Un ex-journaliste juif anti-sioniste à la tête du principal parti progressiste canadien

Avi Lewis, ancien journaliste d'Al Jazeera, qui accusait Israël de génocide, est devenu président du NPD ; il dit vouloir 'désapprendre' les 'mythes sionistes' avec lesquels il a grandi

Avi Lewis participe à la séance photo du film « This Changes Everything » dans le cadre du Festival international du film de Toronto 2015, au Ryerson Theatre, le 13 septembre 2015 à Toronto, au Canada. (Crédit : Mike Windle / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)

JTA — C’est sous la houlette de son nouveau chef, le juif anti-sioniste Avi Lewis, que le principal parti progressiste du Canada entend faire son retour.

Avi Lewis, cinéaste et ancien journaliste, a été élu dimanche à la tête du Nouveau Parti Démocratique (NPD) au terme d’une campagne fondée sur les mêmes principes qui ont galvanisé la gauche mondiale, à savoir le pouvoir d’achat, l’environnement et un anti-sionisme sans concession. Dans son discours d’investiture prononcé à Winnipeg, il a réaffirmé sa position concernant Israël.

« Quand Israël commet un génocide à Gaza, nous nommons les choses pour ce qu’elles sont, et nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour qu’elles cessent », a déclaré Lewis dans son discours, portant une accusation que Jérusalem rejette catégoriquement.

Lewis espère désormais reconstruire ce parti dont les résultats aux élections fédérales de 2025 ont été les plus désastreux de son histoire. Les électeurs de centre-gauche, alarmés par les menaces proférées par le président américain Donald Trump à l’encontre du Canada, se sont ralliés en masse au Parti libéral et ont élu Mark Carney au poste de premier ministre.

Lewis est issu d’une véritable dynastie progressiste. Son grand-père, David Lewis, était l’un des membres fondateurs du Nouveau Parti démocratique (NPD), formation qu’il avait également dirigée dans les années 1970. Son père, Stephen Lewis, avait, pour sa part, présidé le NPD en Ontario. Avi est également l’arrière-petit-fils de Moishe Lewis, membre influent du Bund, une organisation sociale-démocrate d’ouvriers juifs en Europe de l’Est, qui avait immigré au Canada en 1921.

Lewis est marié à Naomi Klein, une autrice de renom et critique d’Israël. Klein avait fait partie de ces écrivains qui, en 2024, avaient refusé de participer au festival World Voices de PEN America, au motif que l’organisation n’avait pas su « prendre fermement position » aux côtés des écrivains palestiniens. Elle s’était également adressée aux manifestants lors d’un rassemblement organisé devant la résidence du leader de la majorité au Sénat américain, Chuck Schumer, à Brooklyn, à l’occasion des fêtes de Pessah, cette même année. Intitulé « Seder in the Streets to Stop Arming Israel », cet événement enjoignait aux Juifs de ne pas vénérer cette « fausse idole » qu’était le sionisme.

L’auteure canadienne Naomi Klein parle alors que des manifestants juifs anti-israéliens manifestent près de la maison du leader de la majorité du Sénat américain Chuck Schumer dans l’arrondissement de Brooklyn à New York pendant la deuxième nuit de Pessah, appelant Schumer à cesser d’armer Israël le 23 avril 2024. (Crédit : Kena Betancur / AFP)

Lewis a auparavant exercé les fonctions de journaliste pour la CBC/Radio-Canada et Al Jazeera. En janvier, au cours d’un débat avec d’autres candidats, il s’est décrit comme un « Juif antisioniste » cherchant à « désapprendre et déconstruire les mythes sionistes avec lesquels la plupart des Juifs canadiens ont été élevés ».

Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA), une branche de défense des intérêts de la Jewish Federations of Canada, a fait savoir qu’il prenait acte de la victoire de Lewis « avec une profonde tristesse ».

« Avi Lewis lui-même est juif, et nous respectons l’histoire de sa famille au sein de ce parti », a indiqué le groupe dans un communiqué. « L’identité juive n’est toutefois pas un moyen de se soustraire à toute responsabilité. Un dirigeant qui déclare que le sionisme est indissociable du nettoyage ethnique ne se livre pas à une critique politique légitime. Il affirme aux Canadiens juifs qu’un élément fondateur de leur identité est illégitime. »

À la veille du congrès du Nouveau Parti démocratique, le CIJA s’est joint à de nombreux rabbins de tout le pays. Ensemble, ils ont publié une lettre ouverte critiquant le parti.

« Trop souvent, la position du NPD face à l’antisémitisme au Canada s’est avérée peu cohérente, hésitante ou brouillée par une rhétorique qui ne tient pas compte de la manière dont la haine se manifeste, dans le contexte actuel », peut-on lire dans cette lettre.

« Ce qui est encore plus perturbant », ont-ils ajouté, anticipant peut-être la victoire de Lewis, « c’est cette mise en avant répétée de voix juives marginales ou non représentatives, dans le but de détourner, d’édulcorer ou d’écarter les inquiétudes légitimes de la grande majorité des membres de la communauté juive canadienne. »

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