« Torn », un film consacré aux affiches des otages israéliens déchirées, remporte un Emmy Award à New York
Le réalisateur Nim Shapira a remporté le prix du meilleur documentaire avec une œuvre qui évoque les affiches 'KIDNAPPED,' qui étaient devenues les cibles des activistes anti-israéliens
Le cinéaste israélien Nim Shapira a remporté samedi le prix du meilleur documentaire aux Emmy Awards de New York pour son film ‘Torn‘, qui retrace la polémique autour des affiches des otages israéliens placardées dans les rues de New York dans les mois qui ont suivi le pogrom perpétré par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.
Sorti en 2024, le film revient sur la controverse suscitée par les affiches « KIDNAPPED from Israel » (« Enlevés en Israël »), apparues en nombre dans les rues de New York et dans d’autres villes du monde au lendemain de l’attaque du Hamas du 7 octobre. Lancée dans les jours qui ont suivi le massacre, cette campagne visait à sensibiliser l’opinion publique au sort des otages. Mais les affiches sont rapidement devenues un symbole des affrontements idéologiques qui entourent le conflit israélo-palestinien.
Placardées dans toute la ville, des stations de métro aux restaurants, en passant par les bureaux de responsables politiques, elles ont été systématiquement arrachées par des militants pro-palestiniens.
D’une durée de 75 minutes, le documentaire donne la parole à des défenseurs de la cause des otages à New York, notamment aux organisateurs de la campagne d’affichage, ainsi qu’à des proches de certains des captifs enlevés le 7 octobre par le Hamas et d’autres groupes terroristes.
Ayant été dans l’incapacité d’interviewer les militants pro-palestiniens qui vandalisaient les affiches, le film s’appuie plutôt sur des images d’actualités et sur des publications parues sur les réseaux sociaux pour donner la parole aux activistes qui étaient opposés à la campagne d’affichage initiale en faveur des otages.
Sur ces images, des personnes arrachent ou vandalisent les affiches. Interrogées sur leurs motivations et alors qu’il leur est demandé si elles souhaitent faire part de leur identité, les réponses varient : certaines sourient ou rient ; d’autres font un doigt d’honneur et profèrent divers insultes. Parmi les réponses apportées, « Allez coloniser ailleurs », « Vos affiches, c’est de la propagande » ou « Affichons plutôt les visages des 3 000 enfants qui ont été kidnappés à Gaza. »
Lors d’un entretien accordé l’an dernier, Nim Shapira avait expliqué que son documentaire Torn cherchait avant tout à susciter l’empathie, aussi bien chez ceux qui arrachaient les affiches que chez ceux qui dénonçaient ces actes commis par des militants pro-palestiniens.
« Je demande aux personnes qui ont déchiré ces affiches de penser aux victimes et aux otages, qui n’ont rien fait de mal », avait-il déclaré. « Je demande également aux personnes de mon propre camp de faire preuve de compréhension et de reconnaître que, pour ceux qui arrachaient ces affiches, la principale raison était l’augmentation continue du nombre de morts à Gaza tout au long de la guerre. »
Shapira avait souligné que son film « ne parle ni d’Israël ni de la Palestine. Il parle de New York et de l’Amérique ». Et d’ajouter : « J’attends avec impatience le jour où ce film ne sera plus d’actualité. Mais nous sommes aujourd’hui plus divisés et plus polarisés que jamais. Nous évoluons dans des chambres d’écho distinctes, nous sommes cloisonnés. La guerre des affiches n’a pas seulement détruit ces affiches : elle a aussi déchiré le tissu social de la ville. »
Dans une tribune publiée la semaine dernière, Shapira est revenu sur la réticence de certains spectateurs à reconnaître que les victimes israéliennes méritaient elles aussi de susciter de la sympathie, dans un contexte de colère généralisée contre la conduite d’Israël pendant la guerre à Gaza, déclenchée au lendemain du pogrom du 7-Octobre.
Le réalisateur n’a pas réagi publiquement après avoir remporté son Emmy Award à New York. Ces prix sont décernés par la section new-yorkaise de l’Académie nationale des arts et des sciences de la télévision.