Tucker Carlson dit qu’Israël a pris sa famille pour cible ; Netanyahu « croit en la culpabilité héréditaire »

Dans une émission incluant une interview d'Huckabee, le commentateur a énoncé des affirmations infondées reprenant des tropes antisémites, accusant à tort Herzog de visite sur l'île d'Epstein

Tucker Carlson prononce un monologue dans un épisode de son podcast publié le 20 février 2026, dans lequel il interviewe l'ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee. (Crédit : Capture d'écran X)

Dans une émission qui a été diffusée vendredi à son retour d’Israël, le commentateur de droite Tucker Carlson a affirmé que le gouvernement israélien avait pris sa famille pour cible. Il a qualifié l’État juif de « sans doute le pays le plus violent au monde » et il a faussement soutenu que le président Isaac Herzog s’était rendu sur la tristement célèbre île de Jeffrey Epstein, citant apparemment une fausse image générée par intelligence artificielle qui avait circulé en ligne.

Il a également traité Israël d’État policier. Il a remis en question le droit de ce pays à exister ainsi que les liens historiques de la population juive avec cette terre, accusant le pays de contrôler la politique américaine et se livrant à diverses autres allégations infondées, associées à des tropes antisémites.

Carlson, fervent détracteur d’Israël au sein de la droite, s’est rendu mercredi en Israël pour interviewer l’ambassadeur américain Mike Huckabee. Selon certaines informations, il n’aurait jamais quitté la zone de l’aéroport et il se serait renvolé immédiatement après. Son programme de vendredi a compris son interview avec Huckabee, ainsi que des séquences de monologue dans lesquelles il s’en est violemment pris à l’État juif.

Carlson, seul face à la caméra, a déclaré : « Ma famille a reçu des menaces. Le gouvernement israélien, et [le Premier ministre Benjamin] Netanyahu lui-même, ont tenté de punir deux membres de ma famille. Je ne donnerai pas plus de détails, mais ils ont bel et bien sanctionné deux membres de ma famille, et ce parce que, ainsi qu’il l’a dit publiquement à maintes reprises, il croit en la culpabilité héréditaire, en l’Amalek. Ce qui se produit si, lorsque quelqu’un commet un crime contre vous, vous ne sanctionnez pas seulement cette personne, mais également sa famille, sa lignée. »

Carlson s’est toutefois abstenu de donner davantage de détails ou de preuves à l’appui de ses affirmations. Netanyahu, en effet, n’a jamais exprimé de croyance en une « culpabilité héréditaire », ni en la sanction collective des ennemis d’Israël. Son évocation des Amalécites bibliques, dans le sillage de l’attaque du 7-Octobre, était en réalité une allusion aux menaces génocidaires qui ont pesé sur le peuple d’Israël tout au long de l’histoire.

Carlson a ajouté : « Il n’y a pas de notion moins occidentale que celle-là, plus anti-chrétienne que celle-là. Les chrétiens refusent ce concept. Netanyahu, lui, ne le refuse pas. C’est pour cela qu’il mentionne l’Amalek, et qu’il s’en est pris à ma famille, littéralement. Je me suis senti vraiment menacé. »

Au cours de son interview avec Huckabee, le commentateur de droite a interrogé ce dernier sur les visites supposées de Herzog sur l’île d’Epstein. Rien ne prouve pourtant que Herzog ait eu un quelconque lien avec Epstein ou qu’il ait jamais visité sa propriété.

« L’actuel président d’Israël, que vous connaissez, apparemment, se trouvait sur ‘l’île des pédophiles’. C’est ce qui a été dit », a poursuivi Carlson. « Plusieurs hauts responsables israéliens encore en vie sont directement impliqués dans la sphère d’Epstein, voire dans ses crimes. Je pensais que vous suiviez cette affaire. »

L’ancien Premier ministre Ehud Barak entretenait pour sa part des liens amicaux avec Epstein. Mais rien ne prouve qu’il ait commis un acte criminel.

Huckabee a fait savoir qu’il n’avait pas suivi l’actualité relative aux dossiers Epstein, ceux-ci ne présentant aucun intérêt pour son travail.

« J’ignorais l’existence d’un tel lien avec le président Herzog. Je serais surpris que ce soit le cas », a commenté Huckabee.

« Je ne sais pas si le président israélien au pouvoir a réagi à cette affaire, mais il apparaît sur la liste des visiteurs de ‘l’île des pédophiles’, ce qui représente un problème de taille », a rétorqué Carlson, reprochant à Huckabee de ne pas avoir interrogé Herzog à propos d’Epstein.

« Je n’en ai jamais entendu parler auparavant, alors pourquoi devrais-je être au courant ? », a répondu Huckabee.

L’ambassadeur a précisé par la suite qu’il avait interrogé Herzog au sujet des affirmations de Carlson, et qu’il avait relayé ce qu’il considérait comme un démenti officiel de la présidence.

« Ces allégations sont totalement infondées et nous les rejetons catégoriquement. Il n’y a jamais eu aucun contact ni aucune relation, directe ou indirecte, entre Isaac Herzog et Jeffrey Epstein. Ces deux personnes ne se connaissaient pas et n’entretenaient aucune relation personnelle. Le président n’a jamais été invité, ne s’est jamais rendu et n’a jamais été présent à l’endroit mentionné », a souligné le bureau d’Isaac Herzog.

« Toute affirmation suggérant le contraire est fausse et peut constituer une diffamation. »

Si Herzog est mentionné dans les dossiers Epstein, c’est uniquement dans des articles de presse qui figuraient dans les e-mails d’Epstein. Il n’existe aucune preuve attestant d’un lien personnel entre Herzog et Epstein. Après la divulgation des documents, à la fin du mois dernier, une fausse image générée par intelligence artificielle montrant Herzog et Epstein ensemble a circulé en ligne, dans un contexte de désinformation généralisée, émaillé notamment de théories du complot largement répandues sur les Juifs et Israël, qui entoure l’affaire des dossier Epstein.

Si ces allégations sont sans fondement, ceux qui ont regardé l’interview n’ont eu aucun moyen de se rendre compte de leur caractère mensonger. Plus d’un million de personnes ont visionné l’interview sur YouTube dans les heures qui ont suivi sa publication. La vidéo a également été relayée sur d’autres plateformes.

Carlson est une voix influente et extrêmement populaire à droite, qui entretient des relations amicales avec le vice-président américain JD Vance.

« Une déclaration exagérée »

Durant l’interview, Huckabee a également fait remarquer qu’il « serait normal » qu’Israël reprenne possession du « Grand Israël » que le Dieu de la Bible avait promis à Abraham – avant de se reprendre et de tempérer ses propos, qualifiant sa déclaration de « exagérée ».

Carlson a interpellé l’envoyé américain, qui est un fervent chrétien, sur son affirmation selon laquelle une partie du droit du peuple juif à occuper cette terre trouvait son origine dans la promesse faite par Dieu à Abraham – il a toutefois souligné que la terre promise s’étendait sur un territoire bien plus vaste que celui de l’Israël actuel, englobant une grande partie de la Jordanie, de la Syrie, du Liban, de l’Arabie saoudite et de l’Irak contemporains. Il a demandé si cela signifiait alors qu’Israël avait le droit de prendre des terres aux pays arabes voisins.

Huckabee, après avoir d’abord éludé la question, a fini par répondre, disant : « Ils pourraient tout prendre, cela ne poserait pas de problème », avant de s’empresser d’ajouter que cela n’était pas à l’ordre du jour ; en effet, « ils ne demandent pas à le faire ».

C’est alors que Carlson a invité l’ambassadeur américain à confirmer qu’il était d’accord pour qu’Israël s’empare de « tout le territoire syrien, tout le territoire du Liban ». Huckabee a rétorqué : « Ce n’est pas ce que veux dire », expliquant que « c’était une déclaration légèrement exagérée ».

Au cours d’un échange ultérieur, Carlson a insisté pour connaître l’opinion de Huckabee sur la question de savoir si Israël « avait le droit moral d’annexer ce qui appartient aujourd’hui à d’autres peuples », et ce même si l’envoyé affirmait ne pas avoir tenu de tels propos. Finissant par céder, Huckabee a indiqué : « S’ils étaient attaqués par tous ces pays, qu’ils remportaient la guerre et s’emparaient de ces territoires, alors là, ce serait une tout autre discussion. »

Durant l’interview, Carlson a en outre clamé qu’il était « évident » qu’Epstein était affilié au Mossad – une autre allégation sans fondement. Une source majeure dans les dossiers Epstein, qui prétendait que le financier déchu travaillait pour le Mossad, s’est avérée être un fraudeur discrédité et un négationniste de la Shoah.

Suite à la diffusion de l’interview, et après avoir découvert que les allégations contre Herzog étaient mensongères, Huckabee a écrit sur le réseau social X : « Les accusations de Carlson visant des responsables israéliens pourraient donner lieu à des poursuites pour diffamation. Il m’a été difficile de suivre le raisonnement de Tucker. »


La visite de Carlson a également provoqué une controverse après qu’il a affirmé que son équipe avait été soumise à un « interrogatoire » par les services de sécurité israéliens.

Si Carlson n’a pas quitté l’aéroport pendant sa visite, deux de ses producteurs ont, selon lui, subi un interrogatoire hostile. Huckabee et l’Autorité aéroportuaire israélienne ont fermement rejeté cette allégation.

« Un interrogatoire musclé »

En introduction à son entretien avec Huckabee, avant l’arrivée de ce dernier, Carlson a raconté que les autorités israéliennes avaient confisqué les passeports de son équipe, et que ses deux producteurs avaient été « convoqués dans une pièce et soumis à un interrogatoire musclé ». Selon Carlson, les agents de sécurité ont notamment demandé : « Qu’avez-vous dit à l’ambassadeur américain ? »

« Ils ont fait subir à mon producteur un interrogatoire digne des services secrets. Ils l’ont humilié. Ce n’est pas de la sécurité », a-t-il déclaré.

« Celui qui mène l’interrogatoire garde le passeport de la personne interrogée dans sa main pendant qu’il pose ses questions », a-t-il ajouté. « Un voyou qui réclame des détails sur la conversation. »

« C’est un État policier. C’est un État de la surveillance. Vous allez en Israël, et ils installent un logiciel sur votre téléphone. Tout le monde le sait. Ils vous espionnent sans arrêt », a-t-il poursuivi. Il n’existe en réalité aucune preuve qu’Israël installe des logiciels espions sur les téléphones des visiteurs.

Il est courant pour le personnel des aéroports israéliens de poser des questions aux visiteurs tout en consultant leur passeport.

Selon Carlson, les images divulguées aux médias dans le but de discréditer ses allégations de mauvais traitements ne montraient en réalité que le moment où il acceptait la demande d’un chauffeur de prendre une photo avec lui.

Il a également soutenu qu’Israël avait sciemment bombardé l’USS Liberty en 1967. Une théorie du complot largement répandue dans l’extrême droite américaine.

Peu de points de convergence

Carlson, au cours de son introduction et de son interview avec Huckabee, a dépeint Israël comme contrôlant les États-Unis et entraînant ces derniers dans des guerres, reprenant ainsi les tropes antisémites sur le pouvoir caché des Juifs et leurs tendances bellicistes.

« Américains des États-Unis, êtes-vous sûrs que votre gouvernement prendra votre parti plutôt que celui du gouvernement israélien ? Non, bien sûr que non. Il se rangera toujours du côté du gouvernement israélien plutôt que du vôtre, et là est le cœur du problème », a-t-il souligné.

« Si vous critiquez Israël dans votre pays, vous serez censuré par votre gouvernement », a-t-il ajouté. Carlson et d’autres personnalités critiquent pourtant régulièrement Israël sans subir de censure.

Tucker Carlson assiste à une réunion avec le président américain Donald Trump et des dirigeants du secteur pétrolier dans la salle Est de la Maison Blanche, le 9 janvier 2026, à Washington. (Crédit : AP Photo/Alex Brandon)

Si Huckabee et Carlson ont conservé une attitude relativement cordiale, ils ne sont parvenus à trouver que peu de points de convergence, et ont souvent été incapables de s’accorder sur des faits élémentaires.

Par exemple, alors que Carlson accusait Israël de mettre en danger les troupes américaines, Huckabee a essayé de lui faire remarquer que les soldats américains n’avaient jamais combattu pour Israël. Carlson a toutefois répliqué à plusieurs reprises, arguant, sans la moindre preuve, que la guerre en Irak avait été menée à la demande d’Israël, et affirmant que c’était Israël qui poussait les États-Unis à entrer en guerre contre l’Iran.

« Je pense qu’il est absolument inexact de laisser entendre que le petit Israël peut pousser les États-Unis à agir contre leur gré », a répondu Huckabee.

« Le Premier ministre Netanyahu a bien plus d’influence sur la politique étrangère américaine que les Américains eux-mêmes », a rétorqué Carlson.

Carlson a en outre contesté le droit d’Israël à exister et les liens des Israéliens juifs avec leur terre, s’engageant dans une querelle byzantine sur l’indigénéité incluant des questions telles que le fait de savoir si les Juifs constituent une ethnie ou une religion, l’histoire antique, notamment la construction de Stonehenge, et la génétique en Scandinavie. Huckabee a indiqué à plusieurs reprises être incapable de suivre le raisonnement de Carlson.

Parmi les arguments avancés par Carlson, plusieurs ont rappelé ceux de l’extrême gauche. Le commentateur a accusé à plusieurs reprises Israël d’avoir assassiné des journalistes, a qualifié les Israéliens juifs d’implants étrangers en Israël, a reproché à Israël de commettre un génocide, et a attaqué l’aide financière apportée par les États-Unis à Israël. Et alors que les militants anti-sionistes accusent souvent Israël de persécuter les musulmans à la mosquée Al-Aqsa, Carlson, pour sa part, a fustigé Israël pour avoir empêché les Palestiniens chrétiens d’accéder à l’église du Saint-Sépulcre.

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