Trois élèves juifs sur cinq victimes d’antisémitisme dans les écoles anglaises

Selon une étude commandée par le gouvernement britannique, moins de la moitié des élèves pensent que les signalements d’actes antisémites seraient suivis de mesures concrètes

Des tags antisémite sur un mur au Royaume-Uni, photo non datée. (Community Security Trust)

Trois élèves juifs sur cinq scolarisés en Angleterre ont déclaré avoir été victimes d’antisémitisme, et un élève sur cinq, tous établissements confondus, a affirmé en avoir été témoin, selon un rapport commandé par le gouvernement britannique.

Ce rapport indépendant, réalisé par l’ancien inspecteur scolaire britannique Sir David Bell, dont la version intégrale devait être publiée mercredi, révèle que moins de la moitié des élèves estimaient que des mesures seraient prises s’ils signalaient des actes antisémites.

Selon les médias britanniques, le rapport devait présenter 27 recommandations, que le gouvernement britannique devrait accepter dans leur intégralité.

« Ce rapport montre que, malgré la volonté générale de lutter contre le racisme, les préjugés et la haine, l’antisémitisme n’a pas été suffisamment reconnu comme une forme de haine à part entière. C’est d’ailleurs l’un des principaux constats de cette étude », a déclaré Bell à Sky News.

« Il est essentiel de désigner clairement l’antisémitisme pour ce qu’il est, une forme spécifique de préjugé et de haine. Car si nous ne savons pas le nommer, comment pourrions-nous savoir précisément ce que nous combattons et quels moyens mettre en œuvre pour y faire face ? », a-t-il ajouté.

Bell a également souligné la nécessité de mieux guider les enseignants afin que les élèves puissent « débattre de questions d’actualité et de sujets difficiles sans avoir le sentiment que leurs professeurs leur imposent leurs propres opinions ».

Il a par ailleurs expliqué à la BBC que « ce rapport ne s’adresse pas uniquement aux enfants juifs des écoles juives. Il concerne tous les enfants et les jeunes, dans l’ensemble des écoles, des lycées et des établissements de formation professionnelle. Nous savons que l’antisémitisme ne connaît pas de frontières ».

Selon The Guardian, les recommandations visent notamment à encourager les écoles à adopter la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) et à améliorer l’enseignement de la Shoah, afin de faire apparaître l’antisémitisme comme un élément central de ce génocide.

Le rapport préconise également que les règles de conduite applicables au personnel scolaire précisent clairement que l’antisémitisme est inacceptable.

La BBC a rapporté qu’au début de l’année, Bell avait indiqué que l’étude alors en cours avait révélé que les directeurs de certaines écoles juives consacraient davantage de temps aux questions de sécurité qu’à l’enseignement.

Jonathan Frisher, un élève juif de 17 ans originaire du nord de l’Angleterre, a raconté avoir subi des brimades antisémites et avoir dû y faire face seul, sans soutien de son établissement scolaire.

« J’étais le seul élève juif de mon école, et j’ai subi de nombreuses brimades antisémites. Il y avait beaucoup de remarques sur les chambres à gaz, des élèves me disant que ma place était dans une chambre à gaz. J’ai également vu se banaliser, plus généralement, les croix gammées et les saluts nazis dans mon établissement », a-t-il raconté.

« Et c’était souvent à moi, alors que je n’étais qu’un élève juif de 12 ans, qu’incombait la responsabilité d’expliquer à mes camarades pourquoi cet antisémitisme était si inacceptable. J’étais profondément convaincu à l’époque, et je le suis toujours aujourd’hui, que c’est au gouvernement d’agir. Les enseignants ont un rôle à jouer dans la lutte contre l’antisémitisme. C’est à eux qu’il incombe de le combattre. »

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