Tollé à Marseille après la fin d’un partenariat du Mucem avec une société liée à Israël
Le musée était pointé du doigt par des défenseurs anti-Israël de la cause palestinienne accusant Digital Realty, société américaine, de soutenir la 'colonisation israélienne' à travers ses liens avec Mivne
Le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem) de Marseille a annoncé se séparer d’un mécène historique accusé de liens avec la « colonisation israélienne », déclenchant vendredi de vives réactions notamment au sein de son conseil d’administration.
« Dans un contexte marqué par des interruptions répétées de la programmation du musée, le Mucem et Digital Realty ont décidé conjointement, dix ans après la signature de leur première convention de mécénat, de ne pas renouveler leur partenariat en 2026 », a précisé l’institution dans un communiqué envoyé à l’AFP.
« Cette décision, prise d’un commun accord, vise à ce que le musée poursuive sereinement ses missions et sa programmation dans un climat apaisé », a-t-elle ajouté.
Le musée était depuis plusieurs mois pointé du doigt par des défenseurs anti-Israël de la cause palestinienne accusant Digital Realty, société américaine spécialisée dans la gestion de data centers – qui en possède cinq à Marseille -, de soutenir la « colonisation israélienne » à travers ses liens avec Mivne, une société immobilière basée à Tel-Aviv.
En juillet, des militants s’étaient rassemblés devant le musée, brandissant une banderole « Digital Realty finance le Mucem et le génocide en Palestine ».
Fin septembre, plusieurs dizaines d’artistes avaient signé une pétition appelant le musée à « rompre ses partenariats » avec cette entreprise, avançant qu’en « 2021, Digital Realty s’est associée à Mivne Real Estate (Israël) pour développer des data centers au Proche-Orient, une entreprise critiquée pour ses liens avec des activités de colonisation et la violation des droits humains ».
Cette décision a provoqué les critiques de Renaud Muselier, président Renaissance de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur et ancien secrétaire d’État aux Affaires étrangères, et de Martine Vassal, présidente divers droite du département des Bouches-du-Rhône et candidate à la mairie de Marseille. Leurs collectivités, qui siègent au conseil d’administration du musée, ont annoncé dans un communiqué commun la suspension « de toute forme ou perspective de coopération avec le Mucem ».
« Nous refusons toute compromission avec l’antisémitisme et le racisme, dans les structures que nous finançons. Aujourd’hui, nous demandons la clarté », ont-ils écrit, réclamant un « conseil d’administration d’urgence de la structure, au terme duquel nous déciderons de la suite à donner à notre participation à ses instances ».
Muselier avait annoncé en 2023 la signature d’un partenariat entre la Société du canal de Provence et Mekorot, la compagnie nationale des eaux d’Israël.
A l’inverse, le député radical de la France insoumise (LFI) Sébastien Delogu, également candidat aux municipales de mars et soutien de la cause palestinienne, a apporté son « soutien aux personnels du Mucem, qui subissent les attaques de la droite et de l’extrême droite ».
« En cédant ainsi aux appels au boycott d’Israël et alors qu’un cessez-le-feu a mis fin à la guerre à Gaza il y a deux mois, le Mucem trahit sa vocation : celle de bâtir des ponts au-dessus de la Méditerranée », s’est insurgé sur X Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif).
Digital Realty était l’un des trois partenaires historiques du musée marseillais depuis 2013 et l’une de ses 37 entreprises mécènes. En 2024, les contributions numéraires en mécénat et parrainage s’élevaient à 1,5 million d’euro, selon son dernier rapport d’activité.