Selon un proche de Trump, les États-Unis songeraient à accorder l’asile aux Juifs britanniques

Robert Garson, l''avocat britannique - et juif - du président américain estime que le Royaume-Uni n'est plus sûr et que Trump est prêt à accueillir les Juifs 'persécutés' ; Le Département d'État n'a pas réagi

Illustration : Des membres de la communauté juive britannique tiennent des pancartes avec la photo des victimes de la fusillade survenue à Bondi Beach, à Sydney, lors d'une fête pour Hanoucca, à Trafalgar Square, à Londres, le 16 décembre 2025. (Photo AP/Kin Cheung)

L’administration Trump pourrait envisager d’accorder l’asile aux Juifs britanniques, a déclaré l’avocat personnel de Trump en estimant que « le Royaume-Uni n’est plus un endroit sûr pour les Juifs ».

Avocat juif originaire de Manchester, en Angleterre, Robert Garson a acquis une grande influence au sein de l’administration Trump.

Dans une interview pour le Telegraph publiée dimanche dernier, il a revendiqué la paternité de cette proposition qu’il aurait faite au Département d’État et dont il dit qu’elle a été bien accueillie malgré l’attitude anti-immigration de l’administration Trump.

« J’ai parlé au Département d’État pour savoir si le président devait offrir l’asile aux Juifs britanniques », a-t-il indiqué.

Le Département d’État américain n’a pas répondu à la demande de commentaire sur cet entretien, et l’administration n’a donné aucune indication d’un quelconque projet de statut de réfugié pour les Juifs britanniques.

« Je me suis dit : Les Juifs sont persécutés au Royaume-Uni », a déclaré Garson. Ils seraient un formidable apport pour les États-Unis. Ils sont, dans l’ensemble, instruits. Ils parlent anglais depuis la naissance. Ils ont des entreprises. C’est typiquement le genre d’immigrés que les États-Unis souhaitent attirer. Alors, pourquoi pas ? »

Garson a expliqué que son opinion au sujet de l’avenir des Juifs de Grande-Bretagne s’était assombrie après l’attentat terroriste contre une synagogue de sa ville natale, l’an dernier. A Yom Kippour, deux personnes ont en effet été tuées à la congrégation hébraïque de Heaton Park, à Manchester, par un homme qui a foncé dans la foule avec son véhicule avant de poignarder des passants.

En octobre dernier, la Maison-Blanche a annoncé la limitation à 7 500 du nombre des réfugiés admis aux États-Unis en 2026, destinés pour l’essentiel aux Sud-Africains blancs. Ce chiffre est en très forte baisse par rapport au plafond de 125 000 réfugiés fixé par l’ex-président Joe Biden en 2024.

Robert Garson, au centre de la photo, dans le Bureau ovale avec le président américain Donald Trump, le 10 novembre 2025, à Washington, DC. (Anna Moneymaker / GETTY IMAGES AMÉRIQUE DU NORD / Getty Images via AFP)

Le privilège accordé aux Sud-Africains blancs par cette administration a été très critiqué en Afrique du Sud, à commencer par les Juifs. D’ailleurs, le grand rabbin d’Afrique du Sud, Warren Goldstein, pourtant fervent partisan de Trump, a qualifié cette décision d’« erreur ».

Garson a été engagé par Trump en 2022 pour porter plainte contre le journaliste d’investigation Bob Woodward et lui réclamer 50 millions de dollars au sujet de la publication par Woodward d’interviews de Trump en livre audio. (La plainte a été classée sans suites en juillet dernier.)

Le fils du président, Donald Trump Jr., l’a par ailleurs engagé pour sa maison d’édition, Winning Team Publishing, qui publie les ouvrages du président mais aussi ceux de Charlie Kirk et d’autres conservateurs connus.

En mai dernier, Garson a été nommé au Conseil d’administration du United States Holocaust Memorial Council. Il est l’un des alliés de Trump nommés par lui pour succéder aux membres nommés par Biden, à commencer par Doug Emhoff, le mari juif de l’ex-vice-présidente Kamala Harris.

La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, avait alors déclaré : « Le président Trump se réjouit de nommer de nouvelles personnes qui continueront non seulement à honorer la mémoire de ceux qui ont péri pendant la Shoah mais qui sont aussi des soutiens inébranlables de l’État d’Israël. »

Des Juifs orthodoxes marchant près du lieu d’une attaque terroriste meurtrière à la synagogue Heaton Park Hebrew Congregation, à Crumpsall, Manchester, Angleterre, le 2 octobre 2025. (Crédit : Ian Hodgson/AP)

Garson s’est installé à New York en 2008 et vit désormais en Floride, où il est chef de la sécurité armée de sa synagogue. Après l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, Garson est devenu instructeur agréé par la National Rifle Association (NRA) et s’est proposé de former tous les Juifs qui le souhaitent.

Il estime que « s’il y avait eu 6 millions d’armes dans 6 millions de mains juives, il y aurait eu 6 millions de morts de moins » pendant la Shoah, a-t-il déclaré au Telegraph.

Garson explique les risques encourus par les Juifs britanniques en raison du Premier ministre Keir Starmer, auquel il reproche d’avoir « laissé un antisémitisme endémique se répandre dans la société, de la main de personnes qui n’ont pas à cœur les intérêts britanniques. »

Garson s’est dit particulièrement inquiet de l’influence des immigrants musulmans en Angleterre, affirmant que les citoyens britanniques non juifs verraient sous peu apparaitre des « zones d’application de la charia » avant d’ajouter « Ils s’attaquent aux Juifs ; ensuite ils s’en prendront à vos pubs. »

Certaines organisations juives britanniques infirment l’idée que les Juifs britanniques souhaitent partir pour les États-Unis. Le Community Security Trust (CST), un organisme de surveillance de l’antisémitisme, a déclaré à Haaretz que « des Juifs ont été assassinés par des terroristes haineux aux États-Unis et au Royaume-Uni » l’an dernier, preuve selon lui que ce n’est en rien un lieu plus sûr.

David Aaronovitch, journaliste et animateur britannique, s’est lui aussi insurgé contre la proposition de Garson dans une tribune de Jewish News adressée à Trump.

« Les Juifs britanniques ne seraient pas plus en sécurité aux États-Unis, pour la simple raison que personne ne l’est », a déclaré Aaronovitch. « Le taux d’homicides dans votre pays est six fois supérieur à ici ; en fait, dans le nouveau quartier de M. Garson, le comté de Miami-Dade, c’est plus de 20 fois celui de Londres. »

Le roi Charles III de Grande-Bretagne rencontre des membres de la communauté lors d’une visite à la synagogue de la congrégation hébraïque de Heaton Park, à Crumpsall, dans le nord de Manchester, le 20 octobre 2025. (Chris Jackson / POOL / AFP)

Il a également souligné le débat au sein du parti de Trump en raison de la présence d’antisémites déclarés comme Nick Fuentes.

« Il n’a pas échappé à l’attention de nombreux Juifs britanniques que quelques-uns des soutiens les plus influents de votre administration s’adonnent dans les nouveaux médias à un antisémitisme débridé, à l’ancienne, ou tolèrent sans l’ombre d’un problème ceux qui le font », a déclaré Aaronovitch.

En Israël, le ministre de l’Immigration, Ofir Sofer, a réagi avec mépris à l’idée que les Juifs britanniques devraient partir pour les États-Unis.

« Le foyer des Juifs britanniques, et des Juifs du monde entier, est l’État d’Israël », a-t-il affirmé.

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