Shas, ex-faiseur de rois et grand perdant des élections

Son électorat a massivement délaissé le parti, ne lui permettant de récolter que six sièges au Parlement, contre 11 lors de la précédente législature

Montage photo (de gauche à droite) : Aryeh Deri, chef du parti Shas ; le Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Crédits : Chaim Goldberg/Flash90 ; Yonatan Sindel/Flash90)

Alliés traditionnels de Benjamin Netanyahu, les séfarades ultra-orthodoxes de Shas apparaissent comme les grands perdants des élections législatives israéliennes avec près de la moitié de sièges en moins à la Knesset, et risquent de se retrouver en marge de la vie politique.

Créé au début des années 1980 en réponse au sentiment d’exclusion des Juifs séfarades, venus d’Afrique du Nord et des pays arabes, le parti Shas a, depuis son entrée en 1984 à la Knesset, été au sein de quasiment toutes les coalitions gouvernementales, de droite comme de gauche, décrochant des portefeuilles ministériels.

Il s’est ainsi fait une réputation, sous la houlette de l’homme fort Aryeh Deri, de faiseur de rois. Octroyant son soutien au plus offrant pour la communauté séfarade qui s’est longtemps sentie discriminée par rapport aux ashkénazes, Juifs des pays d’Europe centrale et de l’Est.

C’est majoritairement Netanyahu, près de vingt ans au total à la tête du gouvernement, qui en a bénéficié.

« Crise de confiance »

Contrairement à son alter ego ashkénaze – le parti Yahadout HaTorah – dont l’électorat est quasi exclusivement constitué de Haredim (« craignant Dieu », comme se désignent les Juifs ultra-orthodoxes), Shas touche un public bien plus large au sein de sa communauté.

Mais aux élections du 27 octobre, cet électorat a massivement délaissé ce parti, ne lui permettant de récolter que six sièges au Parlement, contre 11 lors de la précédente législature.

Une « crise de confiance », selon Gilad Malach, chercheur au Centre israélien pour la démocratie et spécialiste du monde ultra-orthodoxe, qui a touché à la fois la frange religieuse de Shas et celle issue des classes sociales défavorisées, vivant en périphérie, loin des grandes villes.

Il a analysé les cartes électorales et conclu que Shas avait perdu environ 37 % de cet électorat populaire, mais aussi quelque 22 % dans les localités ultra-orthodoxes du centre du pays.

Une double dégringolade qui s’explique par plusieurs facteurs.

Côté religieux, le public ultra-orthodoxe n’a pas digéré l’échec de Shas à faire adopter la loi exemptant les Haredim de service militaire, même si dans les faits la majorité ne rejoignent pas l’armée. Netanyahu a en effet préservé ces alliés essentiels pour gouverner, malgré le ressentiment croissant de la part du reste de la population, sans cesse rappelée à l’armée au fil des guerres, à Gaza, au Liban ou en Iran.

« Abandonnés » 

Les Juifs séfarades des classes défavorisées se sont eux « sentis abandonnés » à leur sort pendant ces conflits qui ont pesé sur leur quotidien dans le nord et le sud du pays, et alors que « leurs enfants multipliaient les jours de réserve militaire », explique Malach. Shas a « été vu comme s’occupant essentiellement d’empêcher la conscription et d’obtenir des budgets » pour les ultra-orthodoxes.

Après l’échec du vote de la loi sur le service militaire, le parti avait claqué la porte du gouvernement, à l’été 2025.

Mais est resté, pour ces élections, dans le bloc constitué autour de Netanyahu.

Aucune majorité ne s’en est dégagée, ni pour le camp du Premier ministre, ni pour celui mené par le centriste Gadi Eisenkot. Et alors que le président israélien consulte mercredi les partis avant de nommer le candidat le plus à même de former un gouvernement, Shas pourrait retrouver, certes à un moindre niveau, un rôle clé en trahissant le camp Netanyahu pour rejoindre celui « du changement ».

L’ancien député de Shas Yossi Taieb, qui a lui-même servi dans l’armée, affirme à l’AFP que les rabbins qui dirigent le parti sont aujourd’hui prêts à accepter que leurs jeunes fassent leur service militaire, à l’exception de ceux qui étudient à plein temps dans une yeshiva. Ce qui pourrait ouvrir une marge de négociation avec Eisenkot, ouvert à l’idée d’un service civil pour les Haredim.

Pour Malach, « les chances sont minimes », mais d’autres observateurs de la vie politique israélienne estiment que le compromis est possible si le président choisit Eisenkot pour tenter de former un gouvernement.

Pour l’heure, en tout cas, Shas a assuré qu’il soutiendrait la candidature de Netanyahu.

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