Selon l’Iran, l’appel de Ben Gvir à « brûler tout le Liban » prouve les intentions « génocidaires » d’Israël

Les propos du ministre israélien sont condamnés à l'international : Netanyahu et Saar restent muets ; Bennett traite Ben Gvir de « clown » sans influence militaire

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s'adressant à la presse avant la réunion hebdomadaire du groupe parlementaire de son parti, Otzma Yehudit, à la Knesset, le 25 mai 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’appel du ministre de la Sécurité intérieure et politicien d’extrême droite, Itamar Ben Gvir, « à brûler tout le Liban » lui a valu la condamnation de la communauté internationale, l’Iran y voyant la preuve qu’Israël a un « culte de la mort génocidaire » et veut la « guerre perpétuelle ».

En Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’a dit mot, pas plus que son ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, suite à cette provocation, tandis que l’ex-Premier ministre Naftali Bennett a tenté d’apaiser les tensions en disant du ministre ultra-nationaliste qu’il était un « clown » dépourvue de toute influence réelle sur la politique.

C’est sur X que Ben Gvir avait tenu ces propos, vendredi, après que l’armée israélienne a annoncé la mort de quatre soldats dans le sud-Liban, là où Tsahal lutte contre le groupe terroriste Hezbollah soutenu par l’Iran.

« Il faut brûler tout le Liban ! » avait écrit Ben Gvir sur son fil X.

« Pour chacune des larmes d’une mère israélienne, il faut que mille mères libanaises pleurent à leur tour », a-t-il écrit en ajoutant le répéter depuis longtemps à Netanyahu lors de leurs réunions.

« Notre devoir suprême est de protéger les citoyens israéliens et les soldats de Tsahal, et ce devoir passe avant toute autre considération. »

« Avec tout le respect que je dois aux Américains, Israël doit faire comprendre au monde entier que le sang de nos fils et la sécurité de nos concitoyens ne sont pas à négocier. Il faut entièrement brûler le Liban », a dit Ben Gvir avant d’ajouter qu’au Moyen-Orient, les guerres ne se gagnaient pas à coups de réponses « mesurées et contraintes ».

« On devient fou furieux. Pour écraser. Écraser le terrorisme », a-t-il ajouté.

Peu de temps avant l’intervention de Ben Gvir, Israël et le Hezbollah s’étaient accordés sur un cessez-le-feu destiné à mettre un terme aux mois d’hostilités ouverts par le groupe terroriste, lors d’attaques sur le nord d’Israël en soutien à l’Iran.

L’Iran a insisté pour que le Liban soit inclus dans les conditions du cessez-le-feu conclu entre Téhéran et Washington la semaine dernière, mais bien que la fin des combats au Liban figure effectivement dans le protocole d’accord, des affrontements ont eu lieu dans le sud-Liban, même après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, vendredi, entre Israël et le Hezbollah. Un soldat a été tué et plus d’une dizaine, blessés, samedi. Des dizaines de Libanais auraient été tues lors de frappes israéliennes sur le Hezbollah ces tout derniers jours.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, au centre, arrive au complexe de Burgenstock à Obbuergen, près de Lucerne, en Suisse, tôt le 21 juin 2026. (Urs Flueeler/Keystone, Pool via AP)

L’Iran s’est emparé des propos de Ben Gvir, en lesquels il voit la preuve des intentions d’Israël au Liban.

Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a ainsi publié une capture d’écran du post de Ben Gvir, en mentionnant le président américain Donald Trump et le vice-président américain JD Vance, accusant Israël de vouloir, selon lui, la « guerre perpétuelle ».

« Ce n’est pas la tirade isolée d’un fou génocidaire. Il s’agit d’une declaration officielle du ministre de la sécurité intérieure du régime israélien. Le culte génocidaire de Tel Aviv est une menace pour l’humanité toute entière. Il menace l’ensemble des êtres humains. Seul l’intéresse la guerre perpétuelle», a écrit Araghchi sur X.

Les alliés d’Israël ont eux aussi condamné ces propos.

La Secrétaire de l’Intérieur britannique, Yvette Cooper, a dénoncé les propos de Ben Gvir, appelant Israël et le Hezbollah « à se conformer au cessez-le-feu convenu, et s’assurer que tous les civils soient protégés ».

La plateforme de réseaux sociaux X a signalé le post de Ben Gvir, constituant selon elle une infraction à ses règles de fonctionnement.

« Ce post enfreint les Règles de X », a-t-elle écrit dans un message dissimulant le post original. « Toutefois, X estime qu’il est dans l’intérêt du public de continuer à voir le Post en question. »

Les utilisateurs de X peuvent en effet toujours voir le post.

Ni Netanyahu ni Saar n’ont réagi : tous deux ont déjà reproché à Ben Gvir ses provocations, lesquelles n’ont pas manqué d’attirer l’attention à l’échelle internationale.

Bennett, qui espère battre Netanyahu aux prochaines élections, en octobre, a souligné que Ben Gvir était un « clown » qu’il fallait ignorer. Il a par ailleurs défendu les opérations israéliennes au Liban.

Bennett a ainsi répondu au commentateur et personnalité des médias britannique Piers Morgan, qui avait écrit sur X : « Comment est-il encore possible de soutenir ce gouvernement israélien, qui compte dans ses rangs des monstres psychopathes comme Ben Gvir, qui prône le génocide au Liban ? C’est répugnant. », « Ne prêtez aucune attention à Ben Gvir ». « C’est un clown qui ne représente ni les valeurs d’Israël ni ses actions. Il ne fait que dire des âneries. »

Par la suite, toujours sur X, Bennett a redit de Ben Gvir qu’il était un « clown bruyant et incompétent » et qu’il « n’était pas le chef de l’armée israélienne ».

Le chef du parti « Ensemble » et ancien Premier ministre Naftali Bennett s’exprime lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 15 juin 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

La semaine passée, Vance s’en était pris à Ben Gvir et à son collègue ministre des Finances, le politicien d’extrême droite Bezalel Smotrich, en raison de leur opposition au protocole d’accord conclu avec l’Iran, les accusant de manquer de gratitude envers l’aide américaine.

Dimanche, Vance est arrivé en Suisse pour ce qu’il estime être quelques jours de discussions sur la mise en œuvre de l’accord entre les Etats-Unis et l’Iran pour mettre un terme à la guerre.

C’est loin d’être la première fois que Ben Gvir attire l’attention du fait de ses provocations. Le mois dernier, il avait provoqué un tollé international en publiant une vidéo de lui en train de parader et d’humilier des dizaines d’activistes de la flottille de Gaza, ligotés et agenouillés. Ces activistes avaient été interpelés par Israël après avoir arraisonné leur navire, lequel visait à briser le blocus naval sur Gaza. Netanyahu et Saar avaient eux aussi condamné cette vidéo.

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