Transfuge d’Oracle, Larry Ellison pourrait prendre les rênes de Tiktok

Les défenseurs juifs se réjouissent que l'entreprise technologique, cofondée par Larry Ellison, partisan d'Israël, soit l'un des nouveaux propriétaires de la plate-forme de réseaux sociaux

Larry Ellison, président d'Oracle Corporation, au centre, s'exprime tandis que le président américain Donald Trump, à gauche, et Masayoshi Son, PDG du groupe SoftBank, l'écoutent, dans la salle Roosevelt de la Maison Blanche, le 21 janvier 2025, à Washington. (Crédit : AP Photo/Julia Demaree Nikhinson)

JTA – Des dirigeants juifs américains reprochent à TikTok de laisser l’antisémitisme se propager parmi les jeunes, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu a récemment accusé la Chine d’utiliser cette plateforme pour promouvoir le sentiment anti-Israël un peu partout dans le monde – ce que la Chine nie catégoriquement.

Ces reproches et accusations sont la toile de fond des importantes négociations sur l’avenir de TikTok aux États-Unis, lesquelles pourraient prochainement aboutir. En effet, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a annoncé jeudi que Pékin avait donné son feu vert à un accord – d’un montant de plusieurs milliards de dollars – permettant de placer sous contrôle américain les opérations de la plateforme de réseaux sociaux aux États-Unis.

« À Kuala Lumpur, nous avons finalisé l’accord TikTok pour ce qui est de l’accord des Chinois : le sujet devrait trouver une issue dans les semaines et mois à venir, de façon à avoir un solution à cette question », a déclaré Bessent à Fox Business à l’issue d’une réunion entre le président américain Donald Trump et le dirigeant chinois Xi Jinping.

Cet accord fait suite à la loi adoptée l’an dernier, exigeant que la société chinoise ByteDance vende sa branche américaine ou fasse l’objet d’une interdiction, les autorités américaines qualifiant l’application de risque pour la sécurité nationale.

Les détails de l’accord n’ont pas été rendus publics mais la Maison Blanche avait avant cela laissé filtrer qu’un consortium d’investisseurs américains dirigé par Oracle Corporation – dont le cofondateur, Larry Ellison, est un partisan de longue date des causes juives et d’Israël – se porterait acquéreur d’une participation majoritaire.

Pour le président de l’une des organisations juives les plus importantes et les plus représentatives des Etats-Unis, c’est un signe d’espoir.

« Aux Jewish Federations of North America, nous sommes optimistes », a déclaré mardi le PDG de la Jewish Federations of North America, Eric Fingerhut, à l’occasion d’une table-ronde sur la question, au siège de l’organisation, à Washington.

« Franchement, ce qui nous rend le plus optimistes, c’est l’identité des acteurs qui pourraient être associés à cet accord, côté américain, en particulier Oracle et Larry Ellisonen tant que personne, qui est un grand partisan de notre communauté. »

Un logo TikTok s’affiche sur un téléphone à San Francisco, le 17 janvier 2025. (Crédit : AP Photo/Jeff Chiu)

Lors de cette même table-ronde, la spécialiste des réseaux sociaux Sarah O’Quinn, directrice des affaires publiques au Center for Countering Digital Hate, a dit partager l’optimisme de Fingerhut quant au fait que les nouveaux propriétaires de TikTok prendraient des mesures pour lutter contre la propagation de l’antisémitisme sur la plateforme.

« Ce changement de direction [pose la question de savoir s’ils] vont améliorer leur politique » a questionné O’Quinn. « Je pense que oui à la base… [compte tenu du] fort soutien d’Ellison et d’Oracle sur cette [question]. »

Issu d’une famille juive réformée, Ellison a brièvement été en tête de la liste des personnes les plus riches, cette année, du fait de la flambée des valeurs technologiques liée au boom de l’intelligence artificielle. Il a donné des millions aux Amis de l’armée israélienne, entre autres causes liées à Israël, et serait un proche de Netanyahu. Il dit lui-même que sa proximité avec Israël est le fruit de son admiration pour le pays sur le plan de l’innovation technologique et de la résilience.

On ignore le point de vue d’Ellison sur la question de la modération des contenus en matière de haine en ligne et des mesures susceptibles d’encadrer l’expression des utilisateurs. Il était en effet un investisseur majeur dans Twitter lorsqu’Elon Musk a repris la plateforme, changé son nom en X et modifié ses règlements d’une manière qui a permis aux néonazis et autres antisémites de gagner en notoriété.

Lors de cette même table-ronde, Fingerhut a déclaré que bien qu’il ne fasse aucun doute que l’antisémitisme était un problème sur TikTok, les Jewish Federations of North America étaient la seule organisation juive à avoir pris position en faveur de sa cession. Il a confié les craintes, en interne, que l’action des Jewish Federations of North America redonne de la vigueur aux tropes antisémites sur le pouvoir supposément exercé par les Juifs en politique.

« Nous nous sommes posé cette question lorsque nous avons pris la décision de nous impliquer », a-t-il expliqué. « Cela risquait-il de saper le projet de loi qui deviendrait la cible des… « Voilà encore la communauté juive qui s’en prend à cette entreprise ? »

Eric Fingerhut, président des Fédérations juives d’Amérique du nord. (Hillel)

Il a ajouté que les Jewish Federations of North America avaient malgré tout décidé d’entrer dans la mêlée parce qu’il s’agissait d’un cas grave et d’une occasion d’obliger les législateurs à respecter leur engagement à lutter contre l’antisémitisme.

Les panélistes se sont dits diversement optimistes quant à l’avenir de TikTok, mais un consensus s’est formé autour du fait que les nouveaux propriétaires devraient sans doute coopérer et faire preuve de transparence avec les utilisateurs et les défenseurs de l’antisémitisme et d’autres formes de préjugés.

Daniel Kelley, du Center for Technology and Society de l’Anti-Defamation League, a noté que l’entreprise était déjà plus réactive et que ses équipes se réunissaient désormais chaque mois avec les personnes chargées des questions de confiance et sécurité chez TikTok.

Quinn a rappelé que le meilleur outil des défenseurs, pour influencer les entreprises de réseaux sociaux en l’absence de réglementation gouvernementale, était celui de la pression de la rue.

« Le plus important à faire, en tant qu’Américains et que personnes qui représentent des communautés de ce pays, est de faire en sorte de faire connaitre le mal que vous ont fait les réseaux sociaux, à vous ou à vos proches », a-t-elle conclu.

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