Selon les experts, le retrait des mines iraniennes dans le détroit d’Ormuz pourrait prendre plusieurs semaines

Même avec des dragueurs de mines classiques et des drones sous-marins de pointe, il faudra du temps avant que les compagnies d'assurance, les armateurs et les groupes pétroliers acceptent d'emprunter ce passage

Le personnel de la Royal Navy britannique inspecte des véhicules autonomes équipés de capteurs sonars capables de détecter et identifier des mines, sur le RFA Lyme Bay, dans le territoire britannique d'outre-mer de Gibraltar, le 22 mai 2026. (Photo AP/Kwiyeon Ha)

Selon des sources des secteurs du transport et de la sécurité maritime, la sécurisation du détroit d’Ormuz contre les mines pourrait retarder de plusieurs semaines le retour à la normale du transit, même une fois qu’un un accord sur la réouverture de cette voie navigable aura été dûment conclu.

D’après les estimations de cinq sources occidentales spécialisées dans la sécurité maritime, les opérations menées par des dragueurs de mines conventionnels et des drones sous-marins de pointe pourraient durer entre 40 et 50 jours. Il faudra attendre ce délai avant que de nombreuses compagnies d’assurance, de transport maritime ou pétrolières s’estiment suffisamment en sécurité pour transiter dans le détroit.

Ce qui pourrait potentiellement bloquer des dizaines de millions de barils de pétrole, en plus de l’approvisionnement en pétrole provenant du Golfe qui est déjà interrompu depuis que les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran le 28 février, conformément à des estimations basées sur les flux d’avant-guerre.

Chaque baril exporté du Golfe revêt une importance cruciale, alors même que les stocks des plus grandes économies mondiales pourraient atteindre leur niveau le plus bas depuis au moins 2003, selon une analyse publiée la semaine dernière par l’Agence américaine d’information sur l’énergie.

Même si l’Iran et les États-Unis, ces dernières semaines, ont discrètement aidé des navires à franchir le détroit alors fermé, les responsables du secteur maritime ont continué à prôner la prudence après que Washington et Téhéran ont annoncé, dans la soirée de dimanche, être parvenus à un accord préliminaire visant à mettre fin à leur conflit et à rouvrir le détroit.

« Nous considérons qu’il est encore très risqué pour les navires d’entamer leur transit à ce stade », a indiqué Jakob Larsen, directeur de la sûreté et de la sécurité de l’association maritime BIMCO. « La menace des mines dans la zone reste une source de préoccupation immédiate et à plus long terme. Il est nécessaire de mettre en place des routes exemptes de mines. »

Des garanties attendues par les transporteurs

On ignore combien de mines l’Iran a déposées dans ce détroit, par lequel transitaient avant la guerre 20 % de l’approvisionnement quotidien mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié.

L’Iran, qui a cherché à affirmer son contrôle sur ce passage maritime pendant le conflit, a menacé de déployer des mines sous-marines. Mais Téhéran n’a pas précisé si ses forces les avaient effectivement posées.

Des véhicules autonomes équipés de capteurs sonar capables de détecter et d’identifier des mines seront bientôt déployés à bord du RFA Lyme Bay, dans le territoire britannique d’outre-mer de Gibraltar, le 22 mai 2026. (Crédit : AP Photo/Kwiyeon Ha)

 

Les États-Unis, pour leur part, ont indiqué les risques liés aux mines. Ils affirment avoir pris pour cible plusieurs navires iraniens chargés de leur pose.

Le 2 juin, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré lors d’une audition devant la commission des relations étrangères du Sénat que l’Iran avait « installé des mines sur de larges portions du détroit d’Ormuz, en eaux internationales » – sans toutefois donner plus de détails.

Dans une note datée du 11 juin, la marine allemande, citant des informations provenant des marines américaine et britannique, a annoncé que des mines avaient été repérées dans quatre zones du détroit, ajoutant néanmoins que l’Allemagne n’était pas en mesure de vérifier l’emplacement exact de ces dispositifs.

Des navires à l’ancrage dans le détroit d’Ormuz, au large de la ville portuaire de Khasab, sur la péninsule de Musandam, au nord d’Oman, le 17 mai 2026. (Crédit : AFP)

La simple possibilité de la présence de mines pourrait dissuader les compagnies.

Un superpétrolier et sa cargaison de brut valent environ 300 millions de dollars. Les assureurs de risques de guerre, les compagnies pétrolières et les armateurs auront donc besoin de garanties quant à la sécurité du passage avant de tenter de franchir le détroit, ont fait remarquer des responsables du secteur maritime.

« Une seule mine marine suffit pour entraîner des pertes humaines », a expliqué Rene Kofod-Olsen, PDG de V.Group, l’un des principaux spécialistes mondiaux de la gestion technique des navires et des équipages, et dont 13 navires sont bloqués dans le golfe.

« C’est évidemment un problème considérable pour le transport maritime mondial », a-t-il ajouté.

Le trafic maritime reste faible

Interrogé la semaine dernière sur le nombre de mines posées et sur leur emplacement, un porte-parole du Commandement central de l’armée américaine (CENTCOM) a répondu être dans l’impossibilité de communiquer publiquement des éléments précis pour des raisons de sécurité opérationnelle.

« Les efforts déployés par l’armée américaine pour garantir que le détroit d’Ormuz soit entièrement débarrassé des mines marines posées par le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien se poursuivent », a-t-il affirmé.

La Maison Blanche n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Le 30 mai, le Centre de sécurité maritime d’Oman a exhorté les marins naviguant de son côté du détroit à faire preuve de prudence, après avoir signalé l’observation d’un « objet soupçonné d’être une mine flottante ».

Le ministère de l’Information d’Oman n’a pas encore répondu à nos demandes de commentaires.

Sur cette photo obtenue auprès de l’agence de presse iranienne ISNA le 4 mai 2026, on voit deux hommes assis dans une barque en train de pêcher près d’un navire ancré dans le détroit d’Ormuz, au large de Bandar Abbas, dans le sud de l’Iran. (Crédit : Amirhossein KHORGOOEI / ISNA / AFP)

Alors que l’Iran et les États-Unis négociaient un accord préliminaire pour mettre fin au conflit, les deux parties ont autorisé certains navires à quitter le détroit.

La semaine dernière, le président américain Donald Trump a annoncé que les États-Unis avaient fait sortir des millions de barils de pétrole. En mai, Reuters avait par ailleurs rapporté que certains États avaient conclu des accords avec Téhéran visant à garantir le passage des navires.

Ces dernières semaines, le nombre de navires transitant par le détroit a augmenté pour atteindre en moyenne 12 à 15 navires par jour, selon des données maritimes vérifiables une fois ces navires repérés après leur sortie du détroit. Mais ce chiffre ne représentait qu’une infime partie des 120 à 140 navires qui empruntaient quotidiennement ce passage avant la guerre.

La menace des mines

En mars, avant la conclusion du fragile cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, le Conseil de défense nationale iranien avait fait savoir que toute tentative de « l’ennemi » visant les côtes ou les îles iraniennes entraînerait le minage des voies d’accès et de communication dans tout le Golfe, d’après l’agence de presse semi-officielle iranienne Fars.

Ces mesures, avait-il précisé, pouvaient inclure différents types de mines marines, notamment des mines flottantes à lancer depuis le rivage.

Le ministère iranien des Affaires étrangères n’a pas répondu à notre demande de commentaires.

La Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne ont toutes dépêché des navires de guerre et des dragueurs de mines au Moyen-Orient, dans la perspective d’une éventuelle opération de déminage.

Les forces du Commandement central des États-Unis commençant à préparer le terrain pour le déminage du détroit d’Ormuz, le 11 avril 2026. (Crédit : CENTCOM)

Selon Corey Ranslem, directeur général du groupe de sécurité maritime Dryad Global, même après les frappes américaines visant à détruire les capacités militaires iraniennes, notamment les navires poseurs de mines et les stocks correspondants, Téhéran disposerait encore, aisi que le rapportent des estimations, de près de 1 000 mines navales.

« Si un champ de mines est détecté, il faudra potentiellement des semaines, voire des mois, pour le neutraliser », a-t-il expliqué.

Arsenio Dominguez, directeur de l’agence des Nations unies chargée du transport maritime, a salué lundi l’accord visant à rouvrir le détroit d’Ormuz, qu’il a qualifié d’ »étape importante vers le rétablissement de la sécurité dans ce couloir maritime stratégique pour les marins et les navires ».

« Sa mise en œuvre prendra néanmoins du temps, afin de s’assurer que toutes les garanties de sécurité nécessaires sont en place », a-t-il ajouté.

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