Trois pays veulent exclure Israël du syndicat international des travailleurs sociaux
Irlande, Espagne et Grèce accusent le syndicat israélien de manquements éthiques, arguant qu'il doit demander une exemption du service militaire pour ses membres ou 'lancer un appel à la paix'
JTA — Le syndicat israélien des travailleurs sociaux pourrait être exclu d’une fédération mondiale après qu’au moins trois pays ont demandé un vote sur son expulsion pour violation présumée des règles éthiques.
Ces pays — l’Irlande, l’Espagne et la Grèce — ont reproché au syndicat israélien de ne pas avoir demandé que ses membres soient exemptés du service militaire, déplorant également qu’il n’ait pas « lancé un appel à la paix ». Leur demande de scrutin sur la question de l’expulsion de l’instance israélienne a exacerbé la censure prononcée en janvier 2025 par la Fédération internationale des travailleurs sociaux à l’encontre du syndicat de l’État juif pour ces violations présumées, qui, d’après la fédération, enfreignent les règles éthiques interdisant aux travailleurs sociaux « d’utiliser des armes contre des personnes, dans un cadre professionnel ou personnel ».
Le syndicat israélien a pour sa part demandé l’abandon du scrutin, signalant en outre qu’il restait attaché au dialogue avec ses collègues palestiniens.
« Expulser ou suspendre un syndicat de travailleurs sociaux ne favorisera pas le changement. Ces décisions encourageront plutôt la polarisation et la radicalisation, deux phénomènes qui apparaissent dans des situations d’isolement ou de menace perçue », a déclaré le syndicat dans un communiqué publié lundi. « Dans notre réalité, cela implique qu’une expulsion ou une suspension entraverait notre capacité à promouvoir le dialogue avec nos voisins ou avec d’autres pays. Un résultat qui réjouirait ceux qui s’opposent à la cohabitation entre Israéliens et Palestiniens, et qui servirait de prétexte pour maintenir des positions extrêmes et poursuivre les combats. »
Dans son communiqué, le syndicat israélien a également indiqué que, « dans le contexte de la société israélienne », une demande d’exemption du service militaire pour les travailleurs sociaux était « absolument inimaginable ».
« Exiger que les travailleurs sociaux bénéficient d’un traitement différent, en particulier en temps de guerre – et durant une guerre qu’Israël n’a pas déclenchée -, n’est pas envisageable dans une société où le service militaire est un devoir civique universel », a précisé le communiqué.
La Fédération internationale des travailleurs sociaux, qui représente 141 associations nationales de professionnels du social, s’était déjà opposée au syndicat israélien, qu’elle avait censuré en 2018 pour « ne pas avoir agi, en tant que voix professionnelle indépendante, sur les questions de l’occupation et des droits des Palestiniens ». Une censure levée par la suite, en 2022, après que le syndicat israélien a invité le Syndicat palestinien des travailleurs sociaux à engager le dialogue.
Le vote sur la question de l’expulsion est prévu pour le 18 février. Une majorité de 75 % des voix est requise pour que la décision soit entérinée. Chaque syndicat membre dispose d’une voix.
Ce scrutin intervient alors que les Israéliens sont confrontés à une marginalisation au sein de plusieurs associations internationales depuis le début de la guerre à Gaza. L’International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association, par exemple, a suspendu son affilié israélien en 2024, avant de le réintégrer l’année suivante.
Le Consortium juif pour le travail social a fait valoir dans une déclaration que la proposition d’exclusion formulée par la Fédération internationale des travailleurs sociaux « favorise l’effort idéologique visant à isoler les travailleurs sociaux israéliens en tant que groupe, sur la base de leur nationalité plutôt que sur celle de leur comportement professionnel réel ».
« Il ne s’agit pas d’une critique fondée sur des principes ni d’un débat éthique. Il s’agit d’anti-sionisme opérant à travers des institutions professionnelles, niant la complexité morale, la légitimité collective et la participation égalitaire des Israéliens au travail social mondial », poursuit cette déclaration. « Lorsque des organismes professionnels adoptent ce cadre, ils normalisent la pratique des punitions collectives sous le couvert de l’éthique. »
Le consortium et plusieurs autres groupes juifs ont demandé aux membres américains et canadiens de la fédération internationale de « s’opposer publiquement et de refuser d’approuver » le vote. Jeudi matin, la pétition avait obtenu plus de 10 000 signatures.
« La responsabilité éthique doit être fondée sur la conduite des individus plutôt que sur leur identité ou leur nationalité », peut-on lire dans la pétition. « Nous ne devons pas rester silencieux, car cette proposition est porteuse de graves conséquences pour notre profession. »