Un centre industriel vieux de 1 300 ans découvert lors de la construction d’une gare routière à Ramat Gan
Selon les archéologues, ce site datant du début de l'ère islamique abritait des boutiques, des entrepôts et des fours, mais on ignore encore en grande partie à quoi il servait et qui en était les propriétaires
Des fouilles de routine menées en amont de la construction d’une nouvelle gare routière à Ramat Gan ont permis de faire une découverte surprenante : un complexe industriel et commercial vieux d’environ 1 300 ans.
Après plusieurs mois de fouilles sur le parking du stade d’hiver de la ville, des archéologues de l’Autorité israélienne des Antiquités (IAA) ont découvert un réseau de rues droites et entrecroisées, bordées de boutiques, d’entrepôts, de grands fours à poterie et d’une série d’installations industrielles qui produisaient autrefois des liquides à grande échelle.
Cette découverte offre un aperçu rare du fonctionnement de l’économie d’Israël au début de la période islamique, a expliqué Yoav Arbel, l’un des directeurs des fouilles sur le site, au Times of Israel.
« Cette découverte était tout à fait inattendue et a dépassé nos attentes », a déclaré Arbel lors d’un entretien téléphonique.
« Nous nous attendions à faire des découvertes archéologiques ici, mais nous ne nous attendions pas à trouver tout un complexe commercial et industriel datant des VIIᵉ et VIIIᵉ siècles de notre ère. L’ensemble est si bien organisé qu’il est évident que des ingénieurs l’ont planifié à l’avance, et que les pouvoirs publics y ont probablement également participé. »
Le complexe comprenait des rues rectilignes se croisant à angle droit, bordées d’une série de pièces servant de boutiques ou d’entrepôts, ainsi que des installations industrielles enduites de plâtre, des fours à poterie et bien d’autres éléments, a expliqué Arbel, qui a dirigé les fouilles aux côtés de Lior Rauchberger. Outre la poterie, plusieurs installations étaient utilisées pour la production industrielle de liquides dont la nature n’a pas encore été identifiée par les chercheurs.
« Tout était si ordonné que, dans certains cas, nous avons pu prédire où nous allions trouver de nouveaux murs, car c’était ce qui semblait logique », a noté Arbel.
Outre les vestiges du bâtiment, des dizaines de récipients en poterie et de lampes à huile intactes ont été découverts, ainsi que des pièces de monnaie, des fragments de récipients en verre, mais aussi de nombreux ustensiles de table et accessoires de toilette en bronze. Des têtes de pioche en fer, une faucille et de nombreux clous, trouvés sur le site, permettent de mieux comprendre la culture, le commerce et l’économie de cette époque, a indiqué l’IAA.
Ces objets ont permis aux chercheurs de dater les fouilles avec une grande précision, a précisé Arbel. Les résultats des datations scientifiques, telles que la datation au radiocarbone, ne sont pas encore disponibles, a-t-il ajouté.
Les archéologues estiment que ce quartier industriel a connu son apogée pendant environ 150 ans, sous les dynasties omeyyade et abbasside, avant d’être abandonné dans la seconde moitié du IXᵉ siècle de notre ère, pour des raisons qui restent à élucider, a déclaré Arbel.
Environ trente à quarante ans plus tard, au Xᵉ siècle, sous la dynastie fatimide, le complexe a été réoccupé et a pris un caractère plus domestique, avec des bâtiments résidentiels et des fours « tabun » destinés à la cuisson installés sur les ruines de l’ancien complexe industriel.
Ce peuplement ultérieur a perduré jusqu’à la fin du XIᵉ siècle de notre ère, juste avant la conquête des Croisés, après quoi le site a de nouveau été abandonné et n’a plus jamais été réoccupé, a déclaré Arbel.
Des installations industrielles similaires ont été découvertes un peu partout en Israël, ainsi qu’en Syrie et au Liban. Toutefois, elles se trouvent généralement dans les grandes villes, a noté Arbel.
Ce complexe se trouvait le long d’une route principale reliant Jaffa, Ramla – alors capitale du district – et Jérusalem, ou sur une route secondaire qui en bifurquait. Cette voie, artère cruciale du début de la période islamique, aurait fait transiter par le site un flux constant de voyageurs, de marchands et de marchandises.
Ce centre était « sans aucun doute » destiné à accueillir ces voyageurs, a déclaré Arbel, mais on ignore encore s’il existait également un système de distribution permettant d’acheminer les produits vers d’autres régions.
On ignore également qui était le propriétaire et l’exploitant de ces installations.
« Nous savons que le gouvernement de l’époque était musulman, mais la population d’Israël était alors très hétérogène », a indiqué Arbel.
« Il y avait des musulmans, mais aussi de nombreux chrétiens, des Samaritains et des communautés juives. Nous ne savons pas qui vivait là à l’époque, et nous n’avons trouvé ni lieu de culte ni autre indice permettant de les identifier. »
Ramla, la capitale du district, comptait à l’époque une communauté musulmane, tandis que la région du Yarkon abritait probablement de nombreux Samaritains – descendants d’une importante population qui s’était épanouie dans la région pendant la période byzantine, qui a précédé la conquête musulmane au VIIᵉ siècle de notre ère, a précisé l’IAA.
Les fouilles sur le site se sont achevées il y a tout juste deux semaines, a déclaré Arbel. Les fouilles avaient débuté en novembre 2025 dans le cadre de la construction de la gare routière prévue, avec une interruption de plusieurs mois pendant la saison hivernale.
Cela a limité l’étendue des fouilles, et Arbel est convaincu qu’il reste encore beaucoup à découvrir au-delà des clôtures de protection.
« Le site s’étend vers l’ouest, le nord et le sud, et peut-être aussi vers l’est », a-t-il déclaré.
« Nous n’en avons donc découvert qu’une partie. »
Une fois la documentation scientifique du site achevée, celui-ci sera recouvert afin d’en assurer la préservation pendant la construction de la gare routière.
D’autres fouilles menées par l’IAA dans les environs ont déjà permis de mettre au jour d’autres vestiges, a noté Arbel.
Pris dans leur ensemble, ces vestiges suggèrent que le complexe récemment découvert pourrait n’être qu’un maillon d’un paysage économique beaucoup plus vaste, reliant des champs, des ateliers et des réseaux routiers au centre d’Israël, au début de l’ère islamique.
« Il est possible qu’il s’inscrive dans une histoire beaucoup plus vaste dont nous n’avons pas encore la pleine mesure », a-t-il ajouté.
« Pour l’instant, nous n’en avons que des fragments. »