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Turquie: comment des Meguilot Esther ont entaché l’opération de sauvetage israélienne

Des secouristes de ZAKA ont rapporté 2 parchemins qui dateraient de quelques dizaines d'années, suscitant des allégations frénétiques de "vol archéologique" dans les médias turcs

Un secouriste israélien tenant un rouleau de Meguilat Esther trouvé à Antakya, en Turquie, le 16 février 2023. (Crédit : Porte-parole de l'armée israélienne)
Un secouriste israélien tenant un rouleau de Meguilat Esther trouvé à Antakya, en Turquie, le 16 février 2023. (Crédit : Porte-parole de l'armée israélienne)

À la suite du tragique tremblement de terre qui a coûté la vie à plus de 50 000 personnes en Turquie et dans certaines parties de la Syrie le mois dernier, des pays de toute la région et au-delà ont immédiatement envoyé des équipes de secouristes qui ont sauvé des centaines de personnes des décombres et en ont aidé des milliers d’autres.

Israël, qui entretient des relations compliquées avec la Turquie sous la direction de Recep Tayyip Erdoğan et de son parti islamiste, l’AKP, a envoyé une équipe de 405 secouristes, soit la deuxième plus grande délégation étrangère, après l’Azerbaïdjan.

Les Israéliens ont sauvé au moins 19 vies en Turquie avant de rentrer chez eux le 13 février.

Mais ce qui aurait dû être un acte de bonté entre voisins, transcendant les idéologies et les politiques, a été gâché par les actions d’une poignée de sauveteurs qui ont ramené en Israël, sans autorisation, deux écrits qu’ils avaient trouvés dans une synagogue en ruines. Lorsque la nouvelle s’est répandue en Turquie, les médias turcs ont qualifié leur action de « vol archéologique ».

Les parchemins d’Esther – ou Meguilat Esther – vieux de plusieurs décennies, copies du livre biblique d’Esther, qui raconte l’histoire du salut des Juifs dans l’Empire perse lorsqu’ils étaient menacés il y a quelque 2 500 ans, ont été restitués à la Turquie et remis à son rabbinat quelques jours après leur arrivée en Israël. Au moment de Pourim, la fête juive célébrant ce salut, les rouleaux étaient déjà de retour sur le sol turc.

Mais en Turquie, « toute cette affaire a donné aux parties intéressées l’occasion parfaite de dire que les Israéliens ne sont venus ici que pour voler », a déclaré Hay Eytan Cohen Yanarocak, chercheur au Moshe Dayan Center for Middle Eastern and African Studies de l’université de Tel-Aviv et spécialiste de la politique et de la société turques contemporaines.

Cohen Yanarocak, qui a suivi l’affaire, l’attribue à un malentendu culturel exacerbé par la sensibilité des Turcs aux vastes trésors archéologiques du pays, et peut-être à un courant sous-jacent de leur suspicion à l’égard d’Israël.

Tout a commencé lorsqu’un habitant d’Antakya a remis à un volontaire israélien de ZAKA, une agence d’aide d’urgence basée à Jérusalem, les rouleaux pour qu’ils soient conservés après la destruction de la synagogue locale. Saül Cenudioğlu, dirigeant de longue date de la communauté juive de la ville méridionale, et son épouse Fortuna ont été parmi les nombreuses victimes du tremblement de terre.

Chaïm Otmazgin, bénévole de ZAKA, tenant l’un des rouleaux ramenés de Turquie en Israël, le 13 février 2023. (Crédit : ZAKA)

« Les parchemins trouvés dataient peut-être de quelques dizaines d’années. Il ne s’agit certainement pas d’un artefact archéologique – le genre de chose que l’on trouve et que l’on achète dans un magasin juif à New York », a déclaré Cohen Yanarocak.

« Mais la Turquie, berceau de multiples empires au cours des millénaires, n’est pas comme New York, et l’importance que les habitants et leurs représentants gouvernementaux attachent au précieux patrimoine culturel du pays est énorme », a expliqué Cohen Yanarocak.

Lorsque les médias et les autorités turques ont appris par les médias israéliens que des rouleaux avaient été emportés, ce terme, « rouleau », a été un élément déclencheur de la diffusion de la qualification de « vol archéologique ». « Pour ne rien arranger, un ‘vol’ commis par des étrangers. Pour aggraver encore les choses, par des Israéliens en marge d’une tragédie nationale. Cela a explosé dans les médias et sur les réseaux sociaux », a expliqué Cohen Yanarocak.

Millî Gazete, une publication pro-islamiste, a fait des parchemins son article de couverture, avec une photo des parchemins dans les mains d’un « sioniste », selon la légende décrivant Chaïm Otmazgin, un volontaire de ZAKA, qui tenait fièrement les parchemins pour une photo. TGRT Haber, l’une des principales chaînes de télévision, a également diffusé plusieurs reportages sur le « vol » des parchemins puis, plus tard, sur leur restitution. Sur le Twitter turc, le mot « rouleau » en langue turque a été brièvement en « Top Tweet » – soit le terme le plus discuté.

Suite au tollé, un rabbin israélien a restitué les rouleaux à la Turquie. Les autorités turques ont examiné les rouleaux au rabbinat d’Istanbul et ont donné le feu vert le 20 février, promettant que les rouleaux retourneraient à la synagogue d’Antakya après sa rénovation.

« Tout a été résolu assez rapidement, à la grande satisfaction de tous. Mais il est dommage qu’un malentendu culturel facilement évitable ait fini par jeter une ombre sur un moment important d’un destin commun », a conclu Cohen Yanarocak.

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