Se lançant en politique, un ex-général fustige 3 ans de guerre sans « résultat décisif »
Ofer Winter, ancien commandant controversé et partisan de la ligne dure – qui s’apprête à lancer un nouveau parti politique – accuse le gouvernement actuel de rester ancré dans la mentalité pré-7-Octobre
L’ancien général de l’armée israélienne Ofer Winter, partisan d’une ligne dure et qui s’apprête à lancer un nouveau parti la semaine prochaine, a diffusé jeudi une vidéo dans laquelle il a âprement critiqué la guerre qui est actuellement menée par Israël sur plusieurs fronts, la qualifiant d’indécise, appelant à un changement de la politique de sécurité israélienne.
« Depuis trois ans, une guerre fait rage ici qui, malgré d’importantes avancées, n’a abouti à aucun résultat décisif sur aucun front », dit Winter dans la séquence, où il appelle à passer « de la réactivité et des cycles [de conflit] à l’initiative, à la détermination et à la victoire ».
L’ancien général, qui fait partie des nombreuses personnalités qui lancent des partis destinés à l’électorat de droite déçu par l’actuel gouvernement conservateur, a dénoncé le service de réserve interminable auquel de très nombreux Israéliens ont été soumis ces trois dernières années à Gaza, au Liban, en Cisjordanie et en Syrie. Il a ajouté : « On ne peut pas envoyer des soldats dans une guerre de trois ans sans mener cette dernière à la victoire ».
Tout en fustigeant la politique du gouvernement, il a toutefois apporté son soutien à une ligne défendue par certains de ses membres d’extrême droite les plus en vue, affirmant : « Il n’y aura pas de résultat décisif sans une émigration massive des Gazaouis ».
Les experts des droits de l’Homme ont souligné qu’encourager toute migration de Palestiniens de Gaza serait considéré de facto comme une forme de nettoyage ethnique, et les efforts livrés par le gouvernement pour faire avancer une telle initiative se sont heurtés à des obstacles répétés.
Winter a toutefois affirmé qu’il « ferait tout ce qui est en son pouvoir pour insister sur ce point. C’est une occasion historique qui ne se représentera peut-être jamais ».
L’ancien général a fait valoir que l’approche stratégique et sécuritaire erronée qui avait ouvert la porte au pogrom qui avait été commis par le Hamas, le 7 octobre 2023, « est toujours d’actualité, et nous devons mettre fin à cette façon de penser dès maintenant ».
« Je crois donc que nous pouvons obtenir un résultat décisif — non pas les uns contre les autres, mais contre l’ennemi », a-t-il conclu.
Winter a annoncé qu’il lancerait son parti – dont le nom n’a pas encore été dévoilé – lors d’un événement qui se tiendra mardi à Jérusalem, rejoignant ainsi un champ déjà très encombré de nouvelles formations qui vont du centre-droit à la droite et qui se positionnent comme une alternative aux partis de l’actuelle coalition au pouvoir.
Il fait partie des personnalités les plus controversées à tenter leur chance sur la scène politique en vue des élections du 27 octobre, après une longue carrière militaire qui a été marquée par de multiples scandales.
Il a été libéré de ses fonctions militaires en 2024 après avoir été écarté d’une promotion.
Winter avait fait l’objet de vives critiques pendant la guerre de Gaza de 2014 pour une lettre adressée à ses subordonnés dans laquelle il décrivait l’opération comme une guerre religieuse contre un ennemi « blasphématoire ».
L’ancien commandant de la brigade Givati avait ensuite été accusé d’avoir transmis des informations sensibles concernant l’effort de guerre à Naftali Bennett, alors ministre de l’Économie, considéré à l’époque comme appartenant à la droite radicale, en contournant la chaîne de commandement habituelle.
Winter avait également commandé les forces lors de la sanglante bataille du « Vendredi noir » dans la ville de Rafah, au sud de Gaza, le 1er août 2014. Les combats qui s’y étaient déroulés sont depuis devenus un sujet qui se trouve au cœur d’un rapport des Nations unies sur la guerre, avec des accusations de crimes de guerre. Dans le cadre de sa propre enquête, l’armée israélienne avait identifié des défaillances dans la conduite de la bataille, mais aucun acte criminel.
Sa promotion au grade de général de division lui avait finalement été refusée, ce qui avait suscité la colère de nombreux partisans de la droite, avant qu’il ne soit démobilisé de l’armée.
Le parti de Winter serait composé de candidats religieux et laïques, tous novices en politique et non « entachés » par les échecs liés à l’attaque sanglante du 7 octobre 2023, ni par les exemptions militaires générales accordées depuis des décennies aux hommes ultra-orthodoxes.
Des informations parues ces derniers jours ont indiqué que le Premier ministre Benjamin Netanyahu exhortait Winter à fusionner avec le parti d’extrême droite HaTzionout HaDatit, ce à quoi l’ancien général s’opposerait fermement.
Winter aurait également été en contact avec Gilad Erdan, un ancien ministre du Likud de Netanyahu qui dirige désormais le nouveau parti « Unité » mais il aurait exclu toute alliance avec lui, préférant s’associer uniquement à des nouveaux venus en politique.
La chaîne d’information N12 a rapporté cette semaine que Winter était en pourparlers avec l’influenceur arabe israélien de droite Yoseph Haddad, qui a récemment enregistré un parti sous le nom de « Brave Israel », ainsi qu’avec Laly Derai, la mère du sergent-chef Saadia Derai, soldat franco-israélien de l’armée israélienne tué au combat, afin qu’ils rejoignent son parti.
Sam Sokol, Emanuel Fabian et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.