Trump préférerait « ne pas détruire » l’Iran, mais « pourrait y être contraint »
Washington et Téhéran examinent des propositions d’accord ; le président américain affirme que la République islamique ne fait rien sans son aval ; Hegseth défend la guerre
Le président américain Donald Trump a déclaré jeudi qu’il « préférerait ne pas détruire » l’Iran, mais qu’il pourrait y être contraint, ajoutant que sa décision serait connue « bien assez tôt », alors que Washington et Téhéran examineraient des propositions concernant le programme nucléaire iranien.
Ces propos, les derniers d’une longue série de menaces de bombardements contre la République islamique, interviennent deux jours après la défaite écrasante du Parti républicain aux élections américaines de mi-mandat, que Trump et le vice-président JD Vance ont attribuée à l’impopularité de la guerre contre l’Iran et à ses conséquences.
Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, dont le maintien en poste est remis en question depuis le scrutin, a toutefois défendu cette guerre, la qualifiant d’effort « historique » pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Trump a pour sa part réaffirmé son soutien à Hegseth.
Ces menaces belliqueuses s’accompagnent néanmoins de la poursuite des efforts diplomatiques. Le New York Times a cité jeudi cinq responsables, dont deux Iraniens et un Américain, selon lesquels Téhéran examinait des « propositions concrètes » concernant son programme nucléaire, présentées par des médiateurs menés par le Qatar.
Un haut responsable iranien a également indiqué à Reuters que Washington examinait une proposition sur le nucléaire transmise par Téhéran par l’intermédiaire du Qatar. Il a toutefois précisé que cette proposition ne serait discutée qu’une fois les sept exigences iraniennes satisfaites par les États-Unis.
Ces exigences, présentées en août, comprennent le versement d’indemnités pour les dommages causés par la guerre, le dégel des avoirs iraniens, la levée des sanctions, la fin du blocus naval imposé à l’Iran, le retrait des troupes de la région, la cessation définitive de la guerre contre l’Iran et ses alliés, une exigence généralement interprétée comme visant notamment le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran, ainsi que l’engagement de ne plus menacer l’Iran.
« Ils ne font rien sans notre accord », a affirmé Trump jeudi dans le Bureau ovale, interrogé sur les informations selon lesquelles les négociateurs iraniens examinaient des propositions d’accord sur le nucléaire.
« Peu importe ce qu’ils examinent. Ils n’auront pas l’arme nucléaire », a-t-il déclaré.
« En Iran… nous contrôlons tout ce que nous voulions contrôler », a affirmé Trump devant les journalistes, ajoutant qu’il faudrait 25 ans à l’Iran pour se reconstruire.
« Nous allons maintenant prendre une décision : est-ce que nous voulons aller plus loin, nous assurer une bonne fois pour toutes que cela ne se reproduira jamais ? », a-t-il déclaré. « Je préférerais éviter de détruire le reste du pays, si possible, mais je n’aurai peut-être pas le choix. Vous le saurez bien assez tôt. »
TRUMP: "We will make a decision on Iran. Do we want to go further and certify it so that it will never happen again? I would rather not destroy the rest of the country if possible, but maybe I will have to. You will know soon enough." pic.twitter.com/hWt4hMuI8r
— NewsWire (@NewsWire_US) November 5, 2026
À la suite de ces déclarations, le président américain et l’émir du Qatar, le cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, se sont entretenus vendredi par téléphone des efforts diplomatiques visant à apaiser les tensions dans la région, selon un communiqué qatari.
Les deux dirigeants ont évoqué les initiatives de médiation menées par le Qatar en vue de parvenir à un accord global avec le régime iranien pour mettre fin à la crise régionale, précise le communiqué. L’émir a également insisté sur la nécessité d’éviter toute nouvelle escalade, de garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz et d’assurer la sécurité des approvisionnements énergétiques.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, s’est également entretenu jeudi avec son homologue émirati, le cheikh Abdallah ben Zayed, des derniers développements dans la région et des efforts diplomatiques visant à y rétablir la stabilité, selon la chaîne Telegram du chef de la diplomatie iranienne.
Les États-Unis et Israël ont déclenché la guerre contre l’Iran le 28 février, dans le but de déstabiliser le régime et de détruire ses programmes de missiles balistiques et nucléaires.
L’Iran a riposté en frappant Israël et plusieurs pays arabes, ainsi qu’en bloquant le détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement environ un cinquième du pétrole mondial, provoquant une flambée des prix de l’énergie à travers le monde.
Les États-Unis ont à leur tour imposé un blocus des ports iraniens peu après l’instauration, en avril, d’une trêve fragile dans le conflit, qui a également conduit Israël à largement interrompre ses bombardements contre l’Iran. Des affrontements sporadiques ont toutefois continué d’opposer les États-Unis et l’Iran autour du contrôle du détroit.
Vendredi, les Gardiens de la révolution iraniens (CGRI) ont affirmé que deux pétroliers avaient pris feu après avoir heurté des mines alors qu’ils tentaient de traverser le détroit d’Ormuz en empruntant des voies non autorisées, selon les médias d’État.
Poutine reçoit le chef de la sécurité iranien au Kremlin
Par ailleurs, le président russe Vladimir Poutine a reçu jeudi au Kremlin le responsable iranien de la sécurité nationale, Mohsen Rezaei, pour discuter notamment de la construction d’un gazoduc entre les deux pays, qui pourrait aider l’Iran à pallier la pénurie de gaz exacerbée par la guerre et les sanctions américaines, ont indiqué les médias d’État iraniens.
La Russie et l’Iran, deux des pays les plus lourdement sanctionnés au monde, ont resserré leurs liens depuis le lancement de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par Moscou, en 2022. Début octobre, Poutine avait également indiqué que la Russie était prête à jouer un rôle de médiateur pour mettre fin à la guerre en Iran.
Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a déclaré aux journalistes après la rencontre de jeudi qu’il s’agissait d’un « échange extrêmement important », selon des propos rapportés par l’ambassade iranienne.
Le projet de gazoduc permettrait à l’Iran « de remédier à ses propres pénuries de gaz tout en facilitant la vente de gaz russe aux pays voisins », a expliqué Rezaei.
Il a ajouté que Poutine avait souligné, lors de leur rencontre, la nécessité de mettre en place des mécanismes de sécurité régionaux et « le caractère inadmissible de toute ingérence de puissances extérieures » dans le règlement de la situation au Moyen-Orient.
Bien qu’il soit un important producteur de gaz naturel, l’Iran souffre depuis longtemps de pénuries de cette ressource, essentielle notamment au chauffage. Le pays subventionne massivement les carburants et affiche des prix de l’essence parmi les plus bas au monde, mais a annoncé en septembre une hausse des prix pour faire face aux pénuries de carburant.
Cette augmentation a toutefois suscité des débats au sein du gouvernement et a été reportée, par crainte de provoquer de nouvelles manifestations. En 2019, l’Iran avait déjà été secoué par une vague de protestations contre une hausse des prix de l’essence.
Sous pression après les élections de mi-mandat, Hegseth défend une guerre « historique »
Alors que les Démocrates ont infligé une lourde défaite aux Républicains de Trump lors des élections de mi-mandat, portés notamment par la colère des électeurs face à la flambée des prix de l’essence, Hegseth s’est engagé jeudi, dans une déclaration vidéo, à combattre toute tentative de destitution engagée contre lui au Congrès.
Cette vidéo, publiée sur les réseaux sociaux, intervient alors que les attaques de ses adversaires au Congrès se multiplient et que Trump a balayé les questions sur un éventuel limogeage de son secrétaire à la Défense. Le vice-président américain JD Vance a lui aussi publiquement attribué les défaites des Républicains à la guerre contre l’Iran, allant jusqu’à s’interroger sur le bien-fondé du conflit.
Dans la vidéo, Hegseth a défendu son bilan à la tête du Pentagone et s’est vanté d’avoir limogé de hauts responsables militaires, mis fin aux programmes en faveur de la diversité et interdit aux personnes transgenres de servir dans l’armée.
« S’ils s’attaquent à moi, à nous tous, c’est parce que nous obtenons des résultats. Mais ils n’arriveront pas à leurs fins. Nous ne céderons pas », a déclaré Hegseth face à la caméra.
Qualifiant la tentative de mise en accusation de « mascarade », Hegseth a rappelé que Trump lui-même avait fait l’objet de deux procédures de mise en accusation.
« Tout cela n’est qu’une campagne de dénigrement personnel. Ça n’a pas marché contre le président Trump et ça ne marchera pas contre moi non plus. Vous pouvez en être sûrs », a-t-il déclaré.
Hegseth a également appelé les parlementaires « patriotes » à approuver une enveloppe budgétaire de 1 500 milliards de dollars destinée notamment à financer la guerre contre l’Iran et d’autres priorités du Pentagone.
« Quelle que soit l’opinion des gens sur cette guerre, que je considère comme une opération courageuse et historique qui empêchera à jamais l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, nous devons poursuivre la reconstruction de notre armée, comme l’a fait le président Trump lors de son premier mandat », a déclaré Hegseth.
At the War Department:
We Stand.
We Fight.
We Defend the Republic. pic.twitter.com/Kkr0DazmCE— Secretary of War Pete Hegseth (@SecWar) November 5, 2026
Trump a lui-même salué jeudi le travail de Hegseth, affirmant aux journalistes dans le Bureau ovale que son secrétaire à la Défense avait « fait un travail fantastique ».
Le président a laissé entendre que les critiques visant Hegseth pouvaient s’expliquer par sa décision de limoger plusieurs généraux.
« Nous avions tellement de généraux. Tout le monde était général quatre étoiles. Je n’avais jamais vu ça. Et beaucoup d’entre eux étaient woke. Je n’aime pas les généraux woke. C’est probablement pour ça qu’il suscite autant d’opposition », a déclaré Trump.
Le Pentagone a également assuré que Hegseth était « déterminé à 100 % » à rester à la tête de l’institution jusqu’à la fin du mandat de Trump.
Toutefois, selon plusieurs sources, Trump pourrait encore décider de remplacer Hegseth, alors que les Républicains tirent les leçons de leur défaite électorale.
Un conseiller de Trump a indiqué que Hegseth « pourrait être sur la sellette » en raison de la guerre contre l’Iran.
Hegseth pourrait également être soumis à un examen approfondi des Démocrates concernant sa politique à l’égard de l’Ukraine et les frappes américaines contre des embarcations soupçonnées de transporter de la drogue dans les eaux d’Amérique latine, des opérations qui, selon certains Démocrates, pourraient constituer des crimes de guerre.
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