cohen retrouve Ali G à l’écran pour la première fois depuis plus de vingt ans. Dans ce nouveau film, il piège une nouvelle série de personnes qui ignorent qu’elles participent à une mise en scène. Le film, distribué par Amazon, le voit également reprendre le rôle du colonel Erran Morad, un ancien agent du Mossad spécialisé dans la lutte antiterroriste, qu’il avait créé pour sa série parodique Who Is America?, diffusée en 2018.

Parmi les personnes piégées cette fois-ci figure Michael Aboud, dirigeant du Parti républicain dans le comté d’El Paso dans le Texas, qui a menacé de porter plainte contre Baron Cohen, après avoir été filmé en train de tirer des balles avec ses fesses et de jeter ce qu’il croyait être un bébé depuis un hélicoptère, au cours d’une mission fictive dirigée par Morad visant à empêcher la naissance d’un enfant d’immigrant sur le sol américain.

Baron Cohen avait déjà provoqué des controverses avec ses comédies tournées en caméra cachée, dans lesquelles il incarne des personnages volontairement outranciers, tels que le journaliste kazakh antisémite Borat Sagdiyev et le reporter de mode autrichien ouvertement homosexuel Brüno Gerhard.

Sacha Baron Cohen, à droite, dans le rôle de l’expert militaire israélien Erran Morad, face à Roy Moore, candidat défait aux élections sénatoriales en Alabama, dans un épisode de Who Is America ? diffusé le 29 juillet 2018. (Crédit : Capture d’écran/YouTube)

Le personnage d’Ali G est connu pour ses tenues inspirées des clichés de la culture urbaine, son imitation d’un patois jamaïcain et sa réplique fétiche, qu’il lance dès qu’il se sent offensé, « C’est parce que je suis black ? »

Dans une opinion publiée cette semaine dans le Time Magazine, en réponse aux appels au boycott, Baron Cohen a décrit son personnage comme « un imbécile blanc, un homme qui s’approprie la culture noire en plein délire et vole les vêtements et les paroles des chansons de ses idoles du gangsta rap et du dancehall, de Compton à Kingston ».

Ce personnage a contribué à propulser Cohen vers la célébrité à la fin des années 1990 et au début des années 2000, mais il fait depuis longtemps l’objet de critiques pour son appropriation présumée de la culture noire. Ces accusations sont aujourd’hui au cœur de la polémique entourant le nouveau film.

Avant sa sortie, le site de veille des médias NewsCord a lancé une campagne de courriels exigeant des chaînes de cinémas qu’elles refusent de projeter Ali G : Who Iz I ?, en raison du « langage discriminatoire » du personnage, décrit comme une « caricature persistante de la culture de rue noire britannique par un humoriste blanc ».

D’autres internautes ont également appelé au boycott, sans qu’il soit possible de déterminer si cette mobilisation a pris une ampleur significative.

Jonathan Greenblatt, directeur de l’Anti-Defamation League (ADL), a vivement condamné ces appels au boycott.

« Aucun artiste ne devrait subir de pressions, être mis sur liste noire ou réduit au silence en raison de son identité juive. Et les artistes juifs ne devraient pas être soumis à des tests idéologiques », a écrit jeudi Greenblatt sur X.

L’ADL, organisation de lutte contre l’antisémitisme et de défense d’Israël, figure parmi les associations avec lesquelles Baron Cohen a collaboré en 2020 pour créer Stop Hate for Profit, une initiative destinée à faire pression sur les plateformes de réseaux sociaux afin qu’elles suppriment les contenus racistes et les comptes qui les diffusent.

« Dans un monde où les mensonges se propagent plus vite que les faits, ce travail est plus important que jamais », a écrit Greenblatt.

Dans sa tribune publiée dans le Time, Baron Cohen a également défendu sa démarche artistique.

« Toute ma vie, j’ai combattu l’intolérance et l’injustice et j’ai travaillé aux côtés d’organisations de défense des droits civiques. Je ne me reconnais donc pas dans les portraits déformés de moi-même qui circulent parfois sur les réseaux sociaux, où l’on m’assimile aux fanatiques dont je me moque », a-t-il écrit.

« J’ai toujours conçu mes personnages et mon humour comme des moyens de dénoncer les préjugés, les partis pris et la bêtise, même si je sais que tout le monde ne les perçoit pas de cette façon », a ajouté Baron Cohen.

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