Trois ans après le 7-Octobre, la carte politique israélienne reste presque inchangée
La guerre a renforcé les convictions : les opposants à Netanyahu lui reprochent le massacre, ses partisans dénoncent une manœuvre visant à le renverser
JTA – Malgré tout ce que le 7-Octobre a changé dans la vie en Israël, un domaine semble être resté figé : la politique.
Trois ans après le pogrom meurtrier du Hamas, les massacres du 7-Octobre et les guerres qu’ils ont déclenchées dominent toujours la campagne à l’approche des élections israéliennes du 27 octobre. Cela n’a toutefois guère contribué à redessiner la carte politique du pays ni à modifier les chances du Premier ministre Benjamin Netanyahu de rester au pouvoir, selon les analystes politiques et les derniers sondages.
Ces événements ont plutôt renforcé les convictions des électeurs et consolidé davantage encore les deux blocs politiques, l’un dirigé par Netanyahu, l’autre par les partis d’opposition et leurs dirigeants, au premier rang desquels l’ancien chef d’état-major de Tsahal Gadi Eisenkot.
Une enquête de l’Institut israélien de la démocratie (IDI) publiée le mois dernier, avant le triste anniversaire du pogrom, a révélé que la majorité des Israéliens juifs (68 %) considéraient le 7-Octobre comme un facteur déterminant dans leur choix électoral.
Tamar Hermann, principale experte de l’institut en matière d’opinion publique et responsable de cette enquête, a toutefois estimé que le 7-Octobre avait en réalité conforté les électeurs dans les camps politiques auxquels ils appartenaient déjà.
« Cela fait trois ans que l’attaque du 7-Octobre a eu lieu. Cet événement a bien sûr plongé toute une société dans un état post-traumatique, mais va-t-il vraiment déterminer le parti pour lequel les gens voteront ? J’en doute », a-t-elle déclaré.
« La plupart des données sont déjà connues. Ce qui structure les choix électoraux, c’est la manière dont ces événements sont interprétés », a expliqué Hermann. « La question déterminante est donc celle du cadre d’interprétation adopté. »
D’après les sondages, généralement commandés et publiés en Israël par les principales chaînes d’information, ni le bloc pro-Netanyahu ni le bloc d’opposition ne semblent en mesure d’obtenir les 61 sièges nécessaires, sur les 120 que compte la Knesset, pour former le prochain gouvernement.
Une enquête de la chaîne N12, publiée lundi dernier, attribue environ 49 sièges à la coalition de cinq partis soutenant Netanyahu, contre 54 aux quatre partis composant le bloc d’opposition, également surnommé le « bloc du changement ». La plupart des autres sondages donnent des résultats similaires, à l’exception de celui de la Quatorzième chaîne, favorable à Netanyahu, qui place son bloc en tête.
Pour disposer d’une majorité relativement stable, un bloc doit réunir au moins 61 sièges. Les partis représentant la communauté arabe du pays et deux nouvelles formations qui briguent une place à la prochaine Knesset sont considérés comme n’appartenant à aucun des deux blocs.
Depuis début juillet, date à laquelle les élections ont été convoquées, les nouvelles allégations concernant les défaillances ayant précédé le 7-Octobre n’ont pas modifié les rapports de force.
Ces dernières semaines, à mesure que la campagne électorale s’intensifiait, de nouvelles informations ont émergé. Une enquête du quotidien israélien Haaretz, corroborée par des articles du New York Times, a suggéré que Netanyahu avait reçu du président des Émirats arabes unis, le cheikh Mohamed Bin Zayed, un avertissement concernant une attaque imminente du Hamas.
Une autre enquête de The Atlantic a rapporté que le chef des services de renseignement égyptiens s’était rendu en urgence en Israël quelques jours avant l’invasion pour transmettre des avertissements sur Gaza. Netanyahu a nié ces allégations et engagé une action en diffamation contre Haaretz.
De même, la tentative de détournement, le 30 septembre, d’un vol flydubai à destination de Tel Aviv, qui a depuis soulevé de sérieuses questions sur le dispositif de sécurité actuel et les procédures gouvernementales, ne semble pas avoir eu d’effet significatif sur les sondages, restés stables depuis le début de la campagne électorale.
Chaque nouvelle révélation, en particulier lorsqu’elle concerne le 7-Octobre, ne fait que conforter les récits déjà établis, a ajouté Hermann.
« Le camp anti-Netanyahu tente de rappeler au public que le 7-Octobre est un enjeu politique… Il essaie de convaincre les électeurs que Netanyahu est le seul responsable de ce qui s’est passé », a-t-elle expliqué.
« De l’autre côté, on se demande pourquoi ces informations sortent maintenant. La réponse est qu’elles sont révélées dans le cadre d’une campagne visant à renverser Netanyahu », a-t-elle déclaré.
Hermann a souligné que les divisions au sein de la société israélienne existaient déjà avant le 7-Octobre.
Selon elle, ces élections portent davantage sur « la vision de l’avenir d’Israël, sur son caractère juif, sur la place qu’il doit occuper et sur la question de savoir s’il est compatible avec un régime démocratique ».
Ilana Shpaizman, maître de conférences au département d’études politiques de l’université Bar-Ilan, a estimé pour sa part que le 7-Octobre occupait clairement une place centrale dans le débat, en particulier pour l’opposition.
Hormis le parti Beyahad, dirigé par les anciens Premiers ministres Naftali Bennett et Yaïr Lapid, Shpaizman a estimé qu’aucun des autres partis ne disposait d’un programme politique particulièrement étoffé, au-delà de l’affirmation selon laquelle « il nous faut de meilleurs dirigeants » ou de l’appel à ce que tous ceux qui étaient au pouvoir le 7-Octobre « s’en aillent ».
Quant à la coalition, a-t-elle ajouté, sa stratégie consiste à éviter de parler du 7-Octobre, dont elle sait qu’il constitue son point faible.
Elle met plutôt l’accent, selon Shpaizman, sur ce qui s’est passé depuis, et notamment les succès militaires remportés contre les groupes terroristes du Hamas et du Hezbollah, ainsi que contre l’Iran.
« Ils tentent de présenter Netanyahu comme celui qui a changé la donne géopolitique au Moyen-Orient », a-t-elle déclaré.
Si le débat autour du 7-Octobre, des responsabilités et des succès comme des revers de la guerre occupe une place prépondérante dans la campagne électorale, Gideon Rahat, politologue à l’Université hébraïque de Jérusalem, estime que ces élections se résument avant tout à une question « d’identité ».
« On pourrait s’attendre à ce que le débat électoral porte sur les responsabilités [du 7-Octobre], mais en réalité, tout tourne autour de l’identité », a affirmé Rahat.
« Ceux qui ont une identité religieuse et, pour certains, une identité mizrahi [orientale] voteront pour Netanyahu quoi qu’il arrive. De l’autre côté, c’est la même chose. Même si Netanyahu avait réellement remporté cette guerre, de nombreux laïcs ou Ashkénazes refuseraient de le soutenir. »
Rahat, également chercheur senior à l’IDI, a expliqué que ces divisions relevaient aussi de la « polarisation affective », un concept politique selon lequel les clivages sont alimentés par l’hostilité émotionnelle, l’antipathie et la distance sociale entre les partisans de différents camps politiques, plutôt que par de simples divergences sur les politiques à mener.
« La politique israélienne est très personnalisée, très polarisée et très populiste… et la politique identitaire s’inscrit parfaitement dans cette dynamique », a-t-il déclaré.
Malgré des opinions aussi figées et des divisions aussi profondes, Rahat a noté que le soutien à Netanyahu semblait avoir reculé depuis les dernières élections, organisées en 2022. Lors de ce scrutin, la coalition avait obtenu une majorité de 64 sièges. Aujourd’hui, a-t-il précisé, cette même coalition atteint à peine 52 sièges, selon les sondages.
« Ils ont perdu une partie de leur soutien, mais le camp adverse ne dispose toujours pas d’une majorité. C’est bien là toute la différence », a déclaré Rahat.