Un an de prison avec sursis requis contre le rappeur BORO700 pour apologie du terrorisme
Outre une amende de 10 000 euros, le procureure réclame à son encontre le prononcé de six mois d'interdiction d'accès à sa chaîne YouTube
Un an de prison avec sursis a été requis mercredi à Paris contre le rappeur BORO700 pour apologie du terrorisme dans des chansons, dont l’une citant Mohammed Merah et Salah Abdeslam a fait scandale en étant reprise par certains lycéens dans les manifestations.
En claquettes-chaussettes, survêtement Nike gris et bob Burberry à la main, Bryan S., 19 ans, a affirmé « préféré garder le silence ».
Le parquet le poursuit pour apologie d’acte de terrorisme pour ses chansons « M*R*H » – titre par lequel est arrivée la polémique et qui cite l’auteur des attentats de Toulouse et Montauban en 2012 et le membre survivant du commando des attentats de Paris de novembre 2015 -, et « NDDB #6 » – « à la Ben Laden, j’suis au taquet ».
Il est également jugé pour menace de mort dans son titre « Contrat » – « BORO prépare un attentat ».
La polémique a pris une nouvelle ampleur ce mois-ci lorsque des vidéos ont montré des manifestants lycéens scander le refrain de « M*R*H » – « À la Mohammed Merah, v-esqui’ (esquive, ndlr) les caméras / Bataclan, je l’ai shooté à l’œil, chasse à l’homme, Salah Abdeslam » -, notamment dans une église en Vendée, entraînant l’ouverture de procédures judiciaires à leur encontre.
« Apologie, avant tout ça, je savais pas c’était quoi », dit, nonchalamment accoudé sur le pupitre, le rappeur au bas du crâne rasé en dégradé à blanc, qui apparaît toujours le visage masqué ou cagoulé dans ses clips au style « gangsta ».
Pourquoi citer dans des titres Ben Laden, Merah, Abdeslam ? « C’est des noms, c’est des noms », bougonne-t-il -, démentant avoir voulu glorifier leurs attentats.
« C’est relou »
La chanson « M*R*H », qu’il prononce « M-R-H » mais intitulée « Merah » dans les notes retrouvées par les policiers sur son iPhone ? Elle fait référence à « des événements, c’est tout », affirme-t-il.
Délinquant radicalisé se revendiquant de l’organisation jihadiste al-Qaïda, Mohammed Merah a tué sept personnes en mars 2012, dont trois enfants d’une école juive, avant de mourir lors d’une intervention du Raid.
« Je connaissais pas cette histoire qu’il a tué des enfants, d’une balle dans la tête ou comme ça. Je connaissais pas ça, j’ai découvert après », soutient encore le rappeur, arrivé dans la salle d’audience avec masque chirurgical et lunettes de ski, accompagné de sa bande.
« J’ai pas de limites. Je suis pas dans ce délire-là, de voir des limites. J’ai pas ce truc en tête », soutient Bryan S., « je fais du son moi, c’est tout ». « Si ça dérange les gens, c’est relou », dit-il.
Pourquoi parler de faire un « attentat » sur « Contrat » ? « Quand je dis ça, je veux juste dire que je vais faire l’effet d’une bombe dans le rap français, c’est tout », explique le jeune homme du 12e arrondissement parisien – chiffre siglé sur sa cagoule blanche dans ses derniers clips.
Dans ses conclusions écrites citées par le parquet, son avocate – occupée à un autre procès et qui avait demandé en vain le renvoi – met en avant l’ « inculture historique presque totale », « la jeunesse » et « l’immaturité » de son client.
Mais, pour la procureure, en citant des auteurs d’attentats, BORO700 « vante leur caractère insaisissable, imprenable, voire leur invincibilité », estimant qu’il tente de se référer à « la puissance, la domination que ces terroristes ont pu avoir » au moment du passage à l’acte.
Outre une amende de 10 000 euros, elle réclame à son encontre le prononcé de six mois d’interdiction d’accès à sa chaîne YouTube.
« Quand on met en musique des mots, des phrases, le public qui nous écoute a beaucoup plus de facilités à retenir le message », déplore Me Sahand Saber, avocat de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), partie civile.
Décision le 14 décembre.