Strasbourg : face à l’alliance LFI/écologistes, Trautmann recrute au centre droit

Catherine Trautmann a justifié son alliance avec le candidat centriste, Pierre Jakubowicz (5,10 %), par la volonté de former un 'arc républicain' et empêcher l'extrême gauche de gagner

Catherine Trautmann, candidate du Parti socialiste (PS) à la mairie de Strasbourg, avant un débat organisé par la chaîne de radio et de télévision locale "ICI Alsace" à Strasbourg, dans l'est de la France, le 11 mars 2026. (Crédit : SEBASTIEN BOZON / AFP)

Face à la fusion des listes Les Ecologistes et LFI menée par la maire sortante de Strasbourg, Jeanne Barseghian, la socialiste Catherine Trautmann, arrivée en tête du premier tour des municipales, a noué mardi un accord avec le candidat de centre droit, s’attirant les foudres de son parti qui a décidé de la suspendre, alors que d’autres candidats se tournent volontiers vers LFI avec l’approbation de leur chef Olivier Faure…

« Cet accord à Strasbourg place ceux qui l’ont conclu en dehors du Parti socialiste », a ainsi réagi le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, sur la plateforme X.

« L’histoire du socialisme c’est de faire gagner la gauche partout où c’est possible », mais pas « au prix d’alliances avec des candidats Horizons », qui « partout ailleurs en France s’allient à la droite la plus dure pour battre la gauche », a estimé M. Faure.

Sa réaction est « cohérente finalement, puisqu’il prend acte du glissement à droite de Catherine Trautmann », a réagi Jeanne Barseghian, venue en préfecture déposer une liste commune avec les insoumis.

L’ancienne ministre de Lionel Jospin « travaille main dans la main avec la droite macroniste depuis maintenant plus de cinq ans », a ajouté la maire sortante, assurant que son adversaire s’était prononcée « contre l’hébergement d’urgence, contre le logement social, contre les transports collectifs », notamment par son opposition à un projet de tram devant relier le nord de Strasbourg.

A son côté, Florian Kobryn (LFI) a estimé que le second tour à Strasbourg serait celui de la « grande clarification », opposant la « gauche unie » à « la droite divisée » entre « les macronistes d’un côté, avec Mme Trautmann », et « la droite républicaine » de l’autre.

La maire de Strasbourg Jeanne Barseghian du parti Europe Ecologie – Les Verts (EELV) pose à l’hôtel de ville de Strasbourg, dans l’est de la France, le 12 mai 2023. (Crédit : PATRICK HERTZOG / AFP)

Arrivée en tête dimanche, avec 25,93 % des voix, Catherine Trautmann a justifié son alliance avec le candidat centriste, Pierre Jakubowicz (5,10 %), par la volonté de former un « arc républicain » et empêcher l’extrême gauche de gagner.

« Etre d’horizons différents sur le plan politique n’empêche pas de partager un socle commun et d’avoir un projet commun », a déclaré Mme Trautmann, qui tente à 75 ans de reconquérir le fauteuil de maire qu’elle avait déjà occupé de 1989 à 1997 puis en 2000-2001.

« Mêmes valeurs »

Interrogée sur BFM Alsace à propos de la déclaration d’Olivier Faure, Mme Trautmann a dit lui laisser « sa responsabilité ». « Moi, je prends la mienne, j’agis en toute liberté, je me suis placée au-delà des partis », a-t-elle rétorqué.

« Tout le monde sait d’où je viens. Je viens du Parti socialiste depuis très longtemps et je suis une sociale-démocrate », a ajouté l’ancienne ministre de la Culture, soulignant que tous les membres de sa liste avaient « laissé au vestiaire » leur logo et la mention de leur parti.

Arrivée en troisième position avec 19,72% des voix, derrière Catherine Trautmann et le candidat Les Républicains Jean-Philippe Vetter (24,23%), la maire sortante a annoncé lundi fusionner sa liste avec celle du candidat LFI Florian Kobryn, qui a obtenu 12,03 % des suffrages.

Rallier Catherine Trautmann a coûté à Pierre Jakubowicz son investiture du parti Horizons qui a annoncé qu’il soutiendrait au second tour Jean-Philippe Vetter pour « faire gagner la droite et le centre dans le plus de municipalités possible ».

Pierre Jakubowicz (Crédit : capture d’écran YouTube)

M. Jakubowicz avait bien tenté des appels du pied au candidat LR, sans succès. Celui-ci a déposé lundi une liste inchangée pour le second tour, dans un souci de « clarté ».

« On n’a pas fait de petits copinages ou de négociations d’arrière-boutique, on a tenu notre ligne », a dit à l’AFP le candidat LR à l’issue d’un meeting ayant rassemblé mardi soir quelque 500 personnes.

« Deux dynamiques qui chutent, ça ne fait pas une dynamique qui monte », a-t-il raillé.

De son côté, le candidat centriste, désormais sixième sur la nouvelle liste, a justifié son ralliement à Mme Trautmann car il ne veut « pas simplement dénoncer » l’accord entre écologistes et insoumis, mais « le combattre ».

« Ma responsabilité, c’est de participer à ce rassemblement pour éviter que l’extrême gauche soit au pouvoir à Strasbourg ce dimanche soir », a-t-il expliqué.

Mme Trautmann a dit elle « assumer un front anti-LFI » en raison de la position des insoumis « sur l’antisémitisme et la manière dont ils ont cherché à racialiser cette élection ».

Le leader de Place publique, Raphaël Glucksmann, s’est étonné, dans un entretien au Parisien mardi, de « l’étrange hiérarchie des valeurs » au PS, qui a accepté certaines alliances avec La France insoumise (LFI) aux municipales mais a suspendu à Strasbourg l’ancienne ministre Trautmann.

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