UG Solutions discute avec Washington d’un nouveau rôle sécuritaire à Gaza

L’entreprise américaine dit avoir soumis des propositions au Conseil de Paix après avoir lancé un recrutement de contractants arabophones ayant une expérience du combat

Des hommes armés montent la garde à un poste de contrôle tenu par les forces de sécurité américaines et égyptiennes dans le corridor de Netzarim, tandis que des Palestiniens déplacés se dirigent du sud vers le nord de la bande de Gaza, sur la route Salah al-Din, dans le centre de Gaza, le 29 janvier 2025. Illustration (Crédit : Omar al-Qattaa/AFP)

Une société de sécurité américaine, qui avait par le passé déployé des vétérans armés pour sécuriser des sites d’aide à Gaza, est en pourparlers avec le Conseil de Paix de l’administration Trump concernant son futur rôle dans l’enclave, a indiqué mercredi l’entreprise, précédemment critiquée par l’ONU pour des violences mortelles survenues près de ses points de distribution.

UG Solutions a rendu publique cette information, jusqu’alors non rapportée, après qu’un article de Reuters eut indiqué que l’entreprise recrutait des contractants arabophones disposant d’une expérience du combat pour des missions dans des lieux non divulgués. Une source directement informée des projets du Conseil a confirmé que des discussions étaient en cours avec la société.

La société basée en Caroline du Nord, qui assurait la sécurité de la Gaza Humanitarian Foundation (GHF) soutenue par les États-Unis et Israël l’an dernier, a été dissoute à la suite du cessez-le-feu entre Israël et le groupe terroriste palestinien du Hamas en octobre 2025.

Elle avait été critiquée par les Nations unies (ONU) après la mort de Palestiniens qui tentaient d’atteindre des sites d’aide de l’entreprise, situés dans des zones où des troupes israéliennes étaient déployées et où des tirs ont eu lieu lors de ces incidents. L’ONU affirme que plus de 1 000 personnes auraient été tuées dans ces incidents. L’armée israélienne juge ce bilan exagéré et a déclaré que ses troupes n’avaient tiré que des coups de semonce contre des individus représentant une menace ; elle a ajouté que des membres du Hamas ainsi que d’autres terroristes armés auraient également ouvert le feu sur des foules venues chercher de l’aide.

Un porte-parole d’UG Solutions a déclaré mercredi que l’entreprise avait « fourni des informations et des propositions au Conseil de Paix dirigé par les États-Unis », un organisme créé par le président Donald Trump pour aider à faire avancer son plan visant à mettre fin à la guerre à Gaza, déclenchée par le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël.

« Notre proposition a été accueillie favorablement, mais tant que le Conseil de Paix n’aura pas clarifié ses priorités en matière de sécurité, UG Solutions prépare en interne plusieurs options susceptibles de soutenir les efforts à Gaza », a ajouté le porte-parole.

Des Palestiniens déplacés traversent un poste de contrôle tenu par les forces de sécurité américaines et égyptiennes dans le corridor de Netzarim, alors que les gens se dirigent du sud vers le nord de la bande de Gaza, sur la route Salah al-Din, dans le centre de Gaza, le 29 janvier 2025. (Crédit : Omar al-Qattaa/AFP)

La source, qui a une connaissance directe des projets du conseil d’administration, a indiqué que des discussions avec UG Solutions et plusieurs autres groupes étaient en cours depuis des semaines, mais que rien n’avait encore été finalisé.

Les représentants du Conseil n’ont pas répondu aux demandes de commentaires, pas plus que le département d’État américain.

« Pas les bienvenus », dit le coordinateur de l’aide palestinienne

Les Palestiniens pourraient percevoir tout retour de UG Solutions dans l’enclave comme problématique, en raison des violences survenues lors des distributions organisées par la GHF l’an dernier.

« La GHF et ceux qui la soutiennent ont du sang palestinien sur les mains ; ils ne sont pas les bienvenus à Gaza », a déclaré Amjad al-Shawa, directeur du Réseau des ONG palestiniennes, qui assure la liaison avec l’ONU et les agences humanitaires internationales.

La GHF n’a pas répondu à une demande de commentaires envoyée par e-mail à son service de presse. L’organisation a toujours défendu son dispositif de sécurité durant les mois où elle a opéré à Gaza.

Des membres d’une société de sécurité privée américaine, engagés par la Gaza Humanitarian Foundation (GHF), dirigeant les Gazaouis déplacés qui se rassemblent pour recevoir des secours dans un centre de distribution dans le centre de la bande de Gaza, le 8 juin 2025. (Crédit : Eyad Baba/AFP)

Le porte-parole d’UG Solutions a déclaré que ses contractants armés avaient pour seule mission de sécuriser les sites d’aide et leur périmètre immédiat et qu’ils n’avaient aucun contrôle sur les actions de l’armée israélienne ou des groupes terroristes palestiniens.

Les organisations humanitaires et les entités commerciales « font appel à UG Solutions pour les aider dans leurs opérations », car elles ont du mal à lutter contre les pillages ou le détournement des cargaisons, a déclaré le porte-parole, suggérant un rôle potentiel pour le groupe au-delà de sa collaboration avec le Conseil de Paix.

Le plan Trump pour Gaza prévoit une augmentation de l’aide

Le plan de Trump pour Gaza prévoit une augmentation de l’aide humanitaire, le retrait d’Israël après la reddition des armes du Hamas et la reconstruction du territoire sous la supervision d’un Conseil de Paix dirigé par le président américain. Le Hamas n’a toutefois pas accepté de rendre ses armes, un haut responsable ayant réaffirmé mercredi que le groupe terroriste palestinien n’avait reçu aucune proposition de désarmement de la part des médiateurs.

La « lutte armée » des Palestiniens « est un droit tant que l’occupation perdure », a déclaré Osama Hamdan. Le mot « occupation » est généralement utilisé par le Hamas pour désigner Israël dans son ensemble.

Hamdan a également réitéré la position du Hamas selon laquelle la Force internationale de stabilisation (ISF), censée maintenir la sécurité à Gaza dans le cadre du plan de paix de Trump, ne devrait être déployée qu’à la frontière entre Israël et la bande de Gaza afin de « prévenir les hostilités contre notre peuple, conformément au plan de Trump ».

(Ce n’est toutefois pas ce que prévoit le plan. L’ISF est censée « former et soutenir des forces de police palestiniennes préalablement sélectionnées et vérifiées à Gaza », fournir une « solution de sécurité interne à long terme » et « contribuer à sécuriser les zones frontalières aux côtés de forces de police palestiniennes nouvellement formées ».)

Osama Hamdan, responsable du Hamas, s’exprime lors d’une interview avec l’AFP à Istanbul, en Turquie, le 15 septembre 2024. (Crédit : Ozan Kose/AFP)

Hamdan a indiqué que le Hamas avait communiqué cette position au gouvernement indonésien, pays musulman le plus peuplé au monde, qui a annoncé lundi qu’il fournirait des milliers de soldats à l’ISF, dont les troupes devraient être les premières déployées à Gaza.

Hamdan a accusé Israël d’empêcher l’entrée à Gaza du comité technocratique de 12 membres chargé d’administrer la bande de Gaza dans le cadre du plan de cessez-le-feu. Un diplomate arabe a déclaré au Times of Israel que le comité palestinien n’entrerait pas à Gaza tant qu’il ne disposerait pas des moyens nécessaires pour gouverner.

Il a également accusé Israël d’entraver les opérations au poste-frontière de Rafah et de ne laisser passer qu’un nombre très limité de personnes depuis sa réouverture au début du mois, dans le cadre du cessez-le-feu à Gaza.

Des camions d’aide humanitaire, quelques jours après qu’Israël ait autorisé une réouverture limitée du poste-frontière, entrent par le côté égyptien du poste-frontière de Rafah avec la bande de Gaza le 4 février 2026. (Crédit : AFP)

Les propos de Hamdan interviennent après la publication, mardi, d’un article du New York Times indiquant que les responsables du Conseil de Paix envisageraient de permettre au Hamas de conserver certaines armes légères tout en lui demandant de remettre la majorité de ses armes à longue portée. Selon cet article, les médiateurs prévoyaient de transmettre ce document au Hamas dans les semaines à venir. Israël affirme que Gaza ne pourra être reconstruite qu’une fois le Hamas désarmé.

Le Conseil de Paix doit tenir une réunion à Washington la semaine prochaine, qui devrait notamment servir à collecter des fonds. Ces financements contribueraient à un plan envisagé par Jared Kushner, gendre de Trump, visant à reconstruire Gaza par étapes, en commençant par Rafah, dans une zone du sud placée sous contrôle militaire israélien. C’est à Rafah que la GHF avait installé trois de ses quatre centres d’aide, dont les axes d’accès attiraient des Palestiniens désespérés en quête de nourriture.

Les Nations unies avaient qualifié ces opérations de dangereuses et contraires aux principes humanitaires exigeant que la distribution de l’aide se fasse en toute sécurité.

Tsahal a reconnu que certains Palestiniens avaient été blessés, sans en préciser le nombre, affirmant que ses soldats avaient modifié leurs procédures à la suite de ces incidents.

« La société de sécurité incontournable »

Lors de la fermeture de la GHF, UG Solutions avait déclaré rester « la société de sécurité de référence pour aider ceux qui se concentrent sur la reconstruction et l’acheminement de l’aide », conformément au plan de Trump.

La société a publié plusieurs offres d’emploi sur son site internet, comme l’a rapporté Reuters mercredi. Elle a révélé ses discussions concernant Gaza en réponse aux questions de Reuters au sujet de ces annonces.

L’un des postes proposés sur le site web de l’entreprise, celui d’agent de sécurité humanitaire international, consisterait à « sécuriser les infrastructures clés, faciliter les efforts humanitaires et assurer la stabilité dans un environnement dynamique ». Les compétences requises comprennent notamment la maîtrise des « armes légères ».

Un autre poste, réservé aux candidates féminines, concerne un rôle d’agent de soutien culturel chargé de garantir « une distribution de l’aide sûre, efficace et adaptée à la culture locale ».

Le porte-parole a indiqué que ces recrutements visaient à préparer des équipes pour d’éventuels contrats à Gaza ainsi que pour une expansion en Syrie, où l’entreprise cherche à fournir des services au secteur pétrolier et gazier.

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