Thibault de Montbrial alerte sur le risque d’un « 7 octobre à la française »

S’appuyant sur les analyses des services de renseignement, le militaire estime que le pays fait face à un risque majeur dont les élites politiques sous-estimeraient encore l’ampleur

Des militaires français de l'opération Sentinelle et des agents de la police municipale se tiennent devant le lycée Notre-Dame de Toutes-Aides, où un élève a tué un autre élève et en a blessé trois autres lors d'une attaque au couteau, à Nantes, dans l'ouest de la France, le 24 avril 2025. Un élève armé d'un couteau a attaqué quatre de ses camarades avant d'être maîtrisé par le personnel enseignant, selon des informations obtenues par l'AFP auprès d'une source proche du dossier. (Crédit : Loic VENANCE / AFP)

Invité de Sud Radio le 6 novembre, Thibault de Montbrial, avocat, spécialiste des questions de sécurité et lieutenant-colonel de la réserve opérationnelle de la gendarmerie, a longuement alerté sur le risque d’une bascule violente en France. Selon lui, la possibilité d’un « 7 octobre à la française » n’est plus une hypothèse théorique, mais un scénario désormais étudié par les services de renseignement.

« Un 7 octobre français, c’est un vrai sujet dans les services de renseignement », affirme-t-il, précisant avoir évoqué cette perspective avec des responsables français, israéliens et américains.

Au cours de l’entretien, il revient d’abord sur les images révélées par Libération et Mediapart concernant les affrontements de Sainte-Soline. Pour lui, ces vidéos montrent avant tout ce à quoi les gendarmes ont été confrontés : des scènes d’une intensité exceptionnelle, avec des groupes organisés et équipés de cocktails Molotov, de projectiles sophistiqués ou encore de drones, alors que les forces de l’ordre n’en disposaient pas encore. Il insiste sur la nature des événements : « Quand on est dans un combat, on ne parle pas comme quand on est au grand oral de l’ENA. »

Interrogé ensuite sur les faits survenus à l’île d’Oléron début novembre, où un automobiliste a percuté des passants avant de tenter de provoquer une explosion, Thibault de Montbrial estime que cet acte « correspond en tout point aux préconisations de l’État islamique ». Même si la qualification judiciaire devra être établie par l’enquête, il considère qu’il s’agit, sur le plan politique et sécuritaire, d’un « acte d’inspiration islamiste ». Il évoque un « ruissellement terroriste », c’est-à-dire un passage à l’acte de personnes fragiles ou instables après avoir été exposées à des incitations idéologiques.

Dans son analyse, il compare également les émeutes de 2005 à celles de 2023 et estime que la situation s’est aggravée. Selon lui, si aucune arme de guerre n’a été utilisée contre les forces de l’ordre en 2023, c’est uniquement parce que les grands trafiquants, sollicités par certains émeutiers, ont refusé d’en fournir, par intérêt économique. Il affirme que l’usage de telles armes aurait pu conduire à un état d’urgence prolongé, voire à un recours à l’article 16 de la Constitution.


Thibault de Montbrial observe une prise de conscience diffuse dans le pays mais juge que les élites politiques, économiques et médiatiques minimisent encore le risque. Il soutient que la population, y compris une partie de l’électorat de gauche, demande un retour de l’autorité. Pour lui, la France doit se préparer à un choc, sous peine de subir « la chute ».

La possibilité d’un événement déclencheur, lié selon lui à des questions identitaires et susceptible de provoquer un « tsunami émotionnel », est au cœur de son inquiétude. C’est dans cette perspective qu’il évoque la menace d’un « 7 octobre français ».

Il présente dans son dernier essai une série de propositions destinées à renforcer l’autorité de l’État et à restaurer la sécurité intérieure, qu’il juge indispensables. « Il faut de la volonté politique », martèle-t-il.

Enfin, interrogé sur une éventuelle entrée en politique, il reconnaît que la question se pose. « Je suis prêt », dit-il, affirmant être déjà exposé à des menaces pour ses prises de position. Il estime qu’une grande partie du pays attend un renouvellement politique issu de la société civile et affirme qu’il pourrait y prendre part lorsque cette « vague » arrivera.

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