Selon l’AIEA, l’essentiel de l’uranium enrichi de l’Iran n’a pas été endommagé par Israël

Grossi a déclaré que près de 400 kilogrammes d'uranium enrichi à 60 % étaient stockés dans les installations endommagées, sans moyen d'y accéder sans la coopération de Téhéran

Diverses machines à centrifuger alignées dans un hall de l'installation d'enrichissement d'uranium de Natanz, en Iran, sur une photo diffusée le 17 avril 2021. (Crédit : Capture d'écran/Islamic Republic Iran Broadcasting-IRIB/AP)

Le chef de l’organisme de surveillance nucléaire de l’ONU a fait savoir, la semaine passée, que ses services estimaient que la majeure partie de l’uranium enrichi iranien était intacte malgré les 12 jours de guerre entre l’Iran et Israël, en juin dernier, et qu’elle était toujours stockée à l’intérieur des installations nucléaires endommagées.

Rafael Grossi, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, a déclaré au journal suisse Neue Zürcher Zeitung, dans le cadre d’une interview publiée le 18 octobre dernier, que les conclusions de ses services suggéraient que « la majorité » de l’uranium enrichi à 60 % de l’Iran se trouvait toujours « dans les installations nucléaires d’Ispahan et Fordo, plus une partie à Natanz ».

Il a estimé qu’au total, l’Iran possédait encore près de 400 kilos d’uranium enrichi à 60 %.

Selon une information confidentielle de l’AIEA du mois dernier, on avait appris qu’au 13 juin, l’Iran disposait de 440,9 kilos d’uranium enrichi à 60 %. Dans la mesure où Grossi a déclaré à la Neue Zürcher Zeitung que la République islamique disposait encore de près de 400 kilos, il semblerait que la grande partie du stock d’uranium enrichi n’ait pas été endommagée par la guerre.

En juin dernier, Israël a bombardé les installations nucléaires d’Ispahan et Natanz pendant les 12 jours de guerre contre l’Iran, sans compter les frappes des États-Unis sur ces deux infrastructures et celle, souterraine et difficile d’accès, de Fordo, qu’Israël ne pouvait bombarder seule.

Les trois installations ont été « massivement endommagées » lors des frappes, a déclaré Grossi à la Neue Zürcher Zeitung , ce qui signifie que l’AIEA ne pourrait y accéder, comme pour l’uranium enrichi qu’elle contient, qu’avec « la pleine coopération de l’Iran ».

« Ce qui n’arrivera que si l’Iran l’estime dans son intérêt », a-t-il précisé.

Le président américain Donald Trump a déclaré à plusieurs reprises que les installations nucléaires de l’Iran avaient été anéanties lors de cette guerre.

Un article publié sur le site Internet de la Maison-Blanche le 26 juin 2025 indique d’ailleurs que « des autorités de régulation du nucléaire aux experts de politique étrangère en passant par les membres de la communauté du renseignement, toutes les personnes bien informées s’accordent à dire que le président Donald J. Trump a anéanti les installations nucléaires de l’Iran ».

Israël a estimé que cette guerre avait fait prendre un retard de « plusieurs années » au programme iranien, sans jamais se montrer définitif dans son évaluation officielle du sort de l’uranium enrichi de l’Iran.

Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, s’exprime lors d’une interview à New York, le 22 septembre 2025, à Washington, DC. (Photo : Aron RANEN / AFP)

Même si l’AIEA croit savoir où se trouve l’uranium, M. Grossi a déclaré que le manque de coopération de l’Iran laissait d’importantes questions sans réponse.

« Aurons-nous accès à cet uranium ? Et qu’adviendra-t-il alors ? L’Iran voudra-t-il le conserver, réduira-t-il à nouveau ses niveaux d’enrichissement ou déplacera-t-il cet uranium à l’étranger ? « Il y a beaucoup de possibilités. »

L’Iran a mis fin à sa coopération avec l’AIEA à la suite de la guerre contre Israël, accusant l’agence de ne pas avoir suffisamment condamné les bombardements israéliens. Téhéran et l’AIEA ont convenu d’un nouveau cadre de coopération, qui limite l’accès aux installations nucléaires aux inspecteurs nucléaires de l’ONU sur approbation de l’organe de sécurité iranien.

Néanmoins, Grossi a déclaré à la Neue Zürcher Zeitung qu’il n’excluait pas la possibilité d’une amélioration de la coopération, étant donné que l’Iran ne s’est pas retiré du Traité de non-prolifération nucléaire et se montrer toujours ouvert à la recherche d’une solution diplomatique en ce qui concerne les différends issus de son programme nucléaire.

Il a appelé l’Iran à reprendre les négociations en vue d’un nouvel accord nucléaire, suspendues lorsqu’Israël a lancé son attaque surprise contre les capacités nucléaires et balistiques de Téhéran, le 13 juin dernier.

« S’asseoir ensemble à la table des négociations nous éviterait le risque de nouveaux bombardements et attaques », a-t-il déclaré.

L’estimation de l’AIEA selon laquelle la majeure partie de l’uranium enrichi iranien se trouverait encore dans les installations nucléaires endommagées est partagée par Téhéran, dont le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré le mois dernier que les matières nucléaires enrichies se trouvaient « sous les décombres » des installations endommagées par les frappes israéliennes.

L’Iran, qui cherche ouvertement la destruction d’Israël, nie tenter d’obtenir des armes nucléaires, alors même qu’il enrichit l’uranium à des niveaux sans application pacifique, empêche les inspecteurs étrangers de surveiller ses installations nucléaires et s’est doté de capacités balistiques renforcées.

La République islamique a par ailleurs pris des mesures en faveur de l’armement peu de temps avant qu’Israël ne lance son opération militaire contre le programme en juin, selon Jérusalem.

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