Tel Aviv : Des manifestants bloquent l’autoroute Ayalon pour exiger la libération des otages et la fin de la guerre
En ce jour de jeûne de Tisha BeAv, alors qu'Israël est sous le choc des vidéos de deux otages émaciés, la manifestation s'est tenue en présence de proches d'ex-otages
Des dizaines de manifestants ont bloqué la circulation sur l’autoroute Ayalon à Tel Aviv dimanche matin pour exiger la libération des otages détenus par le Hamas à Gaza, suite au choc suscité en Israël par la diffusion de vidéos de deux otages émaciés, des images qui ont relancé les appels à leur libération.
Les manifestants, conduits par le groupe de protestation des femmes avec, dans leurs rangs, des proches d’ex-otages, portaient une banderole sur laquelle on pouvait lire « Otages abandonnés = destruction du Troisième Temple » ou encore « Un accord pour tous. Pour les sortir de Gaza. » Sur une pancarte, on pouvait lire en anglais : « Plus jamais, c’est maintenant ».
On a pu les entendre scander ce slogan : « Pourquoi sont-ils encore à Gaza ? » et « Ramenez-les tous, maintenant ». Shai Mozes, neveu de l’ex-otage Gadi Mozes et Meor Rosenberg, proche de l’ex-otage Arbel Yehoud auraient pris part à la manifestation, selon la Treizième chaîne.
Le mouvement, qui a duré une vingtaine de minutes selon Haaretz, a eu lieu au matin de la journée de jeûne de Tisha BeAv, en mémoire de la destruction des deux Temples de Jérusalem, entre autres tragédies juives du passé. Peu avant, le Hamas et le Jihad islamique avaient diffusé des vidéos des otages Evyatar David et Rom Braslavsky, tous deux extrêmement émaciés.
Dans la vidéo concernant David, on le voit, les os saillants, en train de creuser sa propre tombe : cette vidéo a suscité une profonde indignation en Israël et ailleurs.
« Ce matin, c’est le 9 Av, et les destructions ne font qu’empirer depuis 667 jours », peut-on lire dans un communiqué des manifestants – une allusion au nombre de jours qui se sont écoulés depuis le pogrom commis le 7 octobre 2023 par le Hamas, à l’origine de la guerre qui se poursuit aujourd’hui encore. Ils reprochent au gouvernement de ne pas en faire assez pour faire libérer les otages.
« Les photos d’Evyatar David et de Rom Braslavsky sont d’une brutalité à couper le souffle : ce mauvais gouvernement les a littéralement abandonnés », peut-on lire dans le communiqué. « Ramenez tout le monde, les vivants et les morts, et mettez fin à la guerre. »
Le monde entier a dit sa colère face aux informations faisant état d’une famine croissante à Gaza. Tout en niant l’existence d’une famine dans l’enclave, Israël a réagi aux pressions internationales, il y a de cela une semaine, en mettant en place plusieurs mesures pour augmenter l’aide humanitaire.
Et jusqu’à présent, les vidéos des otages n’ont suscité que peu de réactions.
« Les images d’otages israéliens sont épouvantables et révèlent la barbarie du Hamas », a déclaré la chef de la politique étrangère de l’UE, Kaja Kallas, sur X dimanche. « Tous les otages doivent être libérés, immédiatement et sans condition. Le Hamas doit désarmer et mettre fin à son règne à Gaza. Il faut par ailleurs permettre à bien davantage d’aide humanitaire de parvenir auc personnes qui en ont besoin. »
Dimanche, Ynet a rapporté que le président américain Donald Trump avait vu la vidéo de David. Samedi, le sénateur américain John Fetterman, un ardent défenseur d’Israël, a condamné cette vidéo.
« J’ai eu l’honneur de recevoir ses proches dans mon bureau. Difficile d’imaginer l’effet que cette vidéo a eu sur eux », a-t-il écrit à propos de David. « Je continue de soutenir ces familles ainsi que tous les otages. Au Hamas : laissez ces pauvres âmes rentrer chez elles, déposez les armes et mettez fin à l’enfer qui règne à Gaza. »
Plusieurs proches de Braslavsky, David et d’autres otages ont pris la parole depuis la diffusion des vidéos, jeudi et vendredi derniers. Des milliers de personnes ont manifesté samedi soir, Place des Otages à Tel Aviv, et des proches des deux hommes ont condamné ces vidéos et appelé à la libération des otages.
Les proches de David ont dit que « compte tenu de son état, [il ne lui restait] que quelques jours à vivre ».
« Le Hamas utilise notre fils Evyatar comme cobaye d’un scenario de famine », peut-on lire dans le communiqué. « Israël et l’ensemble de la communauté internationale doivent refuser la cruauté du Hamas et veiller à ce que notre Evyatar reçoive immédiatement une alimentation adéquate. »
David était déjà apparu dans une vidéo, en février dernier, lorsque le Hamas l’avait emmené, en compagnie de son compagnon d’infortune, Guy Gilboa-Dallal, assister à la libération d’autres otages. Il y a de cela un peu plus d’une semaine, le Jihad islamique a déclaré avoir perdu le contact avec les ravisseurs de Braslavsky, ajoutant que cette vidéo avait été tournée auparavant.
L’ex-otage Tal Shoham, précédemment détenu avec David, a déclaré avoir reconnu l’endroit où ont été tournées ces dernières images, ajoutant que leurs ravisseurs du Hamas avaient assez de nourriture. A sa libération à la faveur d’un cessez-le-feu, en février dernier, il a fait savoir que David souffrait du scorbut.
« Il s’agit d’une famine voulue et orchestrée par les chefs du Hamas, à des fins de propagande d’un extrême sadisme », a-t-il déclaré dans la vidéo, ajoutant que David se trouvait « en danger de mort ».
Dans une chronique pour Ynet parue dimanche matin, l’ex-otage Ohad Ben-Ami a écrit que la famine que Braslavsky et David enduraient lui était familière.
« Quand je suis revenu de captivité, je n’avais plus que 3,5 % de graisse dans le corps », a-t-il écrit. « On m’a dit que si j’étais resté là deux ou trois semaines de plus, je n’aurais pas survécu. D’après les photos, Evyatar et Rom pourraient bien se trouver dans cette situation : il faut des négociations rapides pour les sauver. »